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Opinions

Mon Haïti d'aujourd'hui

JC
Jean Claude Desgranges MD,FAGS

November 18, 2021 · Lecture : 5 min

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Demain, au chant du coq, j’irai cueillir l’arbre de la vie pour le planter au cœur de mon pays moribond. Le ciel a perdu sa beauté immaculée, des flocons de nuage s’amoncellent un peu partout. Dans mon Haïti d’aujourd’hui «manti nap bay tèt nou». Nous avons perdu le goût de la dignité humaine, de l’humanisme. Le sang n’a plus d’honneur.

La maison de mon enfance me regarde mais ne me reconnait plus. Dix fois, vingt fois, je fais le tour de mon pays à la recherche de Diogène, en vain!!! Nous nous fourvoyons ! Nous nous entredéchirons ! Nous avons perdu le sens de la mesure et de la compassion ! Partout et dans tout «manti nap  bay tèt nou !»

Mon Haïti d’aujourd’hui ! Par où est passée cette jeunesse estudiantine demain la gloire d’Haïti ? Nous avions promis de marcher la tête altière et hauts les fronts. Cependant nous n’étions qu’une minorité privilégiée qui chantait le 18 Mai sur la cour des écoles ! Une élite ! De la naissance de notre beau pays à date, toutes les administrations successives ont fait le choix abject de ne pas démocratiser l’éducation !  La portion léonine passait leur enfance dans les bras du soleil. Elle avait grandi sur le chemin de la misère et de l’ignorance. Du grangou ! Du désarroi ! Où tout concourait à ne pas pouvoir conjuguer le vivre ensemble et pourtant presque tous les acteurs après 1986 qui raisonnaient sur la scène politique juraient devant Dieu, devant ce peuple bon enfant de changer le paysage, de faire taire cette injustice sociale qui a traversé deux siècle de notre histoire violente depuis l’assassinat du père fondateur de la patrie.

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Mon Haïti d’aujourd’hui, qui n’est ni Quisqueya ni Bohio ! Partout où je tourne la tête je ne perçois même pas l’ombre  de Diogène. Qui aurait pu nous permettre de réaliser le compte de Vercors L’homme un animal dénaturé. Un coucher de soleil véritable bouillon d’or majestueusement fait ses adieux à cette journée d’automne fatiguée. Et dans ma mémoire s’inscrit le son du clocher de l’église Notre Dame, ma ville natale, les 12 coups de l’angélus noyés dans mon Haïti d’aujourd’hui, cette république devenue buissonnière.

Une journée chiffonnée par le tumulte dans les stations d’essence et la pénurie de carburant.

Mon Haïti d’aujourd’hui, cette beauté douloureuse, marche à reculons.

Les paroles de semence n’ont pas fait éclore la moisson. Lè chak moun ap plen djakout pa yo, chak moun ap rale yon bout, mizè’n paka bout ! Nous avons traversé cette ligne de crête ! Nous avons franchi le Rubicon ! Ces  Trente-cinq années de transition galvaudées,  nous assistons à la défaite de la littérature, refuge de la pluralité humaine,  face aux idéologies manichéennes et simplificatrices.

La littérature nous ouvre les yeux sur le monde, elle nous aide à voir en nous-mêmes. Combler l’abîme qui nous sépare des autres hommes et nous porter à accepter le dialogue constructif que nous prônons depuis des lustres. Dommage dans cette Haïti d’aujourd’hui c’est la mort des idées. Les écrits d’Homère et de Virgile, de Châteaubriand et de Victor Hugo. Les écrits de Jacques Roumain, de René Philoctète, de Jacques Stephen Alexis, des écrivains du siècle des lumières, les textes d’Alain Peyrefitte, d’Alain Finkielkraut et Félix Morisseau Leroy notre regretté ami font comprendre à une créature humaine bornée, les joies et les peines de ses frères lointains.

Dommage depuis des décennies le tumulte et le scandale peuplent notre quotidien politique. Pis nos perpétuels cyclones de polémiques dérisoires abîment le débat et repoussent les compatriotes vers les marges dangereuses de l’apathie et du populisme. La valse des slogans !

Bientôt, très bientôt le 18 Novembre, la bataille de Vertières que notre immortel Danny a facilité son inscription dans le dictionnaire français. La bataille décisive ! Le triomphe de nos va nus pieds sur l’armée Napoléonienne ! La fin glorieuse d’un long cheminement de Boukman l’instigateur, de  Toussaint Louverture le stratège, à Jean-Jacques Dessalines  le fulgurant le père fondateur Papa Nanchon an qui nous a conduit à l’apothéose le 1er Janvier 1804. 

«Qui l’eut cru ! Qui l’eut dit !»  En dépit de notre angoisse collective et de ce profond désarroi que traverse notre société.

Haïti notre bien commun nous invite à croire en notre destin. Pour ce, nous devons commencer  par croire en nous-mêmes, cesser d’ignorer nos réels atouts ou de piétiner chaque jour le don de l’essentiel. Nous n’avons aucune raison de nous livrer au ressassement, à l’auto flagellation. Nous devons commencer par rejeter cette culture de victimisation, pour embrasser une vraie culture de la responsabilité. Haïti doit combattre ses propres démons, surmonter ses propres insuffisances, adopter un nouveau pragmatisme, apprendre à vivre autrement. La lutte contre cette corruption systémique est la clé de la confiance dans les pouvoirs publics et c’est aussi un ingrédient indispensable à une croissance économique robuste. On ne parviendra pas à mettre fin à l’extrême pauvreté et à favoriser la prospérité partagée si nous ne combattons pas un tel défi.

Il nous faut aujourd’hui préparer l’avenir des générations futures par une politique ambitieuse de développement durable. Il importe avant tout de réformer l’Etat pour qu’il soit au service de tous et qu’il assume clairement ses fonctions régaliennes, parce qu’elles constituent le socle  de sa légitimité. Réformer et renforcer nos institutions et nos manières d’agir c’est accorder plus de place au respect des lois de la République et au respect des règles du jeu démocratique.

Cette Haïti que nous voulons pour nos enfants et nos petits-enfants, nous la voulons fraternelle. Construire une Haïti où tout le monde continue à ne pas se regarder avec suspicion et construire le mieux vivre pour tous devient le nouveau leitmotiv et ce sera une deuxième Vertières économique et sociale.  Pour que  cette nouvelle génération se réveille debout, la tête altière et hauts les fronts !

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Jean Claude Desgranges MD,FAGS

Président de la Fondation du Troisième Age (FTA)

Jcdesgranges77@yahoo.fr

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Haïti d'aujourd'hui

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