Par Jean-Marie Beaudouin
Le colosse aux pieds d’argile
Peut-être que la guerre en Ukraine qui a lieu actuellement vient démasquer le mythe de la presse occidentale dont on dit qu'elle incarne dans l’opinion une institution des plus prestigieuses en matière de présentation, de communication, d’information et de documentation. Elle possède à son actif une grande entreprise faite de médias, gigantesques par leur taille mais aussi par les talents et les capacités qui les entretiennent, qui les nourrissent et qui les incarnent. Voici un échantillon représentatif de sa fourmilière : Journaux : New York time, Miami Herald ; Radios : MSNBC, Fox News ; audiovisuels : CNN, Fox News (États-Unis) ; journaux : Le Monde, Agence France Presse – AFP ; Radios : Radio France, RFI Monde ; audiovisuels : France Inter, France Info (France) ; journaux : The Time, The Guardian ; audiovisuels et radios : des mégas-fusions BBC, LBC (Angleterre ou Royaume-uni).
Les États-Unis, la France et l’Angleterre représentent le trio qui gouverne la destinée de la société occidentale dominante. Sa presse conquiert et façonne l’opinion à l’échelle de la planète. Elle y est reine. Elle n’a ni compétiteur potentiel ni rival ; elle règne seule en maître. La presse communiste existe, mais elle n’a pas de couverture internationale ; les gouvernements occidentaux ont le bras long capable d’intercepter des journaux étrangers, avant qu’ils n’arrivent à destination. Encore que, de l’intérieur, les partis communistes diluent, sont infiltrés, se délitent à cause des agents procapitalistes qui les inféodent. Cet état de fait est observable et constatable depuis l’affaire de Nikita Khrouchtchev, en 1956, qui s’engagea dans un processus de « destalinisation » un concept inventé et associé improprement avec le nom du mémorable camarade Staline, dont il en exploita pour conduire le Parti - PCUS à la délation, à l’abjuration, à la trahison jusqu’à son délitement fatal. Sa coexistence pacifique avait été la clé de voute de cette politique de déstabilisation en brèche. L’agent Mikhail Gorbatchev était venu en 1986 pour achever le travail.
La guerre russo-ukrainienne – Elle débute le 24 févier dernier par l’agression, suivie de l’invasion de la Russie. Si les raisons paraissent être évidentes, la guerre elle-même ne semble pas avoir été inévitable. Le gouvernement de Moscou a le droit de protéger la sécurité de son peuple et de son territoire, d’aucuns ne pensent qu’on puisse l’en vouloir. Le gouvernement de Kiev a aussi le droit de choisir sa voie démocratique dans laquelle il veut conduire son peuple, dès lors que celui-ci y adhère ; on ne peut pas l'en empêcher non plus. Peut-être que la diplomatie aurait pu trouver un modus operandi, et, à notre avis, elle aurait dû s’interposer pour éviter la guerre. D’autant que l’opposition est nettement inégale : en superficie, l’Ukraine est 28 fois moins que la Russie ; en population, 33 fois moins. Au point de vue de l’industrie de l’armement, la Russie est peut-être la première puissance militaire au monde. Dans ces conditions, il serait imprudent que le gouvernement ukrainien s’aventure dans un tel combat inégal.
Quel est donc le rôle de la presse dominante dans cette guerre à armes inégales ? La presse occidentale n’est pas allée là-bas pour faire des reportages objectifs ou pour informer l’opinion sur qu’il se passe, mais elle est elle-même entrée en campagne beaucoup plus armée que les belligérants en cause. Parce que, avec le stylo, le microphone, l’ordinateur et la caméra, on est plus efficace soit pour construire, soit pour détruire. La presse dominante, avons-nous dit d’après ce que nous entendons et voyons sur les plateaux de télévision, a à dessein mis en marche sa gigantesque machine de propagande et de désinformation, d’intoxication pour l’essentiel. Vladimir Poutine – le président de la Fédération de Russie – est dictateur, paranoïaque, criminel, assassin ; il est dans la continuité de Staline qui aurait organisé un génocide en Union soviétique ; il est le chef des oligarques qui détiennent les capitaux en Russie, selon la propagande médiatique tendant à diaboliser le gouvernement et son chef. Volodymyr Zelenskyy – le président de la République d’Ukraine – est un innocent, un démocrate, un messager de la paix qui supplante Mahatma Ghandi et Nelson Mandela réunis. Deux grandes figures du pacifisme des opinions et de l’action sociale dans le courant du 20e siècle.
