Les instances internationales d’enquête, dont l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ont dénombré plus de 5 000 décès liés à la violence en Haïti pour l’année 2024. Ce chiffre établit un pic dans l’évolution du phénomène de la criminalité qui ronge le pays depuis la fin du régime à vie en février 1986. Pour rappel, c’est le 28 novembre 1985, aux Gonaïves, que pointa à l’horizon le sursaut populaire initié par le jeune Pollux Saint-Jean du Parti nationaliste, démocratique et populaire haïtien (PNDPH). Depuis, il sévit un état permanent et graduel d’agitations essaimées de scènes de violence.
Ce qu’il est donné de constater, c’est que, comme un feu de forêt, le climat d’agitations s’amplifie de Port-au-Prince, la capitale, aux recoins plus reculés du territoire. La situation, au départ difficilement contrôlable, peu à peu, a fini définitivement par dépasser les limites de la compétence des autorités et des forces de l’ordre. Face à l’ampleur des défis, l'arsenal stratégique national ayant été épuisé, les dirigeants, à plusieurs reprises, ont jugé nécessaire de recourir à la communauté internationale sans que le problème soit résolu. À tour de rôle, les cibles des attaques ont été : la population civile et ses composantes, les partis politiques, le Gouvernement, l’Armée, la Police, l’Église, les prisons et même le Palais national. La presse, vu son intérêt pour l’actualité, nous aidera à suivre la trajectoire tumultueuse du phénomène de la violence post-Duvalier. Nous étudions entre autres les diverses facettes sous lesquelles cette violence s’est présentée au cours de son déroulement.
Les prémices d’un climat de violence irréversible
L’article de Frantz Courtois paru dans Le Matin (L-M) du 27 septembre 2000, par une récapitulation de l’état d’esprit qui a prévalu à la chute des Duvalier, situe le déroulement de la situation dans son cadre sociopolitique. « Au lendemain du 7 février 1986 (...), nos masses rurales et urbaines croyaient tout bonnement se libérer du joug d’une affreuse tyrannie sous laquelle elles avaient appris à plier l’échine. Mais encore, une autre encore plus inhumaine, les attendait au bout d’un long et horrible chemin ».
Dès le début, la chute de la dictature avait inspiré les masses de leur pouvoir de convocation. Du coup, les rues étaient littéralement occupées à longueur de semaine. L’enjeu : le contrôle de la souveraineté nationale. Personne ne voulait céder à l’autre ne fut-ce qu’une once de cette souveraineté. L’Armée, à cet égard, était en pleine compétition avec les masses. Elle pensait avoir été les vraies instigatrices du départ du dictateur. Le peuple, de son côté, se disait en être les vrais moteurs voyant au contraire l’Armée comme l’alliée de l’ancien régime.
Les anciens prisonniers politiques misaient sur leur lutte face à une presse aguerrie qui se bombait la torse en magnifiant son pouvoir de mobilisation. Mais enfin, un dernier courant fera croire que ni l’un ni l’autre n’en était l’auteur. Les Américains auraient ravi ce droit et seraient passés comme la vraie force de dissuasion qui pouvait amener le dictateur à cesser de kanpe rèd kou ke makak. On peut alors parler d’une bataille dialectique qui n’allait pas tarder à se transformer en une dialectique de combat sur fond d’affrontements politiques ardus.
Sur l’échelle nationale, le mot d’ordre portait sur le dechoukaj du duvaliérisme macoute. Les objectifs visaient à démacoutiser, à déduvaliériser via un rouleau compresseur muni d’un moteur tournant au rythme du Van tanpèt qui ne pardonnait à personne d’avoir pactisé avec le régime. L’instrument de prédilection a été symbolisé par le recours au Père Lebrun. Ce duo (Père Lebrun / déchoukaj) fonctionnait à plein régime et constituait, dirait-on, la principale préoccupation des masses urbaines orientées par certains politiciens qualifiés généralement de pêcheurs en eau trouble.
