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Opinions

Les élections de 2021 au Chili : bataille entre l’extrême droite et la gauche réunie

JV
Josué Vaval, Professeur UEH/FASCH

December 6, 2021 · Lecture : 6 min

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Le Chili offre le spectacle d’un affrontement idéologique entre deux hommes que tout oppose sur le plan politique, économique et social dans le second tour des joutes électorales qui se tiendra le 19 décembre 2021. C’est un duel au sommet. Le pays est divisé entre deux projets politiques antagoniques. Les électeurs doivent choisir leur camp dans une atmosphère politique qui génère de la passion et de l’engagement d’un côté ou de l’autre. En ce qui concerne des valeurs relatives à des sujets de société en rapport à des questions sensibles, des différences idéologiques permettent de prendre la mesure des projets offerts par les protagonistes du jeu électoral très serré lors du premier tour des élections présidentielles et parlementaires dans une société en ébullition politique.

 Le projet conservateur de l’extrême droite est face à celui de transformation sociale incarné par la gauche réunie pour la première fois depuis plus de trente ans, c’est-à-dire depuis la fin de la dictature, en 1990. C’est une nouveauté à laquelle les Chiliens qui sont nés après la dictature ne connaissent pas la confrontation idéologique pour la détermination du pouvoir dans une séquence politique nettement clivée.

 Les gauches en symbiose, par le biais d’une alliance stratégique, essaient de barrer la route à la prise des rênes du pouvoir par quelqu’un de la droite dure, qualifié à tort ou a raison comme un certain héritier de Pinochet, un admirateur du général, un xénophobe ou un misogyne qui déteste le droit à la différence. La société chilienne est clivée et tente de garder une certaine cohérence tant bien que mal quand on considère les grands thèmes qui divisent les opinions. Citons entre autres la gratuité de l’enseignement public universitaire. Le Chili est le pays où les universités publiques sont en général plus chères que les universités privées. Autre thème majeur demeure la problématique de la différenciation des soins de santé en vertu de l’existence d’une panoplie de modèles d’assurances qui défavorisent les pauvres et des personnes âgées dans le système sanitaire. Pour en rester là, les revendications des autochtones pour avoir accès à la terre, pour avoir des droits leur permettant de faire un certain nombre d’accomplissements sociaux et identitaires, font partie des sujets qui fâchent et qui divisent l’électorat.

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Le clivage social témoigne des divergences entre des supporteurs qui se rejettent dans une quête qui consiste à faire triompher leurs idées dans un moment crucial de la vie nationale. La stabilité qui définit la démocratie chilienne depuis trois décennies écoulant semble être remise en question sous le poids des désirs de changement qui sont tributaires des revendications sociales et politiques émanant du pays le plus néolibéral  au monde. 

La bannière de l’extrême droite est hissée par le candidat du Parti républicain, José Antonio Kast (55 ans). Il est le symbole de l’ordre, de la discipline, de la lutte contre la délinquance, le narcotrafic, du contrôle de l’immigration et des frontières et du respect des valeurs traditionnelles dans une société en proie à des changements structurels depuis des revendications portées par le mouvement social de 2019. Kast est en sympathie avec des leaders comme Jair Bolsonaro et considère l’immigration comme un problème sérieux pour le Chili actuel. Kast est anti-avortement, l’un des thèmes qui prend de l’ampleur et qui fait l’objet d’une série de revendications sociales lors des mouvements initiés [A1]  par la vague de contestations de 2019. Il promet, s’il arrive au pouvoir, la suppression du ministère à la Condition féminine et de l’Égalité des sexes. Pour lui, c’est un ministère de trop. Et il s’oppose au mariage homosexuel. Il est perçu au Chili comme un nostalgique de Pinochet qui veut rehausser un Chili d’antan. Son slogan de campagne témoigne de sa conception du pays : Oser faire du Chili un grand pays.  

Kast, figure de l’extrême droite, incarnation d’une certaine idée d’un Chili conservateur, remporte le premier tour du scrutin tenu le 21 novembre 2021, avec aux alentours de 28% des voix. En seconde position arrive le candidat de la gauche réunie, Gabriel Boric (35 ans), ancien leader étudiant qui obtient approximativement 26% des voix exprimées. Il est le porte-étendard des revendications de 2019, qui ont poussé les Chiliens à voter, à plus de 78%, une réforme constitutionnelle en octobre 2020. Boric est le garant des services sociaux et promet de renforcer le rôle de l’Etat à travers des interventions en faveur des plus pauvres. Boric est celui qui demandait, lorsqu’il était leader étudiant en 2011, la gratuité de l’enseignement supérieur. Il compte remettre en cause le rôle du secteur privé et de ses profits dans le système de pension du Chili. Il opte pour un Etat providence tout en démantelant le système de privation qui s’installe dans le pays.

Le second tour se jouerait dans un mouchoir de poche, car les candidats serraient les coudes pour convaincre les électeurs et gagner la sympathie de ceux qui ne les ont pas votés au premier tour du 21 novembre. Il semble que le seul rapprochement que l’on puisse faire entre les deux candidats est le fait qu’ils sont vainqueurs du premier tour des élections et n’ont pas été des représentants des deux coalitions politiques qui ont pris le pouvoir après la dictature de Pinochet, dans une forme d’alternance qui fait suite à la stabilité de la démocratie chilienne dans une Amérique latine souvent en proie à des bouleversements politiques. La coalition de centre droit  et la coalition de centre gauche ont marqué la vie politique chilienne, sans donner la possibilité à d’autres partis de prendre le pouvoir. C’était un jeu stable et presque prévisible à l’avance. Entre-temps, l’érosion de la stabilité se confirme et des cas insolites que vit le panorama politique renseignent sur la métamorphose de la démocratie chilienne qui voit apparaitre des leaders inclassables selon une typologie politique classique.

Pour en prendre la mesure, le cas du leader du Parti libéral Franco Parisi a bouleversé le résultat des élections. Il obtient la troisième place, avec environ 13% des voix. Ce résultat le place et le classe du coup comme un élément clé, c’est-à-dire, celui qui pourrait influencer d’une manière ou d’une autre le résultat du second tour des élections. Franco Parisi, des Etats-Unis étant, mobilise un électorat supérieur aux résultats obtenus par les coalitions traditionnelles. Il est classé comme un leader important malgré sa posture iconoclaste et son discours antisystème. D’ailleurs, il n’a pas pu voter pour lui-même car il fuit  une décision de justice.

La polarisation que vit le Chili traduit les effets d’un échiquier politique sensible et chacun des deux leaders qualifiés pour le second tour essaie de mobiliser dans un camp ou dans l’autre, pour éventuellement gagner les élections du 19 décembre. Elles initient une nouvelle étape dans le processus démocratique chilien qui est soumis à des changements importants, notamment ceux relatifs à la rédaction d’une nouvelle constitution et des demandes de justice sociale.   

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Chili

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