Un scenario d’enlisement indéfini semble être le sort actuel de la guerre russo-ukrainienne alors que nous nous dirigeons de façon évidente vers la troisième année depuis le déclenchement de ce conflit, son évolution demeure encore certes incertaine, cependant dans les milieux médiatiques, diplomatiques et militaires, on entend de plus en plus véhiculer ces paroles énigmatiques : « L’Ukraine ne peut pas gagner cette guerre mais la Russie ne peut pas la perdre non plus ». L’attente d’une main basse rapide et nette de l’ex-puissance soviétique sur l’Etat ukrainien a vite laissé la place à des affrontements d’intensité diverse où aucun des deux camps n’a pas pu parvenir vraiment à s’imposer de façon définitive. Les deux belligérants sont aussi enchevêtrés dans des systèmes d’alliance et de traité économique, géopolitique et militaire faisant intervenir un ensemble d’acteurs qui, pour le mieux, se contentent jusqu’ici de tester leurs technologies militaires dernier cri tout en laissant pendre pour le pire, des potentiels mouvements de réaction en chaine capable d’escalader le monde vers un conflit majeur d’ordre planétaire. Le seul événement sûr et certain pour le moment est que l’ordre économique et géostratégique unipolaire mené unilatéralement par les puissances occidentales depuis la fin de la guerre froide est en train de changer de décor par l’émergence d’une multipolarité fébrile, inconstante avec maints États, jadis dits de second rang, qui essaient de peser de plus en plus dans la balance internationale des jeux de puissance.
Le commerce international placé sous le drapeau du libre-échange (laissez faire et laissez passer), vu comme l’un des corollaires « théoriques » majeurs de cet ordre unipolaire s’en est ainsi retrouvé sévèrement déstabilisé par ce nouvel état de fait. Vu l’importance de ces événements, c’est en considérant une partie spécifique de ce domaine à savoir ; le commerce ‘’agroalimentaire’’ international, que nous serons amenés à comprendre les enjeux de cette phase de déstabilisation et de ses potentielles implications avec une emphase portée ici sur les relations entre agriculture et géopolitique en les appliquant spécifiquement au contexte d’Haïti.
Les différentes innovations en transport maritime et en infrastructure portuaire[1], la promotion du libre-échange et la dollarisation de l’économie mondiale ont beaucoup modifié les rapports que l’humanité entretenait avec l’alimentation depuis l’aube des temps. Ces rapports, vieux de plusieurs milliers d’années, ont transité vers un nouveau normal caractérisé par l’explosion considérable des surplus agricoles, l’industrialisation sans précédent de l’agro-alimentaire, l’effondrement du coût de la calorie et la maitrise de l’inflation des prix des produits alimentaires. La période post-guerre froide, plus récemment, marquée par la découverte de l’abondance alimentaire des supermarchés modernes par les populations des pays ex-soviétiques et le glissement de la majorité des pays en développement sous les parapluies d’assistance alimentaire de l’Occident et des Nations-Unies sera peut-être analysée par certains historiens du futur comme un âge de paix et d’abondance relative au cours de l’histoire eu égard au fait que les pénuries, les famines et d’autres péripéties nutritionnelles du même genre ont souvent été une préoccupation constante chez l’homme depuis l’antiquité. Francis Fukuyama, par exemple, l’un des éminents penseurs de l’époque face à l’optimisme, l’abondance et l’espoir qui se propageaient dans les années 1980 et 1990, déclarait déjà la fin de l’histoire de l’humanité telle que nos aïeux l’ont connu et l’ouverture d’une grande période de paix et de prospérité. Dans son ouvrage « La Fin de l’histoire et le Dernier Homme », il avançait que nous étions parvenus à une ère de bonheur, de paix et d’amour où la démocratie libérale et l’économie de marché suite à l’effondrement de son rival, le modèle communiste, allaient s’imposer comme le seul modèle d’organisation des civilisations actuelles qui désormais paraissaient prêt à cohabiter de façon harmonieuse et prospère sur la planète. Cette euphorie idéologique de convergence irrésistible de toutes les économies nationales vers cette grande utopie néolibérale mondiale incitait à tous les niveaux régionaux et locaux, à la mise en œuvre de politiques commerciales et économiques qui allait dans la pratique sérieusement atteint l’intégrité des filières agroalimentaires traditionnelles des pays en développement.





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