Peu à peu, l’Armée s’invitait dans la mêlée tentant de rétablir l’ordre, mais, était, elle aussi, perçue comme faisant partie du problème. Avec l’expiration du délai accordé pour l’organisation d’élections démocratiques en 1987, il était clair que la velléité a été de garder indéfiniment le pouvoir pour reproduire les pratiques duvaliériennes. Dans la foulée, loin d’atteindre le climat de calme unilatéralement sollicité, les FAd’H se sont impliquées dans des événements majeurs – tels les massacres du 26 avril 1986, de Saint-Jean-Bosco le 11 septembre 1988, sans omettre les assassinats de leaders politiques et de militants – susceptibles de faire accroître l’inquiétude et, par voie de conséquence, les troubles à l’ordre public.
Le triomphe du vote populaire en 1990 allait rendre aux masses leur plein droit d’exercer la pression sur ce qu’il restait de réserve aux anciens duvaliéristes, à leurs représentants et à la bourgeoisie. La suppression des chefs de section par Aristide en 1991 a renforcé le pouvoir des membres des Conseils d’administration des sections communales (Casec) prévus par la Constitution sur les populations de l’arrière-pays. Mais ces derniers n’avaient pas encore pleinement intégré les limites de leur fonction. Il y avait un vide partout à travers les régions à combler.
Dans les communes éloignées des chefs-lieux départementaux, lorsque vous demandez à un maire ce que l’on faisait des individus arrêtés, il vous répondait que la zone était suffisamment paisible pour ne pas avoir à s’inquiéter ; mais que, si l’on devait placer un quelconque inculpé en détention préventive, cela poserait de graves difficultés logistiques. Pour des populations de 20 à 30 000 habitants, il n’y avait que deux ou trois policiers parfois sans un campement pour les héberger. La population vivait alors sous la protection divine. Décrivant la scène, Le Nouvelliste (LN) du 25 mai 1999 rapporte : « Pas de police routière, nombreux sont les commissariats ou sous commissariats de provinces sous-équipés ou pas équipés du tout; certaines zones n’ont pas jusqu’ici bénéficié du déploiement de la force de police… Les bandits ont beau jeu.»
Les barrières étaient donc largement ouvertes à l’éclatement des contradictions et des antagonismes ! Entre-temps, le chômage, la vie chère, la faim envahissent le pays. Des jeunes, parmi lesquels des gaillards ayant femmes et enfants en souffrent. Pour certains, ils trouvent un pis-aller dans les petits démêlés comme le commerce ambulant, les travaux de ménage, l’embarquement des véhicules en partance pour les provinces, le nettoyage de chaussures, etc. Les enfants en haillons, victimes d’abus chez des personnes qui les gardaient, sont déversés dans les rues où ils ne sont pas mieux traités. À part quelques Organisations non-gouvernementales (ONG) humanitaires, la situation n’a jamais été perçue comme un problème à résoudre ni par la société, ni par l’État.
LN du jeudi 20 octobre 2005 reprenant les termes d’un rapport de l’Unicef Haïti, indique le chiffre de « 50 000 enfants en âge scolaire qui n’ont pas accès à l’éducation alors que 173 000 sont en domesticité. Le quotidien informe que 2 000 par an sont victimes de trafic en République dominicaine, 200 000 enfants de moins de 14 ans sont orphelins ». La nature ayant horreur du vide, les secteurs mafieux qui rôdaient tout autour n’allaient pas tarder à identifier la faille en s’y installant pour prendre le contrôle de la situation.
Profitant des changements d’ordre démographique et économique,des modifications dans le système des valeurs tant symboliques que matérielles, un nouveau paysage a été créé. Les villes, notamment Port-au-Prince, s’emplissent, accumulant bidonvilles sur bidonvilles. L’absence de plan de contingence venant des collectivités territoriales aboutit à un vaste désordre qui se constate dans la gestion de l’environnement. Les agglomérations de la zone métropolitaine vivaient dans un espace saturé et mal entretenu au point que se déplacer d’un point à l’autre de la capitale devenait un vrai calvaire. Les montagnes de détritus s’empilent dans les rues, accroissant les embouteillages.
