EmploiAnnonces
Le Nouvelliste
S'identifier
  • À la une
  • À la minute
  • Culture
  • Economie
  • Editorial
  • International
  • Les remous de l'actualité
  • National
  • Opinions
  • Sport
  • Ticket Mag
Le Nouvelliste

© Le Nouvelliste 2026

Les sections du site

CultureEconomieÉditorialNational
OpinionsSociétéSportTicket

Les services

L'applicationContactez nousDeuilsPetites annonces
Annonces immobilièresToutes nos archivesRSS

Groupe Le Nouvelliste

Magik9Printemps de l'artTélé 20
Livres en folieArtisanat en fête
FacebookInstagramTwitterYoutube
Conditions générales d'utilisationPolitique de confidentialitéConditions générales d'abonnementSuppression de compte
FR|EN
Opinions

Carnaval politisé et Politique carnavalisée

FB
Frantz Bernadin

March 6, 2025 · Lecture : 7 min

🇫🇷Lire en français
Suivre sur Google Actualités

Le carnaval haïtien Haïti  prend de plus en plus une dimension particulière de par sa coloration hautement et fortement politique, accentuée par une population en situation revendicative.  C’est un carnaval politisé à un très haut pourcentage.  Le pouvoir investit et s’investit à fond en vue de la réussite des trois jours gras, que ce soit à huis clos ou à visière levée.

Du côté du carnaval,  les chansons, les meringues, les compositions diverses et même les slogans s’inscrivent dans une démarche de raillerie, d’accusation et d’avilissement des responsables politiques, malgré les supports des autorités en place dans son double rôle d’organisateur et d’investisseur.  C’est la politique qui est globalement carnavalisé, surtout au niveau des groupes à tendance racine.

Cette année, il y a eu comme un renversement de la sociopolitique du Carnaval. Un démarrage en demi-teinte dans certaines villes de la région métropolitaine et de la province, et, avec l’intensification de l’action des groupes armées à travers le pays, l’annonce officielle de l’organisation des festivités qui devraient avoir lieu dans la métropole du Nord-est, les 2,3 et 4 mars 2025 a été annulée par la primature, donc par le CPT.   De nombreux compatriotes pensaient dans un premier temps qu’il s’agissait de l’annulation des Jours gras de 2025,  Mais il n’en était nullement question.  S’il n’y avait pas d’organisation officielle à Fort-Liberté, les mairies ou les communautés intéresses pouvaient s’organiser pour égayer la population durant cette période.

300 × 250

Il est à remarquer que les localités qui ont pu réussir leurs activités carnavalesques, en cette année 2025, sont en général sous le contrôle des gangs armés, sans être pour autant des territoires perdus.   La commune de Carrefour a eu des initiatives précarnavalesques en dents de scie et les trois jours gras se sont déroulés sans difficulté apparente.  La ville de Jacmel a eu son carnaval traditionnel le dimanche 23 février soit, 8 jours avant la date officielle.   D’ailleurs le même effet des années antérieures n’a pas été constaté, le passage pour se rendre dans la métropole du Sud-est a partir de la capitale, étant très difficile. Mais l’événement a eu lieu avec ses nombreux déguisements, ses couleurs vives, ses masques et des animations avec certains groupes musicaux locaux.

Certaines communes ont pu réaliser leur carnaval, très peu fréquenté, certes, mais les déguisements étaient d’une grande beauté ;  les carnavaliers en petit nombre étaient en liesse.  Soulignons aussi que le programme des trois jours gras spéciaux annoncé par l’édilité de Port-au-Prince n’a pas été réalisé.

Gage Averil (2000), cité par Leslie Péan, avait dans un article titré ‘’ Dechoukay en musique : la chute de la dictature haïtienne’’,  parlé du carnaval comme étant « un carrefour important entre politique et musique en Haïti ».  Et d’ajouter ces mots qui ne manquent pas d’à-propos : « L’ambiance de koudyay qui y règne, la tradition de chansons de carnaval  de type ‘’chante pwent’’ et le fait que pendant quelques jours, des dizaines de milliers de pauvres sont maitres de la rue font de cet évènement une menace potentielle pour l’Etat et pour l’elite. »

Dans un article paru dans Le Nouvelliste en février 2015 peu avant les festivités des trois jours gras, ainsi que dans notre livre « Carnaval et Politique en Haïti : le tango des ennemis intimes » (2024), nous avons partagé quelques réflexions sur les relations généralement difficiles, voire plus que tendues entre le Pouvoir politique et la Carnaval.  Le premier  Politique et Carnaval ne se veut le garant de l’ordre social et de la stabilité, tandis que le second s’inscrit dans une dynamique de l’inversion, de la réversion, voire de la subversion. 

Cela explique clairement que les autorités veulent toujours lui donner un aspect officiel en lui faisant épouser une dimension organisationnelle qui, au-delà des apparences, vise surtout une volonté de contrôle ou de mainmise.  Les différents pouvoirs politiques qui se sont succédé au cours de notre histoire n’ont jamais exprimé à leur farouche opposition à l’organisation de la célèbre fête annuelle s’adossant généralement au champ revendicatif.  Ils font néanmoins montre de prudence et même de vigilance à propos de ce méga-spectacle qui leur jette souvent un peu de boue, et même parfois de la fiente.   

