Nos vies se déroulent sur fond de fragilité. La fragilité sismique. Sous nos pieds, des failles. A n’importe quel moment, comme le 12 janvier 2010 ou le 14 août 2021, un segment peut rompre, provoquer un séisme majeur dans l’Ouest, la presqu’île du Sud ou dans le grand Nord. Il y a eu en 2021 une multitude de micros séismes dont les épicentres sont en mer, augmentant le risque de tsunami, s’il y a des dégagements d’énergie supérieure à 6,5 sur l’échelle de Richter. Les leçons non apprises, la banalisation de la sécurité sismique, même après la tragédie de 2010, le refus de construire la résilience du bâti par les pouvoirs publics et les particuliers, renforce cette fragilité. Le pays s’en remet à la providence et appréhende, curieusement, ce jour. 

Fragilité sécuritaire. En moins de cinq ans, les gangs se sont renforcés et imposés sur l’échiquier. La lutte pour le pouvoir et la quête de l’avoir à tout prix, ont fait d’eux des partenaires objectifs de certains politiques, de gens du milieu des affaires, de populations complices-otages. Au service d’objectifs politiques, ils ont déchaîné les feux de l’enfer, perpétré une kyrielle de massacres dans des quartiers populeux de Port-au-Prince au nez de certains amis d’Haïti qui ont regardé ailleurs, qui ont laissé faire, qui ont eu une condamnation trop tardive des massacres alors que la violence, d’une des caractéristiques de la politique en Haïti, devenait un engrenage. Pris dans cet engrenage, des politiques de tous bords, sous Jovenel Moïse, ont alimenté le jeu du pire. Jusqu’à à l’assassinat du chef de l’Etat, chez lui, dans sa chambre. Petit à petit, en attendant le fin mot de cet assassinat crapuleux et scandaleux, Haïti a changé de catégorie. Le pays est plus qu’un État failli. La lecture de certains articles parus dans des grands journaux du monde, laisse supposer qu’Haïti, déjà sur la liste grise du Gafi, coche beaucoup de cases correspondant à un narco-état.