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Opinions

Impasse intellectuelle imposée, mais sciemment occultée

LN
Le Nouvelliste

June 1, 2023 · Lecture : 7 min

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Propagande face à la réalité

Depuis l’instauration de la guerre froide, l’univers intellectuel occidental est entré dans une lente et interminable inertie. Comme l’Occident a le reste du monde pour théâtre de propagande, son inertie intellectuelle porte en germe l’effet de contagion à l’échelle de la planète. Même l’intellectualité communiste s’en trouvait pâtie, bâillonnée et censurée dès l’annonce et la tenue officielle du 20e Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS) du 14 au 25 février 1956, sous la conduite de son secrétaire-général Nikita Khrouchtchev (17 avril 1894 – 11 septembre 1971). Débuta ainsi l’ère du révisionnisme officiel qui se donna pour tâche de réviser ou de réécrire l’histoire du prolétariat russo-soviétique avec, au centre, sa pompeuse phraséologie dite « déstalinisation » qui restera célèbre dans les annales de la propagande bourgeoise. Le chemin de la facilité reste le fonds de commerce des ennemis intérieurs – Cinquième colonne. Délation, abjuration, dénégation, autocensure, liquidation du patrimoine communiste, exécution et crime d’État ont marqué la période khrouchtchévienne. Ainsi triompha le révisionnisme-négationnisme sous la restauration capitalise.

A l’arrivée, l’Occident capitaliste-chrétien est consacré vainqueur non pas que son idéologie soit supérieure à celle des communistes-marxistes-léninistes ; mais parce qu’il avait su mieux lire et comprendre le théoricien Joseph Staline (18 décembre 1878 – 5 mars 1953) que la clique révisionniste khrouchtchévienne qui a confondu la liberté d’opinion et d’expression avec la malhonnête transaction de sa conscience. Staline écrivait : « Mener une lutte à mort contre la bourgeoisie avec des capitulards et des traitres dans son propre état-major, dans sa propre citadelle, c'est tomber dans la situation d'hommes pris entre deux feux. Il n'est pas difficile de comprendre que, dans ces conditions, la lutte ne puisse aboutir qu'à la défaite. C'est de l'intérieur que les forteresses s'enlèvent le plus facilement. » 

300 × 250

                             Staline : Manuel abrégé d’histoire du Parti communiste de l’URSS (1938) Page 288.

« Guerre froide et Rideau de fer » sont deux expressions d’origine anglosaxonne : « Cool War & Iron Curtain », mais on serait tenté de croire qu’elles provenaient du lexique soviétique compte tenu de la propagande et de l’instrumentalisation que la presse capitaliste a faites autour d’elles. Il en est de même par exemple pour l’accident nucléaire civil survenu à Tchernobyl/Ukraine/URSS le 26 avril 1986, dont on a habitué l’opinion internationale à en prendre connaissance sur toutes les coutures. Au point qu’un marmot peut aisément faire le récit de ce qu’il s’était passé cette année-là en Russie soviétique, alors qu’il n’était pas évident que la population étasunienne ait été informée de l’accident ayant eu lieu à la centrale nucléaire de Three Mile Island en Pennsylvanie le 28 mars 1979. L’État historique de la Pennsylvanie est situé entre New York & New Jersey, deux grandes métropoles américaines. Sur l’échelle des accidents nucléaires/INES, l’accident de Three Mile Island est classé au niveau 5 et celui de Tchernobyl niveau 7. Ce qu’il faut retenir surtout, c’est que l’accident de Three Mile Island inaugura les évènements nucléaires civils mais n’avait reçu aucune publicité. C’est-à-dire la maîtrise de l’énergie nucléaire est parfaite côté capitaliste, bien médiocre côté communiste. Ou encore les États-Unis représentent le camp du bien, et la Russie soviétique représente le camp du mal.

La guerre froide recevait son discours inaugural par le président des États-Unis Harry Truman, célèbre pour ses bombes nucléaires jetées sur la population civile japonaise, qui se performait devant le Congrès ou le Parlement américain le 12 mars 1947. Son discours est fondé sur trois points essentiels dont voici un extrait d’après les archives d’époque : 

« Je crois que les États-Unis doivent soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d’asservissement par des minorités armées ou des pressions étrangères. Je crois que nous devons aider les peuples libres à forger leur destin. Je crois que notre aide doit consister essentiellement en un soutien économique et financier, de maintenir la liberté des États du monde et à les protéger de l’avancée communiste. » Doctrine Truman au Congrès. https://fr.alphahistory.com

