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Opinions

Le réveil de Mussolini

RS
Ricardo Seitenfus

August 28, 2024 · Lecture : 3 min

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L’affligeant spectacle offert par les corporations haïtiennes dans leur lutte intestine afin de désigner leur représentant au prochain Conseil Électoral Permanent (sic), est dans l’ordre des choses et ne doit surprendre personne.

Depuis belle lurette dans ces pages même de Le Nouvelliste je m’efforce à attirer l’attention sur les avatars électoraux.[i] Pas uniquement avec des critiques mais également avec des suggestions. Rien à faire ! On poursuit allègrement la route, avec les mêmes formules, vers le prochain précipice.

La moelle épinière de toute transition politique – et dans le cas d’Haïti elle devrait être prioritaire – consiste à construire un système électoral légitime, efficace et indépendant du Pouvoir, de tous les pouvoirs. La Constitution de 1987 et la Loi électorale (promulguée le 24 septembre 2008) prévoient l’existence d’un organe électoral permanent. Néanmoins, à partir de 1987 les différents gouvernements n’ont pas su, pas pu ou pas voulu le rendre permanent. Au cours de ces 37 dernières années, les compétitions électorales ont été organisées par le biais d’institutions ad hoc. Depuis sa création, le CEP va connaître bientôt sa vingtième formule et composition différentes.

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Il serait indispensable que le CEP dispose de capacité technique de leur personnel, d’indépendance politique et d’autonomie financière. Rien de cela.

Bien. Au moins, Haïti pourrait faire en sorte que les neuf conseillers membres du CEP trouvent la légitimité de leur nomination par leur expérience professionnelle dans les affaires électorales. Or, la crise pré-électorale actuelle démontre, une fois encore, que ce n’est pas le cas et que l’on se moque de l’électeur. Car, l’essentiel est  ailleurs.

Les principaux États et organisations internationales composent un groupe qui accompagne, conseille, suggère, exerce des pressions et des menaces.

Il peut même aller jusqu’à changer la volonté de l’électeur, c'est-à-dire le résultat de la votation, comme il l’a fait en 2010, lorsqu’il exige et obtient le remplacement de Jude Célestin par Michel Martelly. Avec les conséquences que l’on sait.

Ayant pu déjouer le putsch contre Préval du 28 novembre 2010 et m’étant opposé aux prétentions de l’International, spécialement des États-Unis, de changer le résultat de la votation, j'ai dû me battre et quitter définitivement Haïti le 24 décembre 2010.

Des experts électoraux étrangers participent activement au processus. L’élaboration de la liste électorale dépend aussi du soutien financier de l’étranger. Or, cet appui devrait être drainé exclusivement vers des défis techniques, notamment l’introduction du vote électronique.

Cet état de choses est aggravé par une succession interminable de confrontations électorales découlant d’un calendrier de votation irrationnel. La Constitution prévoit  presque tous les ans des consultations populaires, en particulier parlementaires et locales. Le pays vit dans une tension électorale permanente. Cette fièvre, que certains comme Pierre Raymond Dumas, comparent à un « cancer électoral », gêne sa capacité à faire face aux défis sociaux, économiques et de reconstruction.

Toute la tension politique se trouve à partir de maintenant dans le futur CEP. Imaginant que les corporations et les croyances sont les véritables porteurs de l'intérêt national, la Loi électorale de façon sans précédent et à ma connaissance inédite dans les annales électorales mondiales, se rappelle au bon souvenir d’un certain Benito Mussolini. Défenseur d’un État fasciste des corporations, il sera exécuté et pendu par les pieds dans une station service de Milan en 1945. Au lieu de lui laisser en éternel repos et au terrible souvenir de centaines de ses milliers de victimes, la formule adoptée par Haïti pour composer son CEP le fait ressusciter...

Ricardo Seitenfus, Représentant spécial de l’OEA en Haïti (2009-2011), auteur entre autres livres, de « Les Nations unies et le choléra en Haïti : coupables mais non responsables ? » et de « L’échec de l’aide internationale à Haïti : dilemmes et égarements », tous les deux publiés par C3 Éditions. Ces livres sont disponibles également en anglais, espagnol et portugais.


[i] Voir, par exemple, Le Nouvelliste du 20 avril 2023, sous le titre Le chemin de croix électoral.

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