Une classe politique qui s’abonne à l’opposition
Le 7 février 1986 marque la renaissance ou la naissance de la démocratie haïtienne. Renaissance ou naissance dépend du côté duquel l’on se situe sur l’échiquier politique national. Avant la dictature, il existait une certaine démocratie pour une certaine classe sociale dont la configuration se renouvelle de génération en génération, toujours bien garnie de patrimoines successoraux et de légataires privilégiés. Cette classe sociale existe, dont voici les éléments qui la composent : la population lettrée et universitaire, profession enseignante, propriétaires d’école, créatrices et créateurs, églises, corps des politiques, la bourgeoisie commerçante et industrielle, les banques, les commis du capital étranger, etc. Cet ensemble d’exception forme les classes dirigeantes qui assurent la pérennité du système traditionnel '' depi lè dyab te kaporal ''. En vertu de l’affirmation de sa puissance, ce beau monde s’installe joyeusement dans une démocratie sélective sous l’ordre social en vigueur. Voilà, à peu près, l’anatomie des cordes qui régissent le système politique et juridique conçu exclusivement pour une seule classe de femmes et d’hommes.
Avec le départ forcé de la dictature des Duvalier, s’ouvre une nouvelle ère de liberté et de démocratie dans laquelle les masses populaires semblent avoir joué un rôle considérable ; tout au moins dans la clarté crépusculaire des années octante. La bourgeoisie et ses membres, droitisés jusqu’aux semelles, étaient assez exaspérés par l’irruption des masses qui élisaient le Révérend Père Jean-Bertrand Aristide à la première magistrature de l’État : yo te konsidere yon bagay kon sa kòm yon grenn pèmèt melanje ak radyiès. Depi lè a yo di : Se ra, se ta. Bien entendu, et selon toute apparence, il y avait en ce temps-là une situation révolutionnaire exploitable qui aurait pu éventuellement changer la donne traditionnelle, vieille de plus de deux cent ans de paralysie mentale. Mais la droite réactionnaire et absorbante te kanpe an kwa ; comme d’habitude, elle récupère le mouvement social en sapant ses bases et en cassant l’élan populaire lui-même. Et donc retour à l’ordre social ancien. La droite et ses membres, à la solde de la bourgeoisie coiffée par son oligarchie, sont très limités idéologiquement et psychologiquement : le seul discours qu’ils connaissent et dont ils saisissent le sens, c’est la division entre Noirs et mulâtres (Ti nwa, ti wouj). Ils portent donc au siège de leur sentiment les Thomas Madiou, les Beaubrun Ardouin, les Joseph Saint-Rémy des Cayes, les Bauvais Lespinasse, les Lorimer Denis, les Louis Diaquoi, les François Duvalier, etc. Tous des théoriciens de l’épiderme de classe : colorisme de classe = mulâtrisme et noirisme, deux légendes idéologiques qui bradent l’avenir du peuple.





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