Le phénomène de la communication n’aurait pas de sens sans l’existence d’un ‘’élément contraire ou manqué’’. Sinon pourquoi cherche-t-on toujours à influencer l’autre, à se faire comprendre? Pourquoi veut-on toujours que l’image qu’on se donne, que l’idée qu’on se fait doive être acceptée par l’autre ? Et selon certains spécialistes en communication, « nous puisons dans nos relations interpersonnelles les éléments qui nous permettent de construire notre image de nous …et que la signification que nous avons de nous-mêmes résulte des interactions que nous avons avec les autres ».
De ce fait, on se pose la question, l’être humain en tant qu’être social, n’agit-il pas toujours en fonction de l’autre ? C’est pourquoi la communication, en tant que science sociale, s’intéresse à l’étude des rapports qu’entretiennent les êtres humains entre eux.
A cet effet, nous ne partageons pas l’idée « mwen pap chita ak moun ki pa gen menm enterè ak mwen » que certains gens ont l’habitude de répéter. Ce discours n’a rien à voir au marxisme, au socialisme ou communisme, ni au capitalisme. Cette mentalité explique tout simplement la peur de communiquer, et cache les caprices et les faiblesses d’un individu ou d’un groupe. Et, le fait de provoquer et de voir mal les gens ne partageant pas les mêmes idées que nous, c’est de la démagogie ou du moins de lacunes intellectuelles.
Au contraire, il est très important que les gens n’ayant pas les mêmes perceptions ou visions de la réalité se mettent en relation, confrontent leurs idées, fondement même de la communication. Et, c’est parce que nous sommes différents les uns des autres que nous essayons toujours de convaincre l’autre, bref, nous nous communiquons. D’où l’importance de la communication en tant que science de la ‘‘persuasion’’, et de la ‘‘modification de comportement individuel’’. La confrontation de nos différentes conceptions et/ou opinions nous permettrait d’aboutir à un meilleur argument afin d’accoucher à un point de vue respectif.
En effet, Michel Le Net pense qu’ « aucune construction sociale n’est possible, donc durable, s’il n’y a pas d’échanges entre les protagonistes » (in, la communication sociale, 1998). La société en elle-même est conflictuelle ; puisqu’elle est constituée d’éléments diversifiés. En ce sens, Anthony Giddens disait : « l’Etat devrait protéger l’individu contre les conflits de groupes dans la société », cité par le professeur Jean Anil LOUIS JUSTE, mai 2007.
La communication est sociale
« La communication dite sociale est celle, selon Michel Le Net, qui se fait pour modifier les connaissances, les opinions et les comportements d’autrui au profit et au service de l’intérêt général (lutte contre les maux sociaux, promotion des valeurs fondamentale etc.) ». Et, selon ce dernier, la « Communication Sociale c’est plus qu’informer ou s’informer, c’est agir ou tenter d’agir sur autrui ». Celle-ci entend, dans son objectif premier, ‘’corriger par la persuasion des comportements jugés préjudiciables et suffisamment généralisés pour justifier une action collective’’.
Durkheim 1987, pense, de son coté, qu’«un phénomène ne peut être collectif que s’il est commun à tous les membres de la société ». Et, la communication n’est-elle pas définie, au sens large, comme étant une ‘’mise en commun’’ entre les individus vivant en société… ?
Pour nous, la communication est ‘’sociale’’ parce qu’elle est humaine. «Que chaque acte de comportement social implique la communication explicitement ou implicitement » d’après Edward Sapir. Et Aristote (philosophe grec de l’antiquité, 384-322 av J.-C) n’a-t-il pas dit que ‘’l’homme est un animal social’’ ? De son coté, G. Willet considère l’homme comme un « être de communication ». Et, selon ce dernier ‘’ la communication est le processus social fondamental’’ ».
De ce point de vue, l’homme a toujours besoin de ses semblables pour agir, accomplir quelque chose. On communique pour convaincre et influencer l’autre. Par conséquent, la communication est essentiellement sociale puisqu’elle traduit les actions humaines. Elle est le vecteur de la connaissance et de la culture (humaine).
« Il y a de l’impersonnel en nous parce qu’il y a du social en nous…et la société est les formes les plus élevées de la mentalité humaine » pour répéter Durkheim (In les formes élémentaires de la vie religieuse, le système totémique en Australie, 1937 : 617 à 638).