L’auteur du présent article se rappelle bien, il y a des années de cela, alors qu’il animait à chaud l’ambiance du premier jour gras au Champs-de-Mars, il reçut un appel d’urgence de la part d’un responsable, lui demandant s’il n’avait entendu aucun propos antigouvernemental, aucune expression de colère et de ras-le-bol contre le pouvoir en place.   La réponse étant négative, l’intéressé lui a signifié de ne pas manquer de l’appeler dans l’éventualité de comportements contestataires ou subversifs de la part des carnavaliers.  Donc le même gouvernement qui finançait l’organisation des festivités se méfiaient outre mesure de ses répercussions sociales et politiques, capables de provoquer un chambardement.  Disons rapidement que peu de jours après ces festivités, il y eut comme une levée de boucliers obligeant le gouvernement d’alors à quitter la scène.

Wilson Decembre l’a bien dit  Dans Les secrets de Dionysos (Alter Presse, 2007) : « Le carnaval est essentiellement une manifestation populaire qui symbolise objectivement la société riant et se moquant éperdument d’elle-même, de son sérieux, de son ordre, de son caractère apollinien, mais aussi de son hypocrisie constitutive.  Il fonctionne selon un processus global d’inversion et de transgression. » 

Qui ne se souvient  des évènements entourant le carnaval de 2013 qui allaient se dérouler au Cap-Haitien, notamment : l’exclusion de plusieurs groupes musicaux, l’affaire Don Kato/ Martelly, la position musclée du Chef de l’état, le succès incontestable de la meringue ‘’Aloral’’ du groupe Brothers Posee.   

Point n’est besoin d’insister sur les péripéties du Carnaval officiel de 2016 à 2021, périodes au cours desquelles les festivités ont été marquées par de graves évènements sociopolitiques ou socio-économiques à coloration revendicative, orchestrés par l’Opposition contre le Président Jovenel Moise.

Les tumultes et les revendications de toutes sortes n’ont pas permis la réalisation du carnaval de 2020, mais Jovenel avait choisi d’organiser ‘’son’’ Carnaval dans la ville de son épouse,  Le chef de l’état avait défié tous les pronostics négatifs pour réaliser son rêve.  Un carnaval réussi, dit-on, mais qui s’est déroulé dans un contexte de Covid 19.  

A dire vrai, la pomme de discorde entre le Pouvoir politique et l’organisation du Carnaval, c’est qu’il y a des meringues et refrains qui dérangent le Pouvoir, qui le mettent à nu.  Les ‘’chante pwent’’ à tropisme politique ne plaisent généralement aux dirigeants politiques.

Plusieurs compatriotes des années 60 se souviennent de l’utilisation de cette réalité politique pour flirter avec les systèmes en place pour bénéficier d’une certaine protection.  La meringue  ‘’Tou limen, tou limen, tou limen’’ de l’Ensemble Nemours Jean-Baptiste avait bouleversé la donne face au slogan ‘’Ponpye’’ de la cadence Rampa de Wébert Sicot. La bande à Nemours a réagi en modifiant les paroles :  ‘’Tou limen Divalye tou limen’’. La bande a Sicot a du enlever son ‘’Ponpye’’ pour ne pas être en difficulté avec Papa Doc.

En résumé, la dynamique politique tendue entre Pouvoir et Carnaval peut se schématiser de la façon suivante : Le premier entend mettre le second sous contrôle pour éviter de potentiels dérapages et même des mouvements subversifs ou anti-gouvernementaux.  Il s’investit et investit à fond dans cette entreprise dont les dépenses sont placées dans la rubrique ‘’fonds perdus’’.  Les Responsables politisent donc le Carnaval (Carnaval politisé).  Dans le même temps, les têtes de pont du carnaval s’en prennent au système politique en place par leurs chansons et les reparties s’attaquant au pouvoir.  En fait, les groupes musicaux n’agissent pas, ils ne font que dénoncer.  Ils carnavalisent la politique, ils la passent en dérision. (Politique carnavalisé).

Aucune relation même celle de bon voisinage n’est pas n’est possible.  Les dirigeants doivent comprendre que le carnaval n’a pas seulement besoin d’esthétisme et d’organisation ordonnée, alors que la grande majorité est tenaillée par la faim et la misère.  A côté de sa dimension culturelle, le Carnaval doit être perçu comme un fait social  ‘’total global’’ qui réunit toutes les couches de la société. 

Face à cette réalité des plus criantes, Emeline Michel a chanté sur un texte de Beethova Obas :

« … Menm si vant ti moun yo ap kòde / …Kòm demen bann ap pase / …Nap bliye vant kòde… / Wiski, chikenn pou yo / Kleren, benyen pou nou / Si yo voye mayo / Nap sispann fè wè do’n… »

                         

Suivez-nous sur WhatsApp
Priere Meditation Insecurite

Lire aussi

Opinions5 novembre 2026

C’est maintenant ou jamais : Haïti ne peut plus se permettre de rater ce moment historique

Opinions5 novembre 2026

Haïti : jusqu'à quand normaliserons-nous l'inacceptable ?

Opinions5 novembre 2026

Raciste, moi ? Autopsie d’un déni

Opinions5 novembre 2026

Cinq milliards de dollars sous surveillance : le regard menaçant du GAFI sur l'économie haïtienne

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Les commentaires sont modérés avant publication. Votre e-mail n'est pas publié.