Ici sous les regards tranquilles et indifférents de tout un système-monde, la vie est ébranlée… c’est la mort qui vit et c’est la vie qui meurt. Ici sur ce 27750 km2, les larmes, les pleurs et les cris de ras le bol sont rivés jusqu’aux cieux. Comment continuer quand la vie perd la vie sous nos yeux ? Haïti, histoire glorieuse, quotidien périlleux, berceau de douleur, où les cieux s’assombrissent. Le malheur y enflamme les rues, laissant des cicatrices profondes, la loi des gangs y oscille entre cris, chuchotements, hurlements et balles perdues. Dans le regard des assassins de la vie, des meurtriers de l’espoir, grands, comme petits. Pour les « Conzés » de l’histoire haïtienne et alliés, n’existe point la notion de sécurité comme droit humain fondamental, ni celle du respect à la vie à la dignité et à l’intégrité humaine. Les seules thématiques immanentes à leur ontologie démoniaque et diabolique sont celles relatives à leur vils principes téléologiques : amplifier l’affliction du peuple haïtien, outrer le désarroi de ce peuple fier, courageux, à la bravoure et à la résilience qui outre- passent les limites de la mesure du pensable.
Ici la vie est un cauchemar éveillé, une situation d’une terreur inédite qui laisse les sens impuissants et le sommeil agité. Les gangs « a vès », grands costards, faux dignitaires de l’État et ceux qui sont armés ont pris le contrôle des rues, des vies et des avenirs. Ils se sont érigé en maitre de la peur et en seigneur de la terreur. Les rues sont jonchées de débris, les maisons sont criblées de balles, les gens sont kidnappés, les femmes sont violées, humiliées , le sang coule à flot au milieu des rues en un ruisseau mortel et les vestiges du chaos se dressent comme des témoins muets de la cruauté. Deux mil quatre cent c’est le chiffre officiel de l’ONU du nombre de personnes assassinées pendant ces derniers mois, tuées de sang froid, pour le plaisir des armes et des âmes corrompues. Deux mil quatre cent c’est le nombre connu de paisibles citoyens dont l’existence a été arrachée, sans aucune pitié. Ce sont des existences parfois arrachées même dans leur nuit tranquille, dans leur sommeil profond, dans l’entre-temps d’un espoir fertile et d’une aspiration sans faille à la vie. Ce sont des gens qui ont osé garder espoir dans un lendemain meilleur sur leur terre déjà meurtrie.
Dans ce pays déchiré par les conflits et la domination des gangs, la vie languit, et l’existence semble de plus en plus fragile. Les gangs armés règnent en maîtres, et la sécurité si elle existait un jour a complètement disparu.
Vous qui me lisez, avez-vous déjà entendu les cris de ce peuple vibrant de douleur et teintés de frustration ? Ces cœurs qui sont fatigués de battre en cadence de la peur ? Vous qui me lisez avez-vous déjà vu les cris étouffés d’une mère meurtrie, engloutie par le regret, la colère et l’indignation ? Tel un volcan en éruption, le cœur déchiré laissant échapper des flammes de douleur et de désespoir face à la perte cruelle de ses précieux enfants, mère autrefois bercée par l’amour et la tendresse qui verra désormais ses nuits hantées par les ombres sinistres de l’incompréhensible, de l’insondable et de l’insoutenable ? Malheureusement on n’entendra plus jamais les cris des bébés victimes à Martissant, touchés par des projectiles ôtant leurs innocentes vies, ils pourraient trouver une éloquence bouleversante dans le silence, au-delà des mots, leurs regards, leurs pleurs et leurs gestes pourraient raconter une toute autre histoire . Dans les regards de l’insécurité, j’ai vu dans les ombres dansantes de la nuit, où la lueur des étoiles se perd dans l’obscurité, se cache un voile sinistre, l’insécurité qui rôde telle une bête affamée. Dans les ruelles étroites et tordues, les âmes égarées marchent avec prudence, scrutant les coins sombres où le danger se tapit. J’ai vu les murs délabrés des bâtisses qui dévoilent les cicatrices des violences passées, tandis que les murmures du vent portent les échos des cris étouffés. Le silence est pesant, complice des secrets inavoués, des crimes impunis. Le sol, foulé par des pas hésitants, semble garder en mémoire les empreintes de ceux qui ont été engloutis par l’abîme de l’insécurité.
