“Je m’appelle Maza. Je suis venue comme étudiante en République Dominicaine depuis 2005. J’ai pu réaliser mes études de médecine avec brio, et j’ai eu ma carte de résidence temporaire m’habilitant à fonctionner dans les conditions régulières dans ce pays d’accueil. Au lieu de m’octroyer une carte de résidence permanente, pendant plus de quatre ans, les autorités dominicaines ont maintenu mon statut de résidence temporaire, ce qui m’obligeait à payer de fortes sommes d’argent pour son renouvellement chaque année. Après mon internat et mon service social, tenant compte des troubles sociaux politiques en cours en Haïti à l’époque, après discussions avec mes parents, j’ai décidé de m’établir en tant que professionnelle en République Dominicaine. Bien que contrainte de travailler dans un domaine autre que mon domaine d’étude, j’ai toujours fonctionné comme une professionnelle responsable, respectable et respectée et gagnant honnêtement ma vie, payant tous mes impôts à l’Etat chaque année. Dans l’intervalle, j’ai pu bénéficier d’une résidence permanente, mais les autorités dominicaines refusent, pour des motifs inavoués, de la renouveler en dépit de toutes les démarches que j’ai effectuées. Je me retrouve depuis en situation irrégulière donc sans-papiers alors que ma demande est déposée en bonne et due forme. C’est révoltant de voir les traitements inégalitaires que les immigrants haïtiens sont l’objet en République Dominicaine. Je vis dans une peur constante d’être pour ma vie, peur d’être appréhendée par la police en pleine rue ou de ma résidence et d’être jetée dans un espace où les conditions de détention des sans-papiers sont infrahumaines et où chaque détenu doit payer plus de 12 000 pesos pour sa libération à chaque fois. Je suis vraiment fatiguée de ces injustices si graves et de ces traitements discriminatoires offerts aux migrants haïtiens dans ce pays où gens sont traités en fonction de leur pays d’origine et où les systèmes mis en place ne fonctionnent tout simplement plus pour les Haïtiens. Je me sens contrainte de laisser ce pays à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil respectueuse des droits et de la dignité de la personne humaine et où des immigrants sont traités en toute justice et sans discrimination aucune ».
L’histoire de Maza semble traduire la réalité de vie de bon nombre de nos compatriotes évoluant en République Dominicaine. La plupart de ces compatriotes deviennent victimes de l’arbitraire, des violences institutionnelles, de préjugés xénophobes et racistes, des exploitations à outrance puisque considérés comme de la main-d’œuvre à bon marché, des proies pour des réseaux criminels. De plus, des milliers de Dominicains d’ascendance haïtienne ont été victimes de l’application de décision inconstitutionnelle, l’Arrêt TC/0168/13, de la Cour constitutionnelle dominicaine en violation des principes des droits humains. Des centaines de milliers de nos compatriotes ont été pris pour cibles dans les vagues de déportation massive effectuées en dehors de toutes normes et des principes de respect de la dignité et des droits fondamentaux des migrants prônés par des traités et des conventions internationales. Ces problèmes s’aggravent par de nombreuses formes d’intoxication et d’exploitation politique notamment à l’approche des élections en République voisine, et ils prennent des proportions alarmantes en fonction des divergences politiques avec les pouvoirs en place en Haïti.
A la question migratoire viennent se greffer la question de la gestion de la rivière Massacre à travers l’opposition farouche de l’actuel président de la République Dominicaine, Luis Abinader, au projet de la construction du canal en vue de l’irrigation de la plaine de Maribahoux. Du côté d’Haïti, des suspicions voire des indices probables concernant l’implication de la République Dominicaine dans la crise sécuritaire actuelle en Haïti à travers l’utilisation des points frontaliers pour faciliter la circulation d’armes et de munitions en vue de contribuer à la déstabilisation du pays par des groupes armés non-étatiques. De plus, la décision prise par le gouvernement dominicain pour empêcher aux Haïtiens d’origine de transiter par la République Dominicaine avec la fermeture de l’Aéroport international Toussaint Louverture vers ou en provenance d’autres destinations, la décision qu’aurait prise le gouvernement dominicain de procéder au barrage et au détournement de la rive de la rivière Massacre pour empêcher l’alimentation du canal récemment construit par les Haïtiens, le non renouvellement du Plan de régularisation des étrangers en République Dominicaine adopté par l’ex-président dominicain Danilo Medina, constituent des actions très provocatrices et évocatrices. Elles laissent transpirer une résurgence des mythes fondés sur la peur d’une invasion haïtienne du territoire dominicain et les préjugés xénophobes et racistes du président Abinader par rapport aux Haïtiens et une volonté de maintenir Haïti dans la dépense envers la République Dominicaine notamment pour certains produits alimentaires de base.





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