Avec pour seule arme une volonté inébranlable, un petit groupe de jeunes Haïtiens ont décidé en 2020 de venir en aide à leur communauté de Bellevue La Montagne, une bourgade défavorisée située à quelque 20 km du centre-ville de Port-au-Prince. Ensemble, ils ont créé la Mission d’aide et de solidarité pour l’avancement de Bellevue La Montagne (MISABEM). Cinq ans plus tard, leur initiative fait tache d’huile et constitue une planche de salut pour des centaines d’enfants en difficulté d’apprentissage. Tout cela, grâce à la généreuse contribution de plusieurs organismes québécois.
Depuis 2022, la MISABEM est engagée auprès des enfants en difficulté scolaire en Haïti. L’organisme, en collaboration avec des partenaires québécois et haïtiens, a initié un programme de formation visant à outiller les enseignants pour une meilleure prise en charge des enfants souffrant de troubles et de difficultés d’apprentissage. « Nous avons déjà pu former des dizaines d’enseignantes et d’enseignants dans plusieurs régions du pays, notamment à Pétion-Ville, Jacmel et Petit-Goâve», se réjouit Guertie Dorcil, en charge de ce projet pour la MISABEM.
Les troubles et difficultés d’apprentissage sont un véritable défi pour des milliers de jeunes en Haïti. Ils deviennent un handicap quasi insurmontable quand ces jeunes en difficulté ne sont pas compris ou, pire, mis à l’écart dans le système éducatif. « Ces enfants portent un double fardeau. Ils éprouvent, d’une part, de la difficulté dans le processus d’apprentissage et, d’autre part, ils sont incompris, accablés de toutes sortes d’injures. Ils sont traités de crétins, d’incompétents, de retardés, etc. C’est pour remédier à ce problème que nous avons initié ce programme », précise Mme Dorcil.
La psychologue et travailleuse sociale croit fermement qu’il faut apporter un soutien à ces enfants afin de réduire à la fois décrochage scolaire et exclusion sociale. Pour elle et son équipe, la meilleure façon de le faire, c’est de sensibiliser et de former les enseignants en les outillant le plus efficacement possible afin de mieux accompagner les enfants en difficulté dans leur processus d’apprentissage.
Au total, 167 éducateurs répartis dans 111 écoles ont été formés dans le cadre du projet pilote financé par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) du Québec. Parmi eux, Hector Aubin, enseignant au Collège international Sainte-Claire. Grâce à cette formation, il a développé une approche professionnelle plus adaptée auprès des enfants en difficulté d’apprentissage. « Cette formation m’a aidé à créer un environnement plus inclusif, bienveillant et favorable à l’épanouissement des élèves », témoigne l’éducateur et psychologue social. Il dit être très reconnaissant envers la mission qui lui a permis de mieux comprendre des troubles et difficultés d'apprentissage, tels que la dyslexie et la dyscalculie, de même que les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Aujourd’hui, il peut ainsi repérer rapidement les signes précurseurs de difficultés d’apprentissage chez ses élèves.
A l’école nationale d’Abricot de Salinières (ENAS) à Cap-Rouge, section communale de Jacmel, située à environ 107 km au sud-est de Port-au-Prince, le défi était énorme pour le corps enseignant en ce qui a trait au taux d’échec dans les matières de base. Les nouvelles stratégies d’intervention fournies dans le cadre de la formation ont nettement amélioré le taux de réussite en classe. « On enregistrait entre 40% et 50 % d’échec scolaire en classe de 6e année. Mais pour le récent trimestre, seul un enfant sur 22 n’a pas réussi », explique Berrier Pierre-Paul, directeur de l’ENA.
Gaétan Pierre, le responsable de la MISABEM, est de son côté très heureux des résultats de ce programme pilote. Pour lui, c’est un pas important. « Nous remercions énormément le MRIF qui a rendu possible ce programme ». Toutefois le besoin est encore plus grand qu’on ne le croit. « Nous recevons beaucoup de demandes de responsables d’établissements scolaires. Ils nous sollicitent pour venir offrir des séances de formation à leur personnel enseignant, souligne monsieur Pierre. Mais les moyens nous font défaut. »
Les troubles de l’apprentissage surviennent en général au cours de l’enfance et se manifestent durant les premières années de scolarité. Parfois, ils se font jour chez un apprenant après un événement traumatisant. Avec la situation humanitaire et sécuritaire compliquée qui affecte le pays, le risque que les enfants éprouvent des difficultés de mémoire et de gestion du stress scolaire est plus évident que jamais. Des facteurs qui ont des incidences sur le processus d’apprentissage et développent sournoisement chez les enfants anxiété, isolement et faible rendement scolaire.
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