S’était ainsi construite la digue anticommuniste-antimarxiste-léniniste dont les écluses jumelles présentent l’avantage de maintenir le vide au cours de leur mouvement rotatif, car le spécialiste en ingénierie hydraulique (MŒ Truman) savait que les eaux étaient fortes en cette saison-là. Les trois « Je crois » qui dominent le discours du Président, expriment la gravité du moment historique d’après-guerre – Deuxième, auxquels l’intelligence dominante européenne non seulement apporta son soutien inconditionnel mais encore accepta la vassalisation de ses États au nom de la Pax Americana. Il y avait alors péril en la demeure – « Péril communiste », donc la question de l’indépendance nationale n’était plus un enjeu. Il fallait en effet accepter ou recevoir les diktats du capitalisme étasunien (bouche nen w pou bwè dlo santi) ; l’essentiel, c’était de mettre en marche la machine de propagande impérialiste étasunienne contre le bastion de la révolution prolétarienne, l’Union soviétique. Depuis ce discours du 12 mars 1947, la population lettrée occidentale s’autocensure et se met au pas de la Pax Americana : elle bégaie, elle marmotte, elle escamote, elle radote, pour finalement  s’installer dans un état permanent d’agonie. A son chevet, se tiennent des thérapeutes qui lui administrent du sédatif pour l’essentiel.  

Au demeurant, le dogme du péril communiste a ôté tout sens commun des choses en devenir chez la communauté universitaire occidentale dont les productions anticommunistes étaient ses seules activités culturelles et intellectuelles. En voici une brochette d’icônes que nous proposons en soutien de notre regard sur cette époque : William Randolph Hearst (1863 – 1951), le plus grand magna de la presse aux États-Unis de son époque. Extrême droite de sang ; il rendit visite au Führer Adolf Hitler dont il était l’ami fidèle. Robert Conquest (1917 – 2015) est l’auteur du livre à sensation « Sanglantes moissons (1986) ». Alexandre Soljenitsyne (1918 – 2008) est un personnage controversé au service du capitalisme international ; il a écrit le livre bien connu des amateurs de sensations fortes « L’Archipel du Goulag (1973) ». Stephane Courtois (1947) a écrit, en collaboration avec ses associés, « Le Livre noir du communisme (1997) ».

François Furet (27 mars 1927 – 12 juillet 1997) clôt l’échantillon avec son livre qu’il intitule « Le Passé d’une Illusion. Essai sur l’idée communiste au XXe siècle (1995) ». Ils ont tous présenté une arithmétique de cadavres comme dans des devoirs de maison soumis aux écolières et écoliers ruraux, alors qu’ils étaient censés être interpellés à produire sur une période historique qui vit pour la première fois le prolétariat prendre le pouvoir d’État et se constituer en classe dominante en forçant la bourgeoisie à quitter la scène. On s’aperçoit qu’un tel sujet d’examen n’est certainement pas à la portée des jeunes gens qui entament tout juste leur carrière d’études primaires. L’inestimable et digne camarde Lénine (Vladimir Ilitch Oulianov : 10 avril 1870 – 21 janvier 1924) a marqué l’Histoire pour les siècles à venir. Tandis que ses détracteurs traditionnels, eux, s’assemblent et agissent à rebours de l’Histoire. Des êtres tout aussi minables que méprisables.

Pour clore la présente prestation, son auteur trouve l’action irrationnelle, immorale et inacceptable de l’Occident réuni qui se cache derrière un État tiers pour faire la guerre contre la Fédération capitaliste de Russie dont il qualifie d’ennemi de la démocratie, de la liberté, mais aussi de transgresseur du droit international. Des critiques qui valent ce qu’elles valent d’un point de vue occidental. Mais, dans les faits actuels de la guerre, la population d’Ukraine est vouée au nomadisme dont plus de 5 millions d’Ukrainiennes et d’Ukrainiens ont fui vers des pays voisins avec tous les risques qu’ils encourent : risques d’hébergement, risques économiques, culturels et politiques. Des régions entières sont dévastées, des victimes militaires et civiles durant cette guerre russo-ukrainienne qui tarde toujours à se terminer après plus d’un an. Se plaçant volontairement sous l’influence du capitalisme occidental, le président Zelensky de l’Ukraine écrase également son pays sans qu’il s’en rende compte peut-être. Lui seul peut et doit chercher une issue avec son homologue-adversaire le président Poutine de la Russie. Son pays est ravagé par la guerre, alors que l’Amérique impériale et les impérialismes français et anglais prétendent supporter le gouvernement ukrainien en armes et en équipements, mais s’interdisent d’envoyer leurs soldats au sol. Où est donc passée la conscience intellectuelle et politique internationale ?

Jean-Marie Beaudouin

coifopcha@yahoo.fr

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