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Opinions

Haïti : Un « budget de guerre » sans recrutement massif dans la PNH et les FADH ?

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Alceus Dilson alceusdominique@gmail.com

June 20, 2025 · Lecture : 4 min

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Dans le budget rectificatif 2025, le président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, a annoncé un « budget de guerre » pour lutter contre l’insécurité galopante. Pourtant, aucun plan de recrutement massif n’a été envisagé pour renforcer la Police Nationale d’Haïti (PNH) ni les Forces Armées d’Haïti (FADH). Une telle approche interroge profondément, car partout ailleurs dans le monde, lorsqu’un pays est en guerre – qu’elle soit militaire ou sociale – on mobilise d’abord les forces internes, surtout la jeunesse.

Même dans des contextes aussi extrêmes que le conflit entre l’Ukraine et la Russie, on constate des appels à volontaires, des campagnes d’enrôlement, et des incitations sociales. Quand la patrie est en danger, ce sont ses fils et ses filles qui doivent être appelés à la défendre. Mais en Haïti, on semble croire que la solution viendra uniquement de l’extérieur.

Des milliards sans vision nationale ?

300 × 250

L’État haïtien peut bien allouer des milliards de dollars à des forces étrangères, mais sans synergie nationale, sans stratégie sociale, sans mobilisation de la jeunesse, rien ne changera durablement. Les forces kényanes ou multinationales, aussi bien intentionnées soient-elles, ne peuvent pacifier une cité qu’elles ne connaissent pas, et ce sans appui logistique, humain et politique local.

Où est passée la fameuse mission multinationale ? Quel est son bilan concret ? Sont-ils devenus de simples touristes armés ? Pendant que des millions sont engloutis dans leur maintien sur le territoire, aucun plan d’intégration ou de transfert de compétence n’est visible. Pire encore, tôt ou tard, Haïti devra rembourser ces dettes, qui pèseront lourdement sur un peuple déjà asphyxié.

La sécurité : une approche multidimensionnelle

Les criminologues, experts en sécurité et économistes s’accordent : on ne peut vaincre l’insécurité sans s’attaquer à ses racines sociales, économiques et politiques. Un vaste plan de recrutement au sein de la PNH et de la FADH créerait des milliers d’emplois, stimulerait l’économie locale et restaurerait la confiance de la population envers ses institutions.

Mais aujourd’hui, la jeunesse haïtienne est absente des agendas politiques. Elle est en dehors du système, livrée à elle-même, à la rue, à l’exil ou aux gangs. Ce n’est pas un hasard si l’exclusion sociale débouche sur l’insécurité : c’est un effet direct.

Une gestion humaine et stratégique des ressources

Les ressources d’un pays ne sont pas que matérielles : elles sont humaines. Gérer une nation, c’est d’abord gérer sa population, en garantissant la sécurité, l’inclusion économique, et l’accès aux opportunités. Si nos dirigeants définissent l’économie comme la gestion des ressources rares, alors qu’ils se souviennent que le capital humain est la plus précieuse d’entre elles.

Selon les données les plus récentes, les Forces armées de la République dominicaine disposent d’un effectif global estimé à environ 44 500 militaires. L’armée de terre constitue la principale composante, avec près de 24 000 soldats. À cela s’ajoutent une force aérienne équipée de 40 aéronefs et une marine disposant de 33 navires. Par ailleurs, la Police nationale dominicaine compte 38 716 agents, ce qui confère au pays une solide capacité sécuritaire.

En comparaison, la situation sécuritaire d’Haïti est nettement plus précaire. La Police nationale d’Haïti (PNH) ne dispose que d’environ 15 498 officiers, dont 1 711 femmes. Quant à la Force armée d’Haïti (FAD’H), elle est estimée entre 1 200 et 2 000 membres, un effectif largement insuffisant au regard des défis sécuritaires actuels.

Ce déséquilibre rend le pays extrêmement vulnérable, tant face aux menaces internes (gangs armés) qu’aux défis régionaux. La République dominicaine, à elle seule, dispose d’une force policière plus de deux fois supérieure à celle d’Haïti, et ses forces armées sont 20 à 30 fois plus nombreuses.

« Le problème d’Haïti est un problème d’hommes capables de penser le pays. »Ce ne sont pas seulement les armes ou les budgets qui font la force d’un État, mais la vision, la compétence et la volonté politique de ceux qui dirigent. Sans stratégie claire, sans formation de cadres solides, sans valorisation du service public et du bien commun, même les plus grands moyens resteront inefficaces.Le déficit sécuritaire en Haïti n’est pas qu’un problème de ressources. C’est surtout un problème de gouvernance, de leadership visionnaire et d’engagement envers l’État de droit. Tant qu’il n’y aura pas d’investissement massif dans le capital humain, la formation, l’éthique et la planification à long terme, la situation restera fragile, voire dangereuse

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