Généralement animée en week-end, la rue Panaméricaine dort déjà. Il est à peine 22 heures, un samedi soir de septembre 2021.  Les haut-parleurs sont muets. Au moins quatre cas d’enlèvement ont été enregistrés cette semaine à Port-au-Prince. Le confinement est la règle pour certains depuis environ trois ans. D’autres, plus téméraires ou ne voulant pas mourir de stress chez eux, choisissent malgré tout d’affronter l’insécurité après plusieurs semaines de confinement forcé. C’est le cas d’une famille qui voulait se retrouver dans un bar, prendre un cocktail, comme au bon vieux temps. Dans cette rue de Pétion-Ville, les « psssst » des travailleuses de sexe remplacent les décibels d’un Dj qui mettait de l’ambiance dans ce coin en week-end.

Une boite de nuit très prisée est à une centaine de mètres à la rue Grégoire. Pas de files à l’entrée. L’agent de sécurité qui montait généralement la garde au rez-de-chaussée est absent. Ils sont seulement une dizaine de clients ce soir, tous des habitués et des amis du propriétaire de ce club ouvert il y a 25 ans. Trois Latinos discutent autour d’une table. « Je les connais depuis des lustres, affirme le gérant du club. Ils n'avaient pas encore des cheveux blancs. Ce sont des Argentins, des Chiliens… qui vivent en Haïti depuis longtemps. »