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Opinions

D’où vient notre démocratie?

LN
Le Nouvelliste

July 20, 2023 · Lecture : 4 min

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Pour retracer l'origine de notre démocratie, il faut remonter à la période dite de la Guerre froide. En effet, durant cette période, les États-Unis craignaient l'expansion et la propagation des révolutions communistes et nationalistes renversant des dictatures qui leur étaient favorables, je veux parler notamment de la chute du Shah d'Iran, qui a porté au pouvoir le régime de Khomeini, l'effondrement du régime Somoza au Nicaragua aux mains des sandinistes, sans oublier auparavant, en 1959, le renversement de Batista par Fidel Castro à Cuba. Pour stopper ces révolutions, dans un ouvrage publié en 1972 et intitulé Developing Democracy, William Douglas, professeur à l'Université de Georgetown, a proposé que les États-Unis changent leur politique dans le monde en développement en remplaçant les dictateurs qui leur étaient favorables par des démocraties.

Douglas a également soutenu qu’en fournissant une aide militaire et économique au monde en développement, les États-Unis devaient également apporter à ces pays une aide politique. Celle-ci pouvait prendre la forme de soutien aux partis politiques en accord avec la politique étrangère de Washington dans ces pays, et la formation de groupes de la société civile avec l'aide d'entités démocratiques privées basées aux États-Unis. Les décideurs politiques à Washington n'ont pas tardé à appliquer les conseils du professeur Douglas. Le membre du Congrès Donald Fraser, originaire de Minneapolis, qui était président du sous-comité des affaires étrangères de la Chambre sur les organisations internationales, a suggéré que les États-Unis appliquent la stratégie du gouvernement ouest-allemand consistant à traiter avec les groupes révolutionnaires au Portugal, en aidant et en formant les partis démocratiques à réprimer la propagation du communisme ; en 1983, l’administration de Ronald Reagan a fondé le National Endowment for Democracy (NED), l'International Republican Institute (IRI) qui tire son origine du parti républicain et le National Democratic Institute (NDI) né de son côté du parti démocrate. Bien que fondées par le gouvernement, ces entités sont garnies d'un vernis d'autonomie.

 En usant de ce stratagème, qui est d'utiliser des ONG ou plus précisément des organisations non gouvernementales fondées ou financées par le gouvernement (GONGO) pour promouvoir la démocratie dans le monde en développement et en Europe de l'Est, Washington pourrait éviter les tensions diplomatiques avec les gouvernements prosoviétiques et empêcher une répétition du scandale Ramparts sur la scène internationale. En 1967, dans une publication muckraker, le magazine Ramparts basé en Californie, a révélé que la CIA espionnait des organisations américaines sur le territoire des États-Unis et qu’elle finançait la défunte Association nationale des étudiants (National Student Association) et d'autres groupes de citoyens basés dans le pays en violation des lois américaines interdisant la CIA d’entreprendre des actes d'espionnage sur le sol des États-Unis.

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Il faut aussi ajouter que soutenir des dictatures était très embarrassant pour les États-Unis souvent accusés d'appliquer une politique de deux poids deux mesures, c'est-à-dire de dénoncer la dictature de l'Union soviétique et des pays de l'Europe de l'Est tout en soutenant des dictateurs favorables aux intérêts de Washington. Ce changement de cap dans la politique étrangère américaine a sonné le glas de nombreuses dictatures à travers le monde, dont celles de Duvalier en Haïti, de Ferdinand Marcos aux Philippines et d’Augusto Pinochet plus tard au Chili, pour n’en citer que quelques-unes, et cela a contribué à l'avènement de la démocratie dans ces pays.

En clair, le règne de Jean-Claude Duvalier a pris fin lorsque les Américains l'ont lâché, suite certainement à la pression de la rue surtout dans la ville des Gonaïves. Les manifestations de rues alors minimes à Port-au-Prince contre le régime n'auraient pas entraîné le départ de Baby Doc sans l’influence des Américains pour forcer son départ. Naturellement, en promouvant la démocratie dans le monde en développement, les États-Unis ont pu dissuader les acteurs sur le terrain soit de prendre le pouvoir et établir une dictature, soit de saisir le pouvoir par une révolution armée ; tous les acteurs devaient respecter les règles du jeu qui consistait à prendre le pouvoir en appliquant le résultat des urnes démocratiques.

La démocratie est donc un moyen pour mettre le holà aux révolutions nationalistes ou socialistes armées. Cependant, des ONG telles que le NED, l'IRI et le NDI qui se trouvent en première ligne dans la formation et la préparation des leaders devant prendre le pouvoir dans les démocraties ont appuyé les révolutions colorées (Colored revolutions) dans les anciennes républiques de l'Union Soviétique pour renverser des leaders hostiles aux États-Unis, en dépit du fait que certain de ces leaders avaient été élus démocratiquement. En Haïti, l'IRI a joué un rôle très actif dans les événements qui ont conduit au départ d'Aristide en 2004.               

Alain Gaillard

gtilain01@yahoo.com         

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