Il est des moments dans l’histoire des peuples où le silence devient complice, et l’indignation un devoir sacré. Haïti, en mai 2025, n’est plus seulement en crise. Elle est en chute libre, prise en otage par un pouvoir politique inefficace, indifférent à la souffrance d’un peuple livré à lui-même. L’effondrement de l’État haïtien ne se raconte plus uniquement dans les statistiques ou les rapports d’organisations locales et internationales. Il se vit dans la chair, dans la peur quotidienne, dans le déplacement forcé, dans la mort brutale, dans le viol, dans le chômage, dans le trafic d’organes, dans le kidnapping, dans l’humiliation et l’impuissance.
En tant que citoyen haïtien, j’ai vu mon pays se transformer en champ de guerre urbaine. J’ai abandonné à trois reprises mon domicile sous la menace des armes, ma sœur cadette a été tragiquement tuée par la violence endémique, mon fils a dû fuir le pays pour rester en vie. Ce récit n’est pas isolé. Ce n’est pas seulement mon histoire, c’est celle de milliers d’autres. Elle est devenue celle d’une société tout entière abandonnée à elle-même, dans laquelle l’État a cessé d’exister autrement que comme un simulacre.
Durant ces deux dernières semaines du mois de mai, des informations largement relayées sur les réseaux sociaux et dans certains médias traditionnels laissent entendre que la Police nationale d’Haïti (PNH) est en train de mener des opérations contre les bases criminelles dans la capitale. Or, il convient de confronter cette rhétorique à la réalité : aucun chef de gang n’a été arrêté ou maîtrisé, aucun corridor n’a été libéré, aucune base criminelle n’a été démantelée. Les déplacés internes, « plus d’un million selon le rapport 2025 de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) », continuent de survivre dans des conditions inhumaines dans des camps de fortune et abandonnés par les pouvoirs publics. Les prétendues actions de la PNH ressemblent à des mises en scène destinées à simuler une reprise en main. Alors que, la situation reste totalement intacte, et le pouvoir de facto n’a rien accompli de tangible en matière de sécurité. Pis encore, aucun axe routier stratégique n’a été repris, et les territoires occupés par les groupes armés de la coalition criminelle « Viv ansanm » demeurent hors de portée des autorités.





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