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Opinions

Montana ou l’autre nom de la haine de la démocratie

RL
Rénald Lubérice

February 3, 2022 · Lecture : 3 min

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Sous prétexte de s’opposer à Jovenel Moïse, la frange la plus bruyante de “l’élite” socio-économique et politique a révélé au monde entier sa haine de l’élection et du peuple,  sa haine de la démocratie. C’est au nom de cette haine que l’essentiel du budget national est consacré à la zone métropolitaine (la République de Port-au-Prince). C’est au nom de cette haine que chaque fils de paysan qui réussit à Port-au-Prince croit que pour consolider sa réussite, il faut renier son ascendance paysanne ou provinciale.

Au nom de cette haine qu’ils ont perpétré l’assassinat crapuleux du Président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse.

Au nom de cette haine que l’essentiel des investissements privés se fait dans les environs de Port-au-Prince. Il en résulte une dépendance malsaine de tout le pays d’une capitale décadente d’un point de vue moral, spirituel et de l’aménagement territorial. Un ami dirait que Port-au-Prince a été “démounisé”. Si vous voulez vous en convaincre, faites un tour à Bel-Air et à Martissant. Si vous avez plus de 40 ans, essayez d’imaginer ces deux endroits dans les années 70. 

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L’âme haïtienne est aussi décadente que Port-au-Prince. La preuve la plus éclatante de cette décadence ce sont les actions et réflexions politiques contemporaines. Elles sont tout simplement misérables. Qu’on déteste, avec la même rigueur, la haine de la démocratie et, par ricochet, du peuple, manifestée, notamment, par ceux/celles qui tentent d’ériger la République de Montana l’an I, on doit reconnaître que Montana (l’accord) regroupe une part importante des ressources humaines bruyantes qui restent encore en Haïti. D’où une question fondamentale: comment des gens éclairés, ayant des connaissances socio-anthropologiques et historiques haïtiennes peuvent-ils, au XIXe siècle, proposer un système présidentiel à cinq présidents ? Même un cartel municipal à trois maires (un maire et deux assesseurs) ne fonctionne pas en Haïti. Comment peut-on se réclamer de la démocratie et se faire “élire/nommer” par des gens n’ayant ni titre ni qualité pour ce faire. Qui a délégué les délégués qui prétendent élire ? 

Depuis au moins la République de Florence (1115- 1569), l’un des principes du gouvernement représentatif est que la qualité nécessaire pour élire l’aspirant dirigeant est celle de citoyen. Pour y parvenir chaque individu ayant cette qualité doit être en situation de pouvoir y participer, même si dans la plupart des cas cette participation n’est pas obligatoire. Ce processus a un nom: élection. La légitimité de celui/celle qui va en être issu (e) n’est pas tant dans la quantité de citoyens ayant pris part au processus, mais dans le fait que la possibilité leur a été offerte, même dans des conditions imparfaites. 

L’élite bruyante avait claironné orbi et urbi que son problème était Jovenel Moïse. Et pour cette raison, elle avait refusé les élections. Malheureusement, le mensonge finit toujours par éclater dans le visage du menteur. Donc aujourd’hui tout le monde peut voir que le problème n’était pas juste le refus des élections avec Jovenel Moïse, mais le refus des élections tout court.

L’élection n’est pas une obsession mais une méthode de choix. Dans une société où le sang, la naissance, la richesse ou la connaissance ne sont point des titres à gouverner, où l’on ne peut appliquer la règle de primo-descendant, il faut bien une méthode pour choisir le gouvernant. 

Tout ce que les fondateurs de la République de Montana l’an I essaient de faire a déjà été testé en Haïti et ailleurs. Mais cela n’a jamais marché nulle part. C’est pourquoi la plupart des pays appliquent désormais une méthode, imparfaite certes, mais la moins mauvaise, qui s’appelle élection pour choisir ceux/celles qui doivent gouverner.

Rénald Lubérice

Port-au-Prince, 1er février 2022

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