2022 s’achève. Cette année, avec plus de 1000 « morts violentes », des records ont été battus. Les massacres, les tueries se sont enchaînés. Port-au-Prince, la capitale, pris en étau par des gangs, vit avec la peur au ventre, expérimente les raretés de produits essentiels comme le carburant. Les prix des commodités se sont envolés, atteignant là aussi des niveaux records, sur fond d’aggravations de l’insécurité alimentaire et de résurgence du choléra. Des familles haïtiennes ont payé et continuent de payer un lourd tribut à l’incapacité des pouvoirs publics à assurer la sécurité des vies et des biens. Exténuée, la population espère la mise en déroute des gangs. 

Presque trois mois après la demande du gouvernement Henry d’une assistance militaire internationale pour appuyer la PNH dans ce qui doit être un gros effort pour rétablir la sécurité, permettre la circulation normale des personnes et des biens, mettre un terme à l’asphyxie économique, c’est le statu quo. La demande du gouvernement haïtien semble être en train de passer l’épreuve de la bureaucratie internationale, de subir le test des intérêts divergents des puissances siégeant au Conseil de sécurité de l’ONU et les divergences haïtiennes elles-mêmes. Les Haïtiens peinent encore à trouver un consensus politique un tant soit peu représentatif, loin des coups fourrés, des petits calculs mesquins des vieux os, vieux routiers de la politique et d’une certaine acceptation d’une masse critique d’Haïtiens à cette assistance pour laquelle personne ne se bouscule aux portillons à l’analyse des coûts et risques inhérents à cette assistance. Les Haïtiens doivent savoir qu'Haïti n’a pas le même poids sur l’échiquier que l’Ukraine. Nous sommes loin d’être le centre du monde et l’objet de toutes les attentions. Alors que le temps passe, que l’avenir a des augures non moins grimaçants pour la population haïtienne , la communauté internationale a des choix à faire. Elle doit mieux expliquer les limites de son engagement opérationnel, de l’engagement de chaque pays qui serait volontaire à l’envoi de coopérants militaires. Les contraintes politiques domestiques, les exigences de l’opinion publique de chaque pays contributeur doivent être expliquées.