Théorie de remplacement et ses revers géopolitiques
Nous sommes dans le sillage de l’année 1949 qui vit la victoire de l’Armée populaire de libération de Chine contre le gouvernement réactionnaire du général Tchang Kaï-chek (31 octobre 1887 – 5 avril 1975) qui, avec son aîné Sun Yat-sen (12 novembre 1866 – 12 mars 1925), domina la scène de la Chine continentale. Dépité et vaincu sur tous les fronts durant les batailles rangées du conflit qui l’opposa à l’APL, Tchang Kaï-chek dut se réfugier sur l’île de Formose ou République de Formose ci-devant l’actuelle Taïwan qu’il dénommera, plus tard en décembre 1949, « République de Chine ». Il y devint officiellement président en mars 1950 et y établit sa dictature jusqu’à sa mort. Le général Tchang Kaï-chek, en bon mètdam et s’appuyant sur ses accointances avec les États-Unis dont il partage la même famille idéologico-politique, avait pu maintenir à son profit le siège de la Chine continentale à l’ONU – Organisation des Nations Unies – jusqu’en 1971. En ces lieux, se rencontre la crème des crèmes du monde capitaliste qui domine sans partage sur le reste du monde au profit de la bourgeoisie possédante.
Rappelons au passage que le chef militaire révolutionnaire Mao Zedong (26 décembre 1893 – 9 septembre 1976) proclame la République populaire de Chine le 1er octobre 1949 à Pékin, la capitale du continent chinois. D’habitude et de tradition séculaire, le communisme prolétarien n’est jamais bienvenu en Occident capitaliste. Pour les Occidentaux qui incarnent la démocratie totalitaire, le communisme n’aurait jamais dû être né : le capitalisme n’a ni besoin de compétiteur, ni de rival : il veut tout seul régir la planète comme il l’entend. Il dispose à la porte la force morale capable de maintenir les âmes captives afin de prévenir les crises sociales et les soulèvements populaires, parlant de l’Église et ses papes qui dominent le monde religieux donc le monde croyant. Et cela même quand le capitalisme était encore balbutiant, Jean-Jacques Dessalines, qui fut le chef de l’État d’Haïti au sortir de l’esclavage trois fois séculaire, en fit les frais pour son attitude manifestement anticléricale et pour avoir neutralisé le christianisme comme religion d’État, mais aussi comme soutien politico-moral de l’esclavagisme colonial.
Ainsi, la Chine populaire de Mao a été mise en veilleuse et en isolement en pleine guerre froide étasunienne, avons-nous observé dans les relations internationales et dans la diplomatie internationale. Soit qu’on se plie, soit qu’on se heurte aux verrous des Occidentaux qui ne connaissent que la violence et la guerre pour s’imposer. C’est en raison de cette culture guerrière que la Russie soviétique avait dû modérer ses positions lors des débats onusiens relatifs au pays frère de l’Empire du Milieu, pendant que la guerre froide américaine avait été principalement dirigée contre elle. Autrement dit, la planète vit sous la contrainte des mesures de rétorsion draconiennes des gouvernements d’Occident qui font pourtant beaucoup de bruit autour des thématiques de la liberté, des droits de l’homme et du droit à l’autodétermination des peuples. L’Occident collectif brandit ces concepts uniquement à des fins de propagande pour servir ses propres intérêts. Il apporte par exemple de l’aide au développement industriel pour Taïwan qui s’installe en Asie de l’Est comme un joyau du type capitaliste ; de même pour la Corée du Sud dont le territoire devient, depuis 1953, une véritable base militaire américaine dans la région Asie-Pacifique.
A l’inverse, le Venezuela bolivarien est mis au banc parce qu’il est jugé rétif et insolent. Ayant librement changé le régime social ancien d’avant lui, le président Hugo Chavez (Rafael Frias : 28 juillet 1954 – 5 mars 2013) a été l’objet de critiques saugrenues et injurieuses de la part de la presse occidentale et de ses gouvernements. De quel droit à l’autodétermination parle-t-on en Occident ? Hugo Chavez a exercé du 2 février 1999 au 5 mars 2013 ; bien qu’il soit arrivé au pouvoir d’État par la voie des urnes, il n’était pourtant pas bienvenu dans les milieux occidentaux qui ont leurs propres critères de la démocratie auxquels soit qu’on s’aligne, soit qu’on meure.
La crise économique qui sévit au Venezuela bolivarien a été fabriquée et dirigée contre le peuple militant vénézuélien. Elle est le résultat des États pétroliers de l’OPEP qui ont sciemment fait chuter le prix du pétrole brut par la hausse de la production afin de rendre l’offre suffisamment supérieure à la demande. Ils ont en effet cherché à maintenir le peuple en tenaille afin qu’il se soulève contre l’actuel président Nicolas Maduro qui exerce du 8 mars 2013 à nos jours. Or le pétrole reste la base de l’économie du Venezuela. Telle est l’attitude criminelle des gouvernements du collectif occidental, avec les États-Unis dont la monnaie/le dollar domine le commerce mondial. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole est donc l’officine du Bureau ovale à Washington, D.C.
