À la place des juges et des avocats, ce sont les bandits de Village-de-Dieu qui font la loi au Palais de justice. Ils contrôlent tout.  Pièces à conviction, corps du délit, décisions de justice, ordonnances, requêtes… Le cœur et les archives de la justice haïtienne sont contrôlés par ce groupe armé. Embarrassées par cette situation, des sources gouvernementales ont confirmé mardi au journal qu’effectivement le Palais de justice est contrôlé par des bandits.  Elles n’étaient pas en mesure de dire quand la police allait en reprendre le contrôle.

Dans un communiqué publié mardi, l'Association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH), s'est dit être inquiète, mais pas surprise du fait que le tribunal de première instance de Port-au-Prince ait été prise d'assaut par des bandits.

« L'ANAMAH fait un plaidoyer depuis tantôt quatre ans pour la délocalisation dudit tribunal, cependant les autorités, tant du ministère de la Justice que du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire, ont fait la sourde oreille à l'écho de la doyenne des associations des magistrats haïtiens », a critiqué cette association de juges.

L'association dit prendre acte que plusieurs ministères ont des annexes dans plus de quatre adresses différentes dans la zone métropolitaine alors que le ministère de la Justice ne parvient pas à trouver, depuis quatre ans, un espace pour loger le TPI de la plus grande juridiction de la République.

« En 2019, la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) avait diligenté une enquête autour du cambriolage répété du tribunal ; malgré la conclusion de l'enquête, le rapport y relatif n'a point été publié et, jusqu'à date, est resté jalousement gardé dans les tiroirs de la Police judiciaire », a dénoncé l’ANAMAH, qui se demande, perplexe pourquoi les autorités judiciaires obligent la DCPJ à garder secrètement ledit rapport. « Seraient-elles auteurs et/ou complices de ces cambriolages en cascade ? », a demandé l’ANAMAH dans le communiqué.

Elle rappelle que l'absence de sanctions dans tout pays favorise la corruption et renforce la criminalité. Elle exhorte les autorités à prendre toutes les mesures nécessaires pour rendre fonctionnelle la juridiction de Port -au-Prince tout en exigeant du décanat et du parquet un rapport détaillé des différents dossiers, pièces à convictions et corps du délit emportés par les bandits.

Pour sa part, la Fondation Je klere (FJKL) indique que « le vendredi 10 juin 2022, des bandits lourdement armés ont violemment délogé les autorités de justice au Palais de justice de Port-au-Prince et ont pris possession des lieux ; cela, après la prise de possession depuis quelques semaines du bâtiment du Centre de Techniques de Planification et d’Economie Appliquée (C.T.P.E.A), situé dans le voisinage immédiat du Palais de justice. »