L'humain peut faire l'expérience de trois états d'être capables de déterminer le cours de son existence. Pour les besoins de cet article, nous les appellerons romance, amour et sympathie ; le premier étant souvent confondu avec le second. Entre autres acceptions, voici comment le dictionnaire définit ces trois états :
Romance : Penchant à l'amour, à la sentimentalité.
Amour : Fort sentiment d'affection et d'attachement envers un être vivant ou une chose, assez intense pour pousser ceux qui le ressentent à rechercher une proximité avec l'objet de cet amour.
Sympathie : Penchant naturel, spontané et chaleureux de quelqu'un vers une autre personne.
Sans forcément écarter les perspectives exposées plus haut, cet article aura à déconstruire certaines données sur les états en question. À toutes fins utiles, sans dogmatisme, l'auteur fera ressortir les ressemblances, les nuances et les différences entre la romance, l'amour et la sympathie. La présente se veut à la fois un complément et un supplément à l'article publié dans Le Nouvelliste et sur Facebook le 13 février 2023, et intitulé La Mesure de l'Amour, l'Éternel Essentiel.
La romance engendre capricieusement l'affection tendre et prévenante, l'attrait physique, l'appétit érotique, l'admiration fanatique, l'attachement possessif jusqu'à l'addiction psychologique, parmi d'autres manifestations liées à la chimie et aux hormones. Typiquement, la relation romantique doit satisfaire certaines conditions, vu les investissements consentis de part et d'autre. En particulier, il y a l'attente de réciprocité et d'exclusivité territoriale, sous peine de jalousie, de rupture, de haine et d'autres représailles. Pour assurer cette transaction, les parties cherchent souvent à lier leur sort dans un acte officiel et solennel ; une tradition en baisse. La passion romantique, nourrie par les affinités, la complicité, la proximité et l'intimité, peut connaître différentes phases. Tantôt, surtout au début, elle envahit ses sujets jusqu'à l'obsession ou à la folie, et peut les renverser, les foudroyer, comme s'ils étaient drogués ou possédés. On parle alors de "maladie d'amour" ou de "tomber d'amour". Tantôt la passion romantique, idyllique, transporte ses sujets vers l’extase, le bonheur et la plénitude indicibles. On parle alors de "grand amour" ou de "septième ciel". Tantôt elle fait souffrir jusqu'à l'agonie. Tantôt elle languit dans l'habitude et la routine ; plus rien n'est cultivé, les partenaires se prennent pour acquis. Tantôt elle provoque les dérives les plus tragiques, comme dans le crime passionnel. À n'importe quelle phase, cet état d'âme, impliquant les sentiments et les émotions, peut être une source de créativité fantastique et inspirer les plus belles œuvres artistiques (romans, poésies, chansons, doux mensonges...).
L'amour est inclusif, indépendant et impersonnel ; c'est l'altruisme aveugle, sans discrimination. Indépendant signifie non guidé par les affinités, la complicité, la proximité, l'intimité et les réactions chimiques. L'amour engendre invariablement l'accueil patient et tolérant, l'abnégation de soi, la disposition au partage, au don, au service, au risque et au sacrifice, sans réserve, sans calcul, sans condition, sans rien attendre en retour, pour le meilleur ou pour le pire. L'amour authentique intègre l'affection, sans verser dans la possessivité. Cet état d'esprit, s'il est cultivé avec maturité, peut non seulement inspirer et combler l'amoureux, mais l'habiliter à élever sa conscience et à libérer son potentiel. L'amour devient alors comme une seconde nature : on ne tombe pas d'amour, on ne file pas le parfait amour, on ne fait pas l'amour, mais on est amour.
Entre la romance et l'amour existe la sympathie, imprégnant les relations familiales (parentale, filiale, fraternelle...) et amicales ainsi que d'autres formes d'interactions. L'élan sympathique, comme la passion romantique, se nourrit d'affinités et de complicité, relativement, mais il n'est pas exigeant à l'entretien, il ne dépend ni de la proximité ni de l'intimité, et il est, en principe, désintéressé. Si cet état d'âme engendre l'affection et l'attachement, s'il y a proximité et intimité, il n'y a là, théoriquement, rien d'érotique, d'envoûtant, de possessif ni d'exclusif. Seulement à ces égards, l'élan sympathique se rapproche de l'amour authentique.
La romance, l'amour et la sympathie ont en commun la créativité, le dévouement et l'engagement. De même, ces trois états d’être produisent à divers degrés le fruit de la patience et de l'abnégation ainsi que la disposition au partage, au don, au service, au risque et au sacrifice. Toutefois, l'esprit d'amour se distingue nettement par son caractère indépendant, impersonnel et inconditionnel. Voilà pourquoi il est difficile pour un amoureux (étudiant ou compétent) de conjuguer effectivement une romance ou toute relation sentimentale classique.
Paul Jérémie
Megadialogue@yahoo.com
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