Passons maintenant au fond du sujet pour lequel nous avons librement souscrit. La Chine démocratique populaire est maintenue dans l’isolement diplomatique à cause de son idéologie qui est différente de celle qui s’exerce en Occident. Mais le monde est dynamique et change, et les valeurs changent aussi. Le 27 janvier 1964, soit quinze ans post-révolution chinoise, la France de Charles de Gaule (André Joseph Marie : 22 novembre 1890 – 9 novembre 1970) reconnaît officiellement la République populaire de Chine. De Gaule dirigea provisoirement la France du 3 juin 1944 au 26 janvier 1946 ; il devint président de la République française du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969. Il fut une grande figure militaire et politique des temps modernes et contemporains, son acte politique et diplomatique avait profondément marqué les relations internationales et réhaussé le prestige de l’État français sur la scène internationale. Après en avoir usé ses fonds de culotte dans les discussions oiseuses et s’y être prêtés aux pires malentendus, les États-Unis d’Amérique reviennent à la raison et semblent saisir la portée prédictible du mot exprimé par de Gaule : « Il n’est pas exclu que la Chine redevienne au siècle prochain ce qu’elle fut pendant des siècles, la plus grande puissance de l’univers. » déclara-t-il le 31 janvier 1964. (histoire-a-sac-a-dos.com).
Des ponts diplomatiques sont ainsi jetés entre Washington et Pékin : Le secrétaire d’État américain Henry Kissinger (Heinz Alfred : 27 mai 1923, still alive) a fait le voyage en Chine populaire au début du mois de juillet 1971, et le président des États-Unis Richard Nixon (Exercice : 20 janvier 1969 – 9 août 1974) s’y rendit et y rencontra Mao Zedong le 15 juillet 1971. L’Amérique triomphante, dont la guerre impérialiste de 1939 – 1945 aura été une aubaine inouïe et a fait d’elle la première puissance économique du monde, va même convaincre ses alliés d’accepter l’admission de la Chine populaire à l’ONU avec à la porte, un siège permanent au Conseil de sécurité. Les intérêts économiques des Occidentaux sont la norme de preuve hors de tout doute dans les relations internationales : La diplomatie internationale est ainsi constituée, malheur à un État qui croit le contraire.
Cet évènement eut lieu le 25 octobre 1971. Et la porte claqua dans le dos du général Chiang Kaï-chek avec son personnel diplomatique et sa république formosane. Et le froid calcul de l’Occident capitaliste est dicté par le mobile du marché de consommation susceptible de rapporter des revenus ou des gains effectifs : A cette époque, la démographie du continent chinois était estimée à plus de 800 millions de Chinoises et Chinois ; or, l’île de Taiwan était encore une gazelle pucelle donc incapable de soutenir la compétition dans l’économie capitaliste.
Apparaissent les revers de manière lente et sûre ; ils atteignent même leur point de non-retour – point of no return. Il s’est produit un évènement dans le voisinage du printemps de l’année 1989, auquel la presse bourgeoise avait délibérément choisi d’en faire une exploitation abusive dans le cadre du condominium de la société occidentale qui impose la démocratie totalitaire comme son paradigme universel. L’occupation de la Place Tian’anmen par une infime partie de la classe estudiantine chinoise du 15 avril au 4 juin 1989 à Pékin, était plutôt symptomatique des réformes qu’avait entreprises le gouvernement du président Deng Xiaoping qui gouverna l’État continental de la République démocratique populaire de Chine du 6 juin 1983 au 19 mars 1990. Tant et si bien que les réformes transformatrices suivent leur cours normal jusqu’à leurs ultimes conséquences. Aujourd’hui, les muscles de la Chine populaire sont si robustes que les gouvernements occidentaux sont ceux-là mêmes qui cherchent à neutraliser tous éléments indépendantistes susceptibles d’arriver au pouvoir à Taipei. Soudainement, le gouvernement communiste chinois dispose des surveillants occidentaux qui veillent à ses intérêts territoriaux.
L’histoire ne connaît pas de gouvernement qui puisse résister devant 200 000 étudiants surexcités sur une période de deux à trois jours, alors que l’enseignement supérieur chinois en comptait environ 8 millions à l’époque. Les étudiants qui manifestaient sur ladite Place avoisinent aujourd’hui la cinquantaine ; aujourd’hui, ils doivent être en train de jouir et de s’épanouir de la prospérité économique de leur pays. Il semble qu’il soit une certitude que la Chine démocratique populaire a atteint un degré supérieur dans son économie, qui lui confère le droit de s’imposer comme une grande puissance économique dans ce nouveau millénaire. Selon les prévisions prudentes des économistes libéraux, la Chine populaire pourrait dépasser les États-Unis dans un temps pas trop lointain.
Tel est notre CQFD quant à l’appréciation des faits ayant marqué les deux premières décades du nouveau siècle, mais aussi quant à la décision du Conseil de sécurité de l’ONU de remplacer la République de Chine (Taiwan) par la République Populaire de Chine (Octobre 1971) dont le mobile demeure le capital-argent.
Jean-Marie Beaudouin
Septembre 2023 ; coifopcha@yahoo.fr
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