Merci de me permettre de vous emmener dans le monde des pleurs de ma plume, là où chaque goutte d’encre est imprégnée d’émotions profondes et sincères. Car il est à travers ces larmes d’encre que se dessine ma tristesse, ma douleur , mon désarroi et ma cruelle désolation. Les pleurs de ma plume sont le reflet de ces cœurs brisés, de ces âmes meurtries et de ces esprits fatigués. C’est le reflet des supplices enracinées dans la mémoire des corps qui ne peuvent exprimer leur détresse. Les sanglots de ma plume sont une cascade de mots, un torrent de verbes qui se déversent sur le papier, portant avec eux la réalité sombre qui assaille notre patrie. À chaque trait de plume, je vois les visages marqués par la souffrance, les regards emplis de larmes qui n’ont pas trouvé de réconfort, elles sont l’innocence de nos enfants blessée. Les pleurs de ma plume sont les échos des familles endeuillées, des vies perdues dans des actes de violence aveugle. Les vies fauchées par les armes, les âmes déplacées qui errent loin de leur foyer, les pleurs de ma plume se mêlent au tumulte du chaos, un cri silencieux dans l’obscurité qui plane sur mon pays déchiré, prisonnier des ombres de l’enfer. Chaque goutte d’encre est une larme versée pour ceux dont les rêves ont été brisés par la violence, blessés dans leur amour de la patrie. Ils sont pour ceux qui ont dû abandonner tout ce qu’ils connaissaient pour échapper à la terreur, pour ceux qui sont obligés de fuir leur vie pour une vie que leur terre leur refusait. Mon cœur dépose mes mots en boucliers, en remparts fragiles contre la folie destructrice qui consume mon pays. Dans chaque phrase, je clame la justice, dans chaque séquence je dénonce l’horreur, l’horreur des cris étouffés des innocents, les lamentations des sans abris. A travers cette danse contre la mort, les pas de mes mots se dressent tel un rempart, défiant le destin implacable qui tente de nous emporter contre nous. À travers chaque ligne tracée, j’écris l’espoir, je paraphe l’espérance pour ces âmes tourmentées. Dans ce silence brisé par les sanglots de nos mères , j’essaie contre la montre de trouver la force de continuer à écrire, à vouloir offrir un peu de réconfort à ceux qui en ont tant besoin et dans chaque mot, je dépose un peu de mon âme, offrant un refuge pour ceux qui se sentent perdus, une épaule sur laquelle pleurer, un sourire dans l’obscurité. Car au-delà de la douleur et du chagrin, il y a toujours une lueur d’espoir, un rayon de lumière qui perce les nuages les plus sombres.
Les pleurs de ma plume sont tristes Mais au-delà de la tristesse, chaque goutte d’encre se mêle aux pleurs et je vois une lueur d’espoir qui persiste. Les pleurs de ma plume nous rappellent que la tristesse peut être le moteur de la résilience, que les larmes peuvent nourrir notre détermination à construire un avenir meilleur. Dans ce chaos, la voix de l’espoir doit se faire entendre, portée par les artisans de la vie qui doit continuer de lutter, malgré tout. Au bout de ces escaliers en pierres , l’espoir doit émerger, la lumière de la résistance face aux injustices doit briller. Les blessures ne se refermeront pas en un jour mais l’espoir ne peut pas mourir. Il doit vivre tant que la vie elle-même continue de battre sous ce beau soleil de la Caraïbe et la où il n’y a pas d’espoir comme nous dit Camus, nous devons l’inventer.
Dans cette lutte acharnée contre la mort et dans l’ombre des cieux voilés de tristesse, mes mots s’épanchent en larmes, tels des ruisseaux silencieux dans la nuit. Les larmes de ma plume s’élèvent, un écho de douleur contre l’implacable souffle de la mort qui rôde dans mon pays. Chaque mot est une prière murmurée, un cri d’espoir étouffé dans l’obscurité des jours sombres. Mais même au milieu des cendres et des décombres, l’espoir luit fragilement comme une fleur poussant dans un champ de désolation. Ainsi, mes mots se lèvent comme des phénix, et dans leur élan, ils murmurent la promesse de résilience et de renouveau. Ainsi, je continue à écrire, à chanter, à pleurer, car tant qu’il y aura des mots, il y aura toujours une étincelle de vie dans l’obscurité de l’existence haïtienne.
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