Quiconque suit la guerre durant ces trois dernières semaines, conviendra que l’on a affaire avec de la propagande purement sensationnelle. Ni plus ni moins. La propagande destructrice est dans la nature de la presse occidentale, elle a naguère mené une campagne tambour battant contre l’ancien président Donald Trump durant les quatre années qu’il avait passé à la Maison-Blanche, et après. Il s’agissait pourtant de l’un des leurs, il faut se méfier du monde dit civilisé.
Entretemps, le narratif subjectif et irrationnel est passé dans l’opinion que la presse dominante tient captive depuis des lustres dans le cadre des intérêts du grand capital – l’aristocratie économique et financière. De leur côté, les gouvernements occidentaux acquiescent, corroborent et prennent des mesures punitives sévères contre la Russie. Des sanctions tombent et tomberont aussi longtemps que la guerre dure, selon le catéchisme occidental. Bilan des trois semaines de la guerre : 13 000 militaires russes sont morts, 100 avions abattus et 14 chars blindés selon la presse dominante. 500 militaires russes sont tués selon la Russie, 4 000 militaires russes sont tombés au combat selon l’ONU. 3 000 000 Ukrainiennes/Ukrainiens ont fui la guerre vers des pays voisins, et 10 000 russes sont emprisonnés lors de la répression des manifestations contre le gouvernement du président Poutine, selon l’évangile de la presse occidentale.
Non-dits et oiseau de nuit – La démocratie telle qu’elle est entendue n’a jamais été univoque dans sa pratique ; elle ne le sera jamais. Chaque peuple a le droit de l’exercer selon sa culture et selon les lois qui lui conviennent. Vouloir l’imposer de force est encore de la dictature exercée dans sa forme violente, en dehors du droit à l’autodétermination. Sous ce prisme de lecture, il a semblé que la guerre en Ukraine ont des parrains occultes qui poursuivent des buts occultes, également. Le gouvernement de la Fédération de Russie se plaint depuis environ 20 ans de la sécurité de ses frontières qui sont menacées par la politique masquée des dirigeants de l’OTAN et de l’Union européenne – pwason kraze nan bouyon – par l’admission en leur sein des pays riverains de la Russie, ce qui paraît être un encerclement voilé eu égard aux armes offensives qui y sont placées. Si donc la Russie n’est pas écoutée ou entendue dans ses revendications des plus préoccupantes, c’est qu’elle finira par réagir si elle en a les moyens de sa politique.
Vu sous cet angle, il ne serait pas écarté que le gouvernement du président Zelenskyy s’envoie aux charbons sans peut-être s’en rendre compte, pour tester la capacité militaire de la Russie post-guerre froide dont l’Occident qualifie de puissance de seconde zone et dont les armes ont vieilli et n’ont pas été renouvelées dans l’air du temps. Mépris, stigmatisation, humiliation sont des critiques dégradantes avec lesquelles la presse occidentale traite le leader Vladimir Poutine. Certains commentateurs indépendants évoquent cette instrumentalisation médiatique, mais ils sont banalisés et marginalisés au gré de la presse dominante. L’exercice du droit de réponse fait figure de quolibet dans la démocratie occidentale qui, en dépit de ses chants de sirène, reste encore cloîtrée dans le dogme de l’alimentation unipolaire. Elle rapporte aussi à grand renfort d’un hypothétique oiseau de nuit qui surgirait dans les appartements du Kremlin – Palais du gouvernement – avec l’ultime but d’assassiner Vladimir Poutine, selon la déclaration d’un sénateur américain.
Si les images de la presse sont exactes, la conscience de l’humanité est en train d’assister impuissante à l’écrasement, à l’écroulement et au délitement moral et physique de l’une des plus belles civilisations que le paysan et le prolétariat ukrainiens ait construit en Ukraine durant la Révolution bolchévique d’Octobre 1917. La presse occidentale en portera une grande responsabilité, quelle que soit l’issue de la guerre. Sa petite musique traditionnelle : « reconstruction après destruction » n’est plus recevable. Iraq, Afghanistan, Lybie et Syrie ont été bombardés par l’aviation occidentale durant les guerres d’exportation de démocratie, selon la presse dominante. Dans ces pays, on ne voit même pas une tentative de reconstruction virtuelle. Les peuples y vivent désormais dans les décombres.
Jean-Marie Beaudouin
Mars 2022 ; coifopcha@yahoo.fr
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