L’augmentation de la misère et du taux de chômage entraînent un déficit d’autorité au niveau parental. Les mœurs se dégradent faisant place aux dérives de toutes sortes. De plus en plus de jeunes sombrent dans la délinquance entraînant un dénivellement drastique au niveau sociétal. Plus tard, ce sont les institutions qui seront infestées. Ces situations, inchangées s’empirant d’année en année, ont ouvert la voie à l’incivisme, à la prostitution massive, aux cas de vols, de viols, à la consommation et le trafic des produits illicites, à la corruption, puis, au crime organisé.
La criminalité ou la manifestation d’une violence organisée
Dès les débuts, chez la gent adulte, le repos et la tranquillité coutumière qui caractérisaient le mode de vie sous la dictature commencèrent par subir des secousses inquiétantes. Les nuits perturbées par le cliquetis des armes à feu sont secondées le jour par la fumée des caoutchoucs enflammés. La presse, entre temps, rapporte de plus en plus de cas de violence subis lors des manifestations ou, la nuit, par l’intrusion d’inconnus armés dans les maisons. Le supplément du quotidien LN dénommé Taptap magazine (édition du 22 décembre 1999) dépeint le climat dans lequel les habitants de la capitale se trouvent plongés à la tombée de la nuit. « Après le SIDA et la politique touristique inexistante qui ont fait fuir les touristes avec comme conséquence la fermeture de nombreuses boites de nuit et hôtels, l’insécurité, disons de préférence le banditisme libre et autorisé a donné le coup de grâce à la vie nocturne à Port-au-Prince. »
Haïti-Observateur du 2 au 9 décembre 1998, de son côté, tente d’établir un lien entre le climat d’insécurité et l’avènement de la démocratie : « Suite à une longue période d’incertitude, l’insécurité qui s’est installée timidement en Haïti depuis 1986 et qui est devenue de plus en plus audacieuse, à la faveur du « rétablissement de la démocratie », a pris des proportions qui dépassent la compétence des autorités lavalassiennes. »
De son avènement assez timide, la gravité de la situation, vers les années 1990, s’est accrue à un point tel que les espaces les plus sécurisés, comme celui de la banque, n’en sont pas protégés. LN du mercredi 10 février 1999 fait état d’un cas au cours duquel un commando de six gangsters pénétrant par effraction à la Sogebank à Delmas, désarma les agents de sécurité et mit en joue clients et employés tout en réclamant quatre millions de dollars. Commentant le fait, LN dans son éditorial a écrit : « Cette prise d’otages avec réclamation de rançons met à jour le niveau du banditisme en Haïti et son évolution rapide et alarmante », puis le journal a posé la question : « avons-nous pensé aux moyens de faire face à ce genre de gangstérisme organisé qui se développe de façon foudroyante dans le milieu ? »
La violence et la politique
En remontant légèrement le temps, on se retrouve face à face avec la politique appliquée par les dirigeants du pays depuis la gestion des Forces armées d’Haïti (FAd’H) en 1986 jusqu’à celle des autorités dites « de transition » actuelles. L’analyse des extraits de journaux indique, soit implicitement, soit clairement, que les autorités du pays contribuent à aggraver la situation sécuritaire du pays. En exemple, nous pouvons regarder le narratif utilisé dans (Taptap Magazine via LN du 22 décembre 1999 ) « banditisme libre et autorisé » et « rétablissement de la démocratie » (Haïti-Observateur du 2 au 9 décembre 1998). Il faut le reconnaître, les FAd’H représentaient le principal obstacle à la cohabitation harmonieuse et pacifique avec la population civile. Leur stratégie de contrôle de la situation sécuritaire a été souvent assimilée à celle adoptée par Papa Doc pour se maintenir au pouvoir. Cette tendance a donné lieu à de nombreuses tentatives de reconstitution de groupes armés dont les Attachés et le Front pour la réconciliation, l’avancement et le progrès du peuple haïtien (FRAPH).
La stratégie de l’Armée se situait dans la perspective d’une tentative d’appropriation par la force des droits dévolus aux citoyens. En effet, le général Henri Namphy qui assura l’intérim à la succession, tentait de rassurer la population face à l’inquiétante situation de violence qui se développait. Le 7 juin 1986, dans un long message adressé à partir du balcon du Palais national, il disait vouloir attirer l’attention sur le point capital de la sécurité qui « représente l’une des conditions indispensables de l’existence d’une nation. » Il affirmait savoir que : « Là où il n’y a pas de sécurité, là où il n’y a pas de protection de l’ordre public, la vie sociale devient impossible » et que pardessus tout c’était « le rôle de l’armée d’assurer cette fonction essentielle dans la société. » Mais, au fond, ce que désirait le général, n’était-ce pas le silence des masses pour lui permettre de vivre en toute quiétude d’esprit, en dehors des hourras des manifestations populaires ?