Puisque l’homme est considéré comme un animal social et être de communication, donc ses communications sont dites sociales. L’individu socialisé ne fait que reproduire ce qu’il a appris et intériorisé de la société. Ses comportements ne reflètent que les valeurs sociales. Ainsi reprenons-nous les propos de F. Jacques 1979, que « la communication reste impossible aussi longtemps qu’elle doit commencer dans le moi… ». Ce que nous comprenons et déduisons de la thèse de F. Jacques, c’est que le comportement individuel est secondaire au comportement dit social.
Communication Sociale / développement social et humain
Eduquer entraîne donc la production d’un changement chez autrui dans une visée d’épanouissement de son être ; et selon un type de maturation et de progression supposée et souhaitée. Or, ce sont les préoccupations premières de la communication. Donc, on ne saurait parler d’éducation, de progrès social et de ‘’bien être’’ sans une politique de communication dite sociale entre les individus vivant en communauté.
Gilles Willet et Charles Cooley pensent, dans leurs approches, que la ‘’communication est le mécanisme par lequel les relations humaines existent et se développent’’. Ici, il s’agit du développement social et humain. Ces développements ne se seraient possibles sans que l’on ne tienne compte des éléments contraires, de toutes les catégories sociales. Et, parlant de développement, il s’agit de l’augmentation des capacités humaines impliquant des capacités d’initiatives de chacun et la liberté de chaque être humain, mais sans nuire et troubler l’ordre social. C’est aussi les possibilités de choix des individus et l’amélioration du niveau de bien-être collectif.
A cet effet, la communication constituerait le facteur clé de tout développement humain. Car elle est le véhicule des informations entre les individus. C’est pourquoi l’on partage la devise ‘’Echanger Pour Changer’’ de l’Association Haïtienne des Etudiants en Communication Sociale (AHECS). Pas de changement social et humain sans compréhension entre les gens, et pas de compréhension sans communication objective (finalité collective). Ainsi le comportement humain détermine-t-il le type et niveau de communication humaine.
La communication est comportementale
La communication c’est le comportement individuel et social. A propos Christian Baylon et Xavier Mignot pensent que « la communication sociale est une discipline qui permet de modifier le comportement de l’individu, l’intégrer dans le collectif et le faire comprendre qu’il est responsable de ses propres actes » (In, La communication, 1994). Ainsi, la communication est l’affirmation ou la manifestation du comportement individuel. Celui qui ne s’affirme pas n’existe pas, dit-on. « On ne peut pas ne pas communiquer » pour répéter l’école américaine de Palo Alto. < Tout comportement transmet un message >. Même le silence est comportement. Il n’y a pas de non comportement. Les gestes, les mimiques (la kinésique), la manière dont nous nous habillons, nos larmes, nos sourires, nos regards, les signes, les symboles que nous inventons, l’expression du visage, et les sons, les signaux que nous émettons sont des comportements donc des actes de communication, et ceux-ci impliquent les autres d’une manière quelconque...
« Donc nos actes ne sont jamais innocents ». Ils ont toujours leurs conséquences et inconséquences. Cela revient à dire que même lorsque nous sommes seuls, nos actions impliquent notre environnement. Par exemple, lè yon moun pipi nan dèyè yon pyebwa, lè w pa flòch yon twalèt piblik, elatriye…, tout ceci a des conséquences négatives sur soi-même et sur l’environnement (l’autrui). C’est le côté social de la communication. Cette dernière peut tout aussi arranger ou déranger. Cela dépend de l’utilisation qu’on en fait.
La communication est effective
Ainsi, la communication produit toujours des effets c’est-à-dire elle est ‘’causale’’ ou ‘’effective’’. Qu’il s’agisse d’une ‘’relation causale (cause/effet) ou d’une ‘’relation diagnostique (effet/cause)’’. Cependant, en communication ‘’ les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets’’. Cela dépend du contexte, des éléments en communication.
Certains spécialistes de la communication pensent qu’il y a de communication que lorsqu’il y a intention (intention de persuader, d’influencer, de contrôler, de séduire, de flatter etc.). Par conséquent, on ne déduit que la « communication est à la fois intentionnelle et relationnelle ». On agit toujours pour aboutir à quelque chose. Ainsi la communication se centre-t-elle d’abord sur les effets ; ensuite elle contrôle les éléments et les phénomènes en communication. On communique toujours pour avoir des impacts sur son récepteur.
