Ce qui se passe dans la musique haïtienne depuis quelques semaines est sans commune mesure. Les sorties d’albums se multiplient et les artistes comme les festivals célèbrent des anniversaires marquants.
Commençons par le plus ancien. Le Haitian Compas Festival commémore ses vingt-cinq ans à Miami. C’est le plus ancien festival de musiques haïtiennes. Plus spécialement de compas. Le premier aussi qui a mis le nom du rythme inventé pas Nemours Jean-Baptiste à l’honneur comme jamais. Haïti, Compas et Festival dans un même label. Pas mal.
Au fil des ans, le festival a réussi à tenir et à offrir le meilleur de ce que l’on peut donner à des groupes haïtiens en termes de spotlight et tout cela se passe dans la diaspora, à Miami, et le festival est devenu au fil des années un vrai rendez-vous.
Le festival a aussi inventé la célébration festive du drapeau national. Oui, c’est Miami et le Haitian Compas Festival qui ont fait danser pour la première fois au nom de la fête de notre bicolore. A Miami, autour du compas, on s’habille des couleurs nationales et on pare sa voiture et son entreprise de bleu et rouge.
On est loin des célébrations obligatoires du temps de la dictature des Duvalier ou des fêtes pour écoliers contraints.
La fête du drapeau de Miami, autour du Haitian Compas Festival, a même donné naissance à des célébrations ailleurs et au mois de l’héritage haïtien. La musique Compas forge les politiques publiques. S ak ta di sa.
Dans un autre registre, Rutshelle Guillaune a atteint dix ans de carrière. Et pas n’importe laquelle. Une carrière de vedette. Rutshelle est la vedette haïtienne féminine du temps des réseaux sociaux.
Elle est aussi la première de nos femmes artistes aussi connu pour son talent que pour ses histoires de cœur qui défraient la chronique périodiquement.
La modernité, c’est elle. La femme forte, encore elle. La cible facile, toujours elle. La rebelle et la combattante : Rutshelle.
Elle a percé et fait son chemin. Elle sert de modèle aux autres femmes et aux artistes en général. Bon bagay.
Dans un domaine qui n’est pas la musique mais qui n’en n’est pas loin, Fednaelle François, une actrice, a soufflé les trois bougies de sa maison de production de feuilletons pour les tous petits écrans : les téléphones.
Avec 14 millions de like sur son compte TikTok, un million de followers sur Facebook et plus d’un demi-million sur tous les autres réseaux sociaux, Fednaelle François jouit d’une popularité loin des chemins officiels comme dans le temps les Languichatte, les Papa Pyè, les Jessifra et Alcibiade ont connu une popularité populaire…
L’amour du public s’exprime en like et en view ces derniers temps et qui sait, elle se mettra aussi un jour à la musique comme les artistes de l’écurie Disney ont montré le chemin.
Populaire, on peut tout faire…
Pour revenir à la musique, Zafèm a musé en route mais apporte de bonnes nouvelles avec un album qui explore des sentiers nouveaux connus des seuls anciens amants du Compas. Zafèm, le groupe de Dener Ceide et de Reginald Cangé, a réveillé un HMI qui flétrissait ses lauriers dans des répétitions faciles. Très attendu, Zafèm doit attendre maintenant que le temps confirme son démarrage fulgurant.
Autre surprise de ce mois de mai, Medjy, chanteur du groupe à succès Enposib, a sorti sans tambour ni trompette un album personnel sous l’appellation « 48 Rebecca ». Adresse ou code secret, le titre du disque est tout aussi surprenant que ce tournant qui indique la fin de Enposib ou la renaissance du groupe le plus en vogue de ces dernières années et un des rares groupes Compas créés par des jeunes qui s’est fait un nom.
Dans un autre chapitre, Troubleboy Hitmaker, rappeur à succès a lancé « M ap rap ak kè kontan ». Il confirme l’appétit de nos créateurs de ce segment de la musique haïtienne. Le rap ne lâche rien. Les concerts sont pleins. Les jeunes enthousiastes. Et l’inspiration au rendez-vous même sur les sujets compliqués que le Compas évite soigneusement.
Pour rester dans les textes durs, on peut s’arrêter sur « Egzòd », titre du second album de la chanteuse Sherlee Skai. Ce n’est pas une artiste populaire ni une de celles qui cherchent un succès facile.
Egzòd parle au fil des morceaux de migrations, de fuites, d’exils, de problèmes, de déceptions, toute la trame du quotidien des Haïtiens. Autant en rêve que dans la vraie vie, les Haïtiens partent et connaissent tous les problèmes des déracinés.
Sherly Débrosse, Sherlee Skai de son nom d’artiste, peint cette actualité du départ où les arrivées ne sont pas certaines.
Ce petit portrait incomplet du monde de la musique ne présente pas toutes les dernières sorties, mais il dit beaucoup d’un riche mois de mai dans un pays en crise où les aides à la culture sont rares.
Dany Laferrière n’aurait pas pu mieux dire : « Quand tout tombe, il reste la culture ».





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