Y a un mois et 7 jours, l'Haïtien mangeait encore, et par dessus tout, avec fierté, sa "soupe joumou" si jaune et si pimentée. Cette soupe traditionnelle, combien symbolique de la cuisine haïtienne, faisant partie du patrimoine culturel immatériel de l'humanité depuis le 16 décembre 2021 demeure quelque part le signe tangible de la célébration de son 1 Janvier 1804 ou de ce qui en reste de sa belle « Indépendance » dont il y a déjà 219 ans. Il y a également dans ces 219 ans, 37 ans de « bamboche démocratique », ce 7 Février 2023, depuis qu'il a mis un terme à la dictature des Duvalier. En exagérant, il pourrait dire « 256 » ans de souvenirs de liberté acquise au prix du sang.
L'Haïtien d’aujourd’hui est en l'an 2023, en pleine démocratie moderne. Son pays Haïti connaît l’imposition d’un régime de sanctions internationales contre certains acteurs politique et économiques qui le dirigent. Trois mois après, l'administration de Joe Biden permet à 30 000 de compatriotes Haïtiens, et amis Cubains, Vénézuéliens et Nicaraguayens d’entrer légalement aux Etats-Unis chaque mois, pendant deux ans, selon ce qui avait été annoncé par le Président Joe Biden, le jeudi 5 janvier 2023.
Après la pluie des sanctions voici venu pour lui le beau temps de voyager, loin de cet "enfer" préfabriqué et qui lui colle à la peau : Le Président américain "ouvre" l'accès à la "terre promise" à lui et aux Haïtiens prisonniers des gangs, de l'insécurité et de la mauvaise gouvernance. L’acquisition d’un passeport vient d'occuper la première place du hit parade sociopolitique national. Le syndrome du fameux "gallon jaune" depuis fin décembre 2018, que Haïti vivait au rythme de la pénurie d'essence a perdu ses gallons au profit du livret bleu.
Incroyable mais vrai: La bataille dans les stations d'essence avec les " Yellow Gallon" cède alors sa place à celle devant les DGI's ou le service d'immigration sise à Lalue ou des annexes dans les villes de province pour l'obtention à prix fort de documents importants, en vue de voyager aux USA, au cas où un proche parent ou un bon samaritain de la diaspora appliquerait pour quiconque sur l'île mystérieuse dite Kiskeya.
La mort dans l’âme pour les manifestions politiques anti ceci ou anti cela. Certaines agitations nationalistes ont été tuées dans l’œuf par l’oncle Joe. Et rien ne sera plus comme avant. Justice pour le devant du local de l'ambassade américaine à Tabarre. Cette sinistre et précaire situation qui dure depuis bientôt longtemps pousse l'Haïtien à se lamenter en silence en faisant un double traveling arrière: L'esclavage ou la liberté de 1804 ? Duvalier ou 7 Février 1986 ?
Son esclavage en mode chrétienté comme celui des Hébreux en mode d'Égypte reste le plus terrible de son Histoire. Il était forcé de travailler, même jeune, vieillard ou femme. Battu continuellement, femme violée ou homme utilisé comme bête sexuelle pour satisfaire les femmes des oppresseurs, il était sujet de mort au nom de La Bible gréco-romaine. Depuis sa traversée forcée de la mer due au commerce triangulaire, il ne valait absolument rien aux yeux des conquistadors et aujourd’hui encore que vaut-il aux yeux de ses oppresseurs modernes ? De l’indigo bleu au sucre rouge, du coton blanc au noir café, son humanité a été dénaturée. Les stigmates de l'esclavage sont encore là dans sa chair, dans son os et dans son esprit.
Du coup, dans ce statut d'esclave, il a gardé on dirait quelque chose d'agréable et d'attirant: C'est le fait d'être déresponsabilisé. Il ne réfléchit pas trop, il ne se prend pas en main, il ne s'engage pas, il ne prend pas de risque; il ne fait que ce que son maître décide pour lui. Tout comme un animal, pire encore, il ne prend aucune responsabilité, il n'a plus de respectabilité à défendre et son seul souci est de survivre. D'un côté, l'Haïtien moyen qu'il est, souffre au quotidien, mais de l'autre, il est débarrassé de tout le joug qui est le lot de la condition humaine. Tous ses maux tournent autour du manque de courage d'être un être responsable.
Pourtant, l’Haïtien a au fond de lui-même ce qu'il est capable d'accomplir dans ce monde grâce aux qualités que le destin lui a octroyées. La façon la plus simple d'échapper à ses devoirs est d'en démissionner ou de fuir à tort ou à raison et ce, en démontrant son incapacité à les réaliser.
Des fameux corps des "Tontons Macoutes" appelés V.S.N: Volontaires de la Sécurité Nationale, milice paramilitaire créée à la suite d'un attentat contre le président François Duvalier, le 29 juillet 1958 pour arriver aux bandes armées illégales campées par des bandits dits légaux démocratiquement élus, le spectre de la nostalgie s'installe dans le cœur de l’Haïtien.
Du passé colonial esclavagiste à la fin des Duvalier, une seule constante lui revient: les héritiers de la terre de nos ancêtres ou ceux de l'après 7 Février 1986, regretteraient-ils aujourd’hui vraiment leur situation d'esclave, soit des champs ou de maison ou de la dictature ? Réaliseraient-ils qu'il n'est pas évident d'être des hommes ou des femmes libres dans le sens le plus large du terme? L’Haïtien choisira soit de pleurer sur sa condition, soit de fuir ou de regretter son passé, tout en accusant sa destinée et ses chefs libérateurs, de Jean Jacques Dessalines aux quatre-vingt-sixtard. L' Haïtien: Qu’as-tu fait de ton pays ou de ta liberté ? Shalom. DSKippa .
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