La science. La défaillance. La survivance. Il y a ces mots descripteurs et causatifs d’un cercle vicieux qui ne cesse d’émouvoir : le marché des tissus humains. Depuis leur avènement dans les années 1950, les transplantations d’organes ont été salvatrices d’innombrables vies. Étant des procédures thérapeutiques, c’est la science qui les conçoit, prétextant la défaillance de pièces d’êtres vivants, pour la survivance.
Néanmoins, la demande pour ce type de traitement dépasse amplement l’offre. Et pour cause, le nombre d’organes disponibles demeure si petit que des patients listés meurent tous les jours. Une enquête estime à 10% les transplantations accomplies légalement, tentant de répondre aux besoins des malades (Duguay, 2020). D’où la confirmation de la naissance d’un marché transnational scélérat.
En Haïti, l’histoire de la santé publique juxtaposée à la sécurité publique nous lègue des périodes soupçonneuses sur les trafics d’humains, objectivant l’extraction criminelle de leurs organes. Dans l’Artibonite, les ans 1970 furent témoins de la clameur du "Phénomène Merlette". Il s’agissait de rumeurs sur l’enlèvement des passants, durant la nuit, pour les vendre à des étrangers blancs en échange de fortes sommes d’argent ou d’automobiles. Cependant, on ne recense aucun cas de plaintes sur des personnes disparues, dans les archives policières et/ou judiciaires, liées à ces rumeurs courues dans toute la Vallée.
À l’heure qu’il est, on taxe les gangs de trafic d’organes. La nature des exécutions, le modus operandi des rapts et l’actuelle scène de terreur livrée dans les rues de Port-au-Prince, mais difficile à « genrer », sont des thématiques qui ravitaillent les suspicions sur la vraie mission du fédérateur des gangs, le « Viv Ansanm ».
Nonobstant, il y a lieu de douter sur l’application des règles scientifiques, disponibles chez les bandits, sur l’extraction et la transplantation d’organes humains. La viabilité des organes extraits demeure très délicate. Ces morceaux d’humains ont besoin d'un apport constant d'oxygène et/ou de circulation sanguine ; à défaut, ils meurent en quelques heures, voire en quelques minutes (ex. le cerveau), dès que le possesseur cesse de respirer.
Autrement dit, dans les fiefs des gangs, il doit y avoir un centre d’extraction respectant les rigueurs scientifiques pour le transport rapide vers l’étranger, puis pour la transplantation, car les organes extraits des cadavres ne dépassent pas les 36 heures de survie. Des plus greffés, on a le cœur qui subsiste entre 4 et 6 heures ; le poumon 6-8 heures ; le foie 8-12 heures et les reins, battant le record, durent entre 24 et 36 heures (DonorAlliance, 2023).
Dans ce contexte, le trafic d’organes en Haïti doit être un complot pourvu de compétences médicales, sécuritaires et dans l’aviation civile. C’est reconnu statistiquement que le besoin d’organes va croissant. Les USA ont greffé 36 000 organes en 2018, parmi eux 21 000 reins (UNOS, 2018). Selon l’Université de Genève, « face à la pénurie d’organes, certains patients se rendent à l’étranger pour se faire greffer un organe acheté au marché noir » (Université de Genève, 2024). Or, cette forme de tourisme médical connait un essor dans le tiers-monde. Haïti a de quoi s’inquiéter. Dans ce pays gangstérisé, livré au chaos par des politiques antinationaux et des globalistes, le trafic d’organes est le peu qu’on ne pourrait croire exister.
La marchandisation des pièces d’humains est bien possible en Haïti. D’ailleurs, Courrier International a cité le quotidien suisse Le Temps, alertant que “le tourisme lié à la transplantation toucherait une douzaine de pays, selon des rapports établis par Amnesty International et Organs Watch : Brésil, Bulgarie, Haïti, Inde, Mexique, Moldavie, Mozambique, Pakistan, Paraguay, Pérou, Roumanie, Salvador et Turquie. Des milliers de greffes illégales seraient ainsi effectuées chaque année au profit de riches clients” (Courrier International, 2006).
Donc, on a raison de croire que le survol des avionnettes non identifiées dans le firmament haïtien, le mouillage de petits bateaux inconnus dans les ports clandestins (dénoncés par la clameur publique) et l’inaccessibilité aux résidences des chefs de gangs peuvent illustrer la probabilité qu’Haïti soit un sanctuaire du trafic d’organes.
Aussi n’a-t-on pas le droit de s’interroger sur l’existence des labos secrets dans les ghettos ? Quand on sait que la procédure de transplantation des organes reste complexe : l’organe prélevé est rincé au bain de conservation pour maintenir la viabilité, puis est évalué sur la qualité (dans le cas d’un rein, des tests de fonction rénale sont obligatoires). Subséquemment, l’équipe médicale débute la recherche du receveur le plus compatible. Entre-temps, l’organe est placé dans des conteneurs spéciaux contenant de la glace solutionnée pour garantir une température froide et permanente (New York Presbyterian, 2024). Enfin, les chirurgiens opèrent et greffent suivant des techniques liées à chaque type d’organe. Le processus est véloce et précis pour optimiser les chances de succès.
En d’autres termes, tout porte à croire que des facteurs non-négligeables exigent que les transplantations se feront difficilement en dehors d’Haïti. Le contraire serait, plutôt, dans un pays voisin, voire limitrophe. Les brèves heures de survie des organes extraits, les procédures de préparation, le choix du receveur et les mécanismes de transfert sont tous loyaux à des activités sur la terre donatrice. En Haïti, les viscères d’humains sont à sécuriser. C’est la certitude d’une inquiétude. À la justice haïtienne d’enquêter !
Références :
Courrier International. (2006). Le tourisme de la transplantation est en plein essor. Courrier International, France
DonorAlliance (2023). What is the time frame for transplanting organs? Donor Alliance, Inc.
Denver, Colorado, USA.
Dugay, J-PH., Hermon, B., Smith, A. (2020). Trafic d’organes humains : un survol.
Bibliothèque du Parlement, Canada.
New York Presbyterian. (2024) Deceased Donor Transplant Process. NewYork-Presbyterian Hospital, NY
United Network for Organ Sharing (UNOS). (2018). Data and trends. UNOS, Richmond, VA, USA.
Université de Genève (2024). Comment en finir avec le cercle vicieux du trafic d’organes. Le Journal de l'UNIGE,
Genève, Suisse.
Prof. Jean-Rony Monestime André, MHA, PhD-candidate en Science de la santé
Chercheur, coordonnateur de Recherches cliniques sur le cancer du sein
Meyer Cancer Center, Weill Cornell Medicine||New York Presbyterian Hospital, NY
Email: Jea4029@med.cornell.edu
Spécialiste en Génome Humain & Génétique
Professeur, Seton Hall University, NJ
Email: Jean-Rony.andre@shu.edu
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.