D’une obsession de placer Haïti sous une constante occupation militaire découle une pratique fallacieuse de la diplomatie haïtienne. Depuis après son indépendance, Haïti a fréquemment traversé des difficultés socio-politiques complexes. D’une part, une classe politique jouant le rôle de subalterne au chevet de l’oligarchie du pays ; et d’autre part, une communauté internationale qui ne cesse de comploter contre l’indépendance haïtienne sous l’égide du Core Group.
Cette année marque le grand rassemblement de la 78ème Assemblée Générale de l’Onu, espace de concertation multilatérale où les représentants des Etats du monde se défilent pour apporter un discours de prise de position concernant les affaires du monde et de leur politique interne. Et, c’est par cette même occasion que la population haïtienne a appris que le gouvernement de facto mené par le Dr Ariel Henry lie Haïti au Kenya avec la signature d’un accord permettant ainsi l’implantation d’une ambassade dans chacun des deux pays. Les deux pays signataires, représentés par leurs ministres des affaires étrangères, M. Jean Victor Geneus et M. Alfred N. Mutua, se sont entendus sur situation sécuritaire en Haïti où des groupes armés terrorisent la population, une situation qui prévaut également au Kenya, notamment avec le groupe des shebabs qui menace la vie des citoyens kenyans.
Notons que le gouvernement haïtien a accueilli à bras ouvert la proposition kenyane du Président William Ruto d’être aux commandes d’une force multinationale pour relever les défis sécuritaires du pays. Selon lui, ne rien faire face à cet isolement, cette négligence et cette trahison historique est hors de question, a-t-il martelé à la tribune des Nations-Unies. Une page d’histoire qu’il semble bien comprendre car on a réellement tout fait pour garder la bravoure, la dignité et la force de ce peuple dans l’anonymat après plus de 200 ans d’histoire.
Tout pays indépendant est libre de choisir ses alliés et d’établir des relations diplomatiques et consulaires. C’est aussi par cette même voie que doit être effectué tout autre échange, qu’il soit économique ou culturel. Cependant, le cas d’Haïti entamant des relations diplomatiques avec le Kenya nous préoccupe particulièrement en ce temps de crise qui assombrit le pays un peu plus à chaque jour. Que dit certaines règles établit au préalable à ce sujet ?
Dans la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques, à laquelle Haïti s’est adhéré depuis le 2 février 1978, l’article 3 énumère les fonctions d’une mission diplomatique. A l’alinéa b, on lit : «Protéger dans l’Etat accréditaire les intérêts de l’Etat accréditant et de ses ressortissants, dans les limites admises par le droit international ». Se basant sur les fonctions essentielles d’une mission, il serait improbable de penser que cette relation se construit dans l’intérêt de la République d’Haïti.
Les articles 138, 139 et 139.1 de la Constitution haïtienne traite également la question. Ils stipulent clairement que c’est au président de la République que revient le droit de signer tous traités, conventions et accords internationaux, non pas à un gouvernement de fait. Par ailleurs, est-ce que le pays dispose assez de ressource budgétaire pour entretenir une mission de plus, sachant déjà toutes les difficultés relatives aux questions budgétaires ?
Cette décomposition structurelle dont est victime Haïti n’est pas le fruit du hasard. Des groupuscules très mal intentionnés œuvrent continuellement pour la dissolution du pays. En signant ces accords avec le Kenya, quelques semaines après que ce pays fait montre d’un zèle tendancieux pour avoir le leadership d’une force multinationale pour aider Haïti, il est mis en lumière un empressement de placer Haïti sous tutelle de manière officielle. Cette politique devrait permettre au clan du gouvernement de conserver le pouvoir et de continuer à être le béni-oui-oui du président dominicain, Luiz Abinader Corona.
Ajoutant à cette situation agonisante du pays, l’étrange coïncidence de voir que la République dominicaine se lie d’amitié, elle aussi, au Kenya. Il ne serait pas imprudent de penser que là encore quelque chose se manigance, car ses derniers jours il y a une tension croissante entre les deux pays au niveau de la frontière autour d’un projet de canal d’irrigation sur le sol haïtien auquel le président Luiz Abinader fait son objection le plus dévoué.
En ces temps difficiles, le peuple haïtien se mobilise un peu partout à travers le monde, particulièrement à Ouanaminthe, nord-est du pays, pour tenter de mettre un terme aux maux anachroniques d’apparence incurable dont souffre la République de la liberté. Haïti est ce pays qui rêve d’économie prospère, de socialisation et de liberté réelle.
Jean-Luc SAINFIRMIN
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