Sous  un ciel gris cendre, un décor d’effroi est planté, entre Martissant 1 et Martissant 23. La voix off d’une vidéo d’une minute et de dix-sept secondes renseigne sur des positions tenues par des bandits armés. Le travelling laisse voir ces commerces fermés, ces bordures de route où stagnent boue et détritus chargés par les averses de la veille au soir. Deux autobus, dont un « pap padap » transportant des passagers, s’aventurent sur ce segment déserté, champ de bataille où s’affrontent depuis le 1er juin tantôt des  gangs rivaux, tantôt des bandits lourdement armés et des policiers.

Ces véhicules  qui ne roulent pas  vite sont braqués, puis immobilisés par deux hommes. Au loin, on ne perçoit que leurs silhouettes. Quelques secondes s'égrènent. Pas plus. Les véhicules et leurs occupants qui se rendaient à Port-au-Prince sont contraints d’emprunter Martissant 15. «  La population doit faire attention. Voici comment les hommes de Grand-Ravine fouillent les véhicules », a poursuivi la voix off. «  N’avancez pas, n’avancez pas », ont lancé plusieurs voix à ce qui semble être des véhicules. Les bandits sont seuls maîtres du destin de ces passagers et autres usagers de cette route qui connecte la capitale aux quatre départements du grand Sud.