Si j’étais président de la première république noire du monde moderne, ce pays qui a inventé la liberté, le seul à avoir réalisé une révolution totale : antiesclavagiste, anticolonialiste, une révolution qui fait recouvrer l'humanité à l’Haïtien en particulier et à l’homme en général, je ferai tout mon possible pour que ce pays demeure le terreau par excellence des droits de l’homme.
Si j’étais président du pays des héros de Vertières, je me démènerais comme un diable dans un bénitier pour que ma patrie n’ait pas une sébile tendue aux quatre coins du monde. J’œuvrerais sans relâche à assurer son indépendance économique de manière stable. Je créerais un climat propice à l’investissement et à la création d’emplois, donc de richesse de mon pays.
Si j’étais président de cette terre bénie qui fournissait à la France les trois quarts de sa richesse coloniale, je créerais un climat propice à l’investissement local et étranger, unique moyen de favoriser l’essor économique de ma patrie.
Si j’étais président du pays considéré comme le plus pauvre de l’hémisphère nord, je me ferais constamment violence pour gérer les ressources de l’État avec la plus rigoureuse parcimonie. En aucune façon, je ne me ferais complice des dilapidateurs des deniers publics. Les prévaricateurs, les dilapidateurs des fonds publics seront jugés avec la dernière rigueur. Je me mettrais en devoir de casser tous les monopoles. Les seigneurs de la corruption croupiraient derrière les barreaux.
Si j’étais président d’Haïti, je procéderais à la dégangstérisation systématique de mon pays. Je la reconstruirais avec la participation de tous les chevaliers du changement d’Haïti et de la diaspora. Je m’ingénierais à mettre fin au règne des idiots arrogants qui n’en finissent pas de transformer le pays de Dessalines en une médiocratie et une voyoucratie des plus indécentes.
Si j’étais président de ce pays au passé si riche, aux plages d’une beauté naturelle incroyable, il serait comme autrefois la première destination touristique de la Caraïbe.
Si j’étais président de cet espace dont l’artisanat est le meilleur de la Caraïbe, cet espace qui possède plus de cinquante rythmes musicaux, cet espace surnommé par la critique étrangère la belle île aimée des muses et regorgeant de talents dans tous les secteurs de l’art serait pays riche grâce à l’exploitation intelligente de sa diversité culturelle exceptionnelle.
Si j’étais président de cette terre au potentiel énorme, je le ferais rouler à vive allure sur les rails du développement. Je préfèrerais mourir mille et une fois plutôt que d’appartenir à la méprisable famille des fossoyeurs de la patrie. Je travaillerais comme une bête de somme afin de sortir ma patrie ô combien meurtrie du gouffre de la honte où l’emprisonnent ceux et celles qui devraient la placer au sommet de la dignité.
Si j’étais président d’Haïti, je ne le transformerais pas en paradis mais je ferais flèche de tout bois pour empêcher sa descente vertigineuse dans l’abîme de la misère pour endiguer ce déluge permanent de crises qui dépassent les dirigeants, nains souffrant de cécité mentale chronique qui se prennent pour des colosses extraordinaires.
Si j’étais président de cet Haïti qui se meurt depuis environ deux cents ans, je ferais appel à tous les patriotes de bonne volonté pour le sauvetage de la barque nationale qui s’en va à l’eau sur une mer démontée. Je me garderais de me prendre pour un superman ou un dieu détenteur exclusif de toutes les solutions aux innombrables problèmes de mon pays.
Si j’étais président de ce pays qui n’a jamais véritablement été construit, j’éviterais de continuer à tuer le citoyen. Je tordrais le cou au favoritisme forcené qui a toujours eu le vent en poupe. Je livrerais une guerre sans merci à la corruption, hydre multicéphale qui suce les dernières gouttelettes de sang de la république exsangue qui n’en finit pas de se mourir. Je bâtirais sans répit la cohésion sociale dont la société a grandement besoin. Je déploierais des efforts titanesques pour que le vivre-ensemble pousse des racines nombreuses, profondes et solides dans la matrice de l’État-nation haïtien enfin devenu réalité.
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