Les coups d’état militaires consistant en une succession de gouvernements provisoires n’avaient rien arrangé. Au contraire, jusqu’à l’avènement du gouvernement civile d’ Ertha Pascal Trouillot en mars 1990, la première femme présidente désignée par le secteur démocratique, ils ont empiré le climat de violence et de crise en multipliant les emprisonnements et les assassinats.
Avant l’avènement des lavalassiens au pouvoir en 1991, la violence a été largement perçue comme venant du secteur de la droite, donc des duvaliéristes déchus. Une abondante littérature issue de la presse et d’autres sources à caractère politique va dans ce sens. « Il ne fait aucun doute pour personne que des abus de ce genre, qu’il importe de faire connaître à l’opinion internationale, quand ils ne sont pas directement le fait de l’Armée, sont accomplis par d’anciens tontons macoutes qui sont seuls, avec les membres des forces armées, à posséder ce genre d’arme à feu », disait Paul Déjean dans son opuscule titrée : Prélude à la liberté, Panorama de la situation politique haïtienne après le 7 février 1986 No. du 15 août 1986 au 16 mars. Cependant, le vent allait tourner dans le sens contraire quelques années plus tard avec l’avènement des chimères lavalas. Ainsi, les couches de gauche aussi dénommées baz lavalas, allaient récupérer à leur compte les pratiques de violence comme s’il s’agissait d’un butin de guerre.
Un régime de violence à la double nature politique et criminelle a ainsi dominé l’espace public de 1986 à date. Il aura franchi tous les clivages, passant de la droite à la gauche en prenant des formes variées tout en perpétuant le même fond. LN du 9 mai 2001, alors sous le second régime d’Aristide, introduit : « une nouvelle facette de l’insécurité » avec, dans le collimateur, des entrepreneurs et hommes d’affaires. Le journal explique que les « cas d’enlèvements se réalisent à un rythme alarmant dans le quotidien de la population. » Le coût réclamé pour la libération des otages : un million de dollars américain.
Dans sa configuration ambiguë, la violence prend, d’un côté, la forme d’emprisonnement et d’assassinats. De l’autre, c’est le kidnapping, le viol collectif, bref, les crimes de droit commun qui prédominent. Cette dynamique allait se converger sous les pouvoirs Tèt Kale (2012-2024) pour en faire un cheval de bataille puissant et efficace. La nouvelle méthode a été d’utiliser des gangs pour combattre d’autres gangs en les fidélisant. Désormais, ceux d’obédience Lavalas affronteront leurs pairs d’origine Tèt Kale. Le Viv ansanm, sur les brisées du G-9 an fanmi et alliés et du G-pèp – deux regroupements d’individus armés autrefois opposés – est désormais né.
Des tentatives d’endiguement
Il y a toujours eu deux modes de gestion de la criminalité au niveau national : l’affrontement ou la négociation. Les deux formes ont été utilisées soit simultanément, soit alternativement par les dirigeants, la plupart du temps, accusés d’être les mentors de certains gangsters. Avant son retour au pouvoir en 1994, Aristide avait demandé qu’un nettoyage soit effectué dans l’Armée et que les civils à la solde des militaires soient neutralisés. La Mission des Nations Unies pour la stabilisation de la démocratie en Haïti (MINUSTAH), en charge de la sécurité du pays à l’époque, avait choisi d’instituer une politique douce du processus de désarmement.
