De petite taille, ronde, le visage bien conservé au sourire parfois ironique, portant de fines lunettes rondes, au premier regard, Tritonne Dolcé ressemblait à un pur produit de ces familles aisées recherchant à combler les lacunes d'une éducation qu'elles persistent à croire inachevée. Mais, à la première phrase, elle balaie toute cette perception d'un revers de main. « Je suis née en 1961, à 18 ans j'ai échoué au baccalauréat, ce qui coïncidait avec la mort de ma mère et mettait fin temporairement à mon parcours scolaire. J'étais obligée de travailler pour subvenir à mes besoins », lâche tout de go Tritonne Dolcé.

Le récit de sa vie est clair, sans ambiguïté. Elle arrange chaque événement par ordre d'importance pour en faire un motif d'espoir.
Aînée d'une famille de deux filles, elle ne souhaite absolument pas que le présent vienne gommer dans un banal exercice évolutif les leçons du passé. « Aujourd'hui ma petite sœur vit à l'étranger, je peux gagner ma vie en Haïti. Mais, ce que je suis est le fruit d'un long combat. Après mon échec au baccalauréat, j'ai collectionné des certificats en cuisine, cosmétologie, pâtisserie, haute couture, puis en infirmière auxiliaire », raconte Mme Dolcé voix apaisée.