Communication / Dialectique
< Pas de communication sans contradiction >. Certains communicologues voient en communication une sorte de ‘’mise en mouvement’’ des uns vers les autres. Ainsi A. Georges la définit-il comme étant un ‘’ approchement des univers différents des uns vers les autres’’. Il s’agit de la rencontre ou d’un rapprochement des mondes différents, des éléments diversifiés. Bref, c’est une synthèse entre les divergences, les différences. La communication essaie de comprendre, dans son processus, les contractions humaines ; c’est une recherche de la vérité par la discussion ou le dialogue (le dialogal / le dialogisme). Aussi, r 5 « c’est une quête du sens des choses », selon Dean Barnlund.
Ainsi, la communication n’est pas définitive, ni absolue. C’est une ‘’réalité dynamique, constamment changeante et qui se modifie en réponse à la totalité de l’environnement’’ expression propres à M. P. Andersen. En effet, la communication est dialectique du fait qu’elle est mouvement, changement de comportement et d’attitudes, évolutive, modificatrice ou du moins contradictoire. Après tout, essayons de définir la communication.
Pour une définition de la communication
La communication ce n’est pas l’art de bien parler une langue quelconque, ni le simple fait de parler à quelqu’un. Et, elle n’est pas seulement une simple question de techniques et de stratégies (l’information, la publicité, le marketing, la propagande, la démagogie politicienne etc.) comme le veulent faire croire les ‘’Communicatocrates, terme emprunté de Gilles Willet dans son ouvrage ‘’la communication modélisée 1992’’.
En effet, Krippendorff démontre, dans son modèle de communication, que « la communication n’est plus un simple échange et partage…c’est d’abord un processus de formation de structures et une structure de divers types de changements ».
Eric Buyssens définit la communication comme « l’influence que l’on cherche à exercer sur l’esprit de celui à qui l’on s’adresse ». Et Colin Cherry, de sa part, pense que la communication « c’est ce qui structure » ; selon J.K. Kinch « c’est un échange de signification entre les individus, par l’usage des symboles » ; et enfin pour R.V. Harnack c’est plutôt « l’interaction entre les gens dans le but d’une meilleure intégration aux niveaux interpersonnelles et intrapersonnelles ».
La communication est un phénomène concret parce qu’elle est « action » ou « comportement » ; car elle vise et correspond toujours à un résultat recherché. Ainsi définissons-nous la communication comme « étant l’ensemble des relations matérielles ou immatérielles qu’entretiennent les hommes entre eux manifestées par leurs comportements, et la compréhension existant entre ces derniers dans l’acceptation de l’autre malgré les différences ». La communication s’intéresse à tout ce qui découle de l’homme, de ses relations et l’étude des traces de celles-ci, de tout ce qu’il entreprend et les conséquences de ses actes. La communication est l’une des rares des sciences sociales qui prévoit les conséquences de nos actes…
Et, dans ses fonctions, la Communication permet la mise en relation entre les individus ; s’accommandant leurs comportements aux informations; d’accéder à la pensée socialisée; et elle assure le contrôle du comportement humain. Dans un sens plus large, la communication permet la cohésion sociale et l’équilibre du fonctionnement social (l’homéostasie) et facilite la compréhension et l’échange des connaissances humaines, et surtout, la Conscience Collective. Ici, la conscience collective se définit comme étant "la perception des activités des autres et du rôle de sa propre activité dans le contexte de leur complémentarité" et se rapporte aux croyances et comportements partagés"; (conscience des consciences selon Durkheim). Et, selon Michel Le Net « la communication a un rôle du comportement modificateur individuel vers une fonction sociale universelle ».
< Les différences ne peuvent et doivent pas constituer des obstacles à la communication >. Cette dernière n’aurait pas de sens sans l’autre. C’est pourquoi le Communicateur Social et / ou les Communicologues s’intéressent et accordent, dans leurs taches, une grande importance à tout ce qu’entreprend l’autre : ses activités, ses préoccupations, ses besoins, ses relations etc.…Et, ces derniers doivent travailler dans le but d’aboutir à un résultat collectif. Telle est la finalité de toute communication dite sociale.
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