Le Matin du 18 au 21 novembre 1994 porte en titre à la une : « Les premiers trente jours du président Aristide ». Comme pour alerter concernant un danger, le quotidien écrit : « Un mois après son retour triomphal à Port-au-Prince, le président Jean-Bertrand Aristide a fait de la ‘‘réconciliation’’ entre Haïtiens le credo de sa nouvelle politique, mais la reconstruction du pays, dévasté par trois ans de crise et d’embargo international, se heurte à l’insécurité et aux ambiguïtés de l’intervention militaire américaine. » Au 3e paragraphe, le texte poursuit : « … le désarmement des groupes paramilitaires n’est pas achevé. 17 668 armes ont été confisquées à ce jour par les militaires américains dont la plus grande partie (11.856) appartiendrait à l’armée. Le programme de rachat d’armement (cash for gun) n’a permis la récupération que de 5.812 armes.
La création par René Préval de l’organisme dénommé « Commission nationale de désarmement de démantèlement et de réinsertion » (CNDDR) ayant pour mission de négocier avec les bandits en leur fournissant certains moyens, a produit l’effet inverse à celui recherché. Sur Caraïbes FM au matin du 24 janvier 2020, Pierre Josué Agénor Cadet, ex-ministre de l’Intérieur ad interim et de l’Éducation nationale du gouvernement Lapin, a révélé qu’il y avait 105 gangs à travers le pays. Ce chiffre révisait à la hausse l’effectif déclaré par le responsable de la CNDDR qui avait, dès septembre 2019, fait état de 96 chefs de gangs dont au moins une demi-douzaine avait été tuée lors d’opérations diverses menées par les autorités de la sécurité publique.
Vers le début des années 2020, les chefs de gangs ont fini par inverser les rapports en appliquant la stratégie du regroupement. Au lieu de s’attaquer les uns les autres, les gangs ont choisi, sur les conseils de ceux-là qui ont été placés pour les démanteler, de se coaliser. Grâce à cette stratégie, ils sont capables de lancer leurs attaques partout, à tout moment mettant en déroute les forces de l’ordre. Les commissariats et les prisons sont devenus leurs premières cibles. Pour la plupart, ils sont démolis. L’accompagnement de la Police par une armée nationale embryonnaire ajouté à la présence, depuis environ huit mois, de quelques centaines de policiers kényans, n’empêche pas la progression des bandes armées. C’est ainsi que Port-au-Prince et certains départements du pays ont fini par se transformer en un véritable enfer pour ceux qui ne se sont pas inscrits dans la dynamique criminelle.
La violence actuelle et la crise interne multiforme qui en résulte a germé du fumier de la dictature duvaliérienne qui, elle-même, puise ses racines dans l’histoire du pays. La prolifération de ce fléau accompagnée du processus de banalisation des valeurs et des vies est la conséquence directe des politiques publiques conduites par les administrateurs nationaux de la res publica depuis les près de quarante années de dérives continues. Cette violence est alors le produit dérivé de la corruption des institutions régaliennes ou de leur démantèlement, du mode de relation instaurée entre dominants et dominés. Une violence aujourd’hui élevée dans sa dimension indépassable comme en témoigne la réalité du quotidien.
Ce qui se constate, c’est que, désormais, bénéficiant d’une plateforme bien huilée, le feu de forêt se propage dans toute sa puissance. C’est le moment le plus dangereux qui s’ouvre sur l’histoire nationale. Celui de la purgation de l’ensemble des passions, du paiement de toutes les dettes cumulées pendant plus de deux cents ans d‘histoire tramée du mépris des groupes dominants à l’endroit d’une population qui a encaissé, dans les profondeurs de ses ressentiments, toute sorte de cruautés. N’ayant pas trouvé le chemin du vivre ensemble envisagé comme nécessité historique, l’unique alternative pour ceux qui ont porté le fardeau de l’exclusion reste le Viv ansanm dans l’affrontement, à travers un corps-à-corps sanglant. Les frères-ennemis ne disposent, en réalité, pour se distinguer les uns des autres, que leur rapport au pouvoir et au mode d’accès aux richesses et aux privilèges du pays ! De Koupe tèt boule kay en 1803, les luttes sont transférées sur le terrain post-indépendance avec la même haine. Les mots pour nommer la situation aujourd’hui ne sont pas moins empreints du même sémantisme : dechoukay, Pè Lebren, Zewo tolerans, GNB, Bwa kale. L’histoire, n’est-elle pas vraiment un perpétuel recommencement ?
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.