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Haïti- Pour un “nouveau” Vertières (1803-2025)

HP
Hancy Pierre, professeur à l'Université

November 6, 2025 · Lecture : 6 min

🇫🇷Lire en français
Monument de Vertières à l’entrée de la ville du Cap-Haïtien
Monument de Vertières à l’entrée de la ville du Cap-Haïtien
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Vertières est la résultante d’une longue mobilisation et prise de conscience qui a favorisé une entente entre les différentes forces sociales de la société coloniale de Saint Domingue au-delà des clivages de classes et des divergences sur des questions sensibles comme celle de la terre. Il s’agit d’un mouvement général qui remonte aux menées anti-esclavagistes dans plusieurs colonies d’alors(Lampe, 1989:93).

 En effet, il a fallu l’arrivée des forces de Leclerc le 1er février 1802 pour créer une grande peur au sein des différents groupes et fractions de classes à Saint Domingue.Le Général Toussaint Louverture a été vite écarté , arreté le 7 juin 1802 pour aller plus tard mourir en prison le 7 avril 1803.Entretemps la rentrée dans les débats des anciens libres a favorisé le cours des changements.Ils ont eu à s’allier et motiver même ceux qui  ont occupé les mornes avec l’aval des généraux du groupe des nouveaux libres (Moral,2002:24).

La Victoire de Vertières, le 18 novembre 1803, vient attester le dialogue entre les différents groupes et fractions de classes dont les anciens libres, les nouveaux libres et quelques marrons. L’entente ne tarda pas à s’effriter face au contentieux sur la question de la terre. Car cette question est le principal enjeu de la formation du nouvel Etat. Ainsi Joachin, cité par PAPDA (PAPDA, 2007:13), rapporte : “après avoir conquis la liberté, les nouveaux libres ont conquis le droit de propriété, les cultivateurs entendent posséder la terre qu’ils travaillent”. La Constitution Haïtienne de 1987, après des réformes avortées de 1843, avait donné l’espoir en un nouveau Vertières en consacrant le droit à la santé, à l’éducation, au logement, à  l’habitat et à la sécurité sociale. Elle a aussi garanti le droit à la participation à travers les assemblées locales. La réforme agraire est partie prenante dans le cadre d’un État coopératiste et souverain. Le 222è anniversaire de l’entente de Vertières vient nous faire saisir  l’opportunité d ’agiter un sujet crucial dans un contexte politique difficile ; il s'agit des controverses de la question sociale de Vertières (1803) à la conjoncture actuelle.

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Des revendications continuent à s'agiter au prix de l'entente de Vertières. Les rebondissements des luttes sont récurrents (Goman, amalfet et Malfou puis Accaau )(Ibid, p20-21). Ce, pour adresser le problème de l'inclusion de toutes et de tous dont les créoles, bossales, marrons voire des immigrants partisans de la liberté. En effet, les droits sociaux étaient reservés exclusivement à la jouissance des classes dominantes et fractions de classes dominantes. Il s'agit des droits à l'éducation, à la santé, à l'habitat et à la terre, au travail,aux loisirs entre autres.

Les interventions publiques de type résiduel allaient détourner l'idéal de 1791-1803 en termes d'accès aux services sociaux. Ce qui prête à l'expression d'un État prédateur naissant. Le paternalisme de l'urgence, pour emprunter ce terme à Castells cité par Pierre (CEPODE, 2012:100-101) s’impose comme forme d’action résiduelle pour contenir la question sociale au regard du droit à la terre et du droit au travail puis du droit à l'éducation agité dans les luttes d'Accaau. Il s’agit d’un caractère de tutelle qui conditionne la population à une dépendance vis à vis de l’assistance. C’est aussi le cas du laissez faire passif ou de l'humanitaire militarisé évoqué par Vorbe pour justifier les nouvelles interventions militaires dans le cadre des Nations Unies par rapport aux situation de détresse des populations comme c’était le cas d’Haïti après avoir été frappée par le séïsme de magnitude 7.2 sur l’echelle de Richter (CEPODE,2011:71-86).

Il y a lieu de projeter un “Nouveau” Vertières pour promouvoir et concrétiser le dialogue et garantir pleinement la jouissance des droits sociaux reconnus dans la Constitution Haïtienne de 1987 mais encline à faire marche arrière à la participation populaire dans son projet de réferendum introduit en 2021 dans le débat politique en Haïti.

 

Perspectives pour un “Nouveau” Vertières.

Le défi posé jusqu à date réside dans la difficulté d’une unité durable depuis la rupture violente du pacte de 1791-1803, suite à l’assassinat du père fondateur de la nation, Jean Jacques Dessalines. Nous avons noté en écran de fumée des tentatives de reddition de ce processus en 1843, dans le mouvement de Praslin, celui d’Acaau (1867), le mouvement nationaliste des années 1930 à portée anti occupation et finalement 1986, au renversement de la dictature des Duvalier. Dans ce dernier cas la constitution haïtienne du 29 mars 1987 fut considerée comme un instrument de lutte pour la reconquête du droit à la participation politique du peuple haïtien.

Les acquis constitutionnels sont dans la consécration du projet de réforme agraire, le droit au logement, au travail, à la sécurité sociale, à l’éducation pour tous et à  la santé entre autres. Haïti est déclarée une République coopératiste et le régime consitutionnel est centré sur la participation de la population à travers les différentes assemblées territoriales au niveau des sections communales, des communes et des départements.  Ces assemblées ont des tâches prioritaires dans le choix des juges, l’implication dans la définition et la préparation du budget national que ceux des collectivités locales. Elles participent aussi dans le choix des membres du conseil électoral permanent.

Le créole est reconnu comme langue nationale et celle qui soude tous les haitiens. Le vodou est considéré formellement comme religion. Il s’agit suivant cette constitution de l’institutionnalisation d’un régime semi-parlementaire pour contrer des ambitions autoritaires issues historiquement du présidentialisme. Des institutions indépendantes sont définies pour garantir la liberté dans les décisions, telles le Conseil Électoral Permanent, la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, l’Office de Protection du Citoyen, la Commission de Conciliation.

Repères bibliographiques

-Michel Hector, Crises et mouvements populaires en Haïti, Editions CIDIHCA, Canada mai 2000.

-Armando Lampe,” Iglesia y Estado en la Sociedad esclavista de Curazao” in Revista Anales del Caribe, Centro de Estudios del Caribe Casa de las Americas, Havana 1989.pp75-124.

-Paul Moral, Le paysan haïtien (Etudes sur la vie rurale en Haïti), Editions Fardin, Port-au-Prince 2002.

 -Plate-forme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif, la question agraire haïtienne et les revendications paysannes actuelles, PAPDA, Port-au-Prince , juin, 2007.

 -Charles Tardieu, L’Education en Haïti de la période coloniale à nos jours , Henri Deschamps, Port-au-Prince 1989.

-Jean Fouchard, les marrons du syllabaire, Editions Henri Deschamps, Port-au-Prince 1988.

 - Gerard Barthélemy, Créoles-Bossales.Conflit en Haïti, Ibis Rouge Editions, Guadeloupe, 2000.

 -Faculté des Sciences Humaines, Université d’Etat d’Haïti,”Etat des lieux des savoirs sur la pauvreté en Haïti des années 1970 à nos jours (draft) “, Port-au-Prince, Haiti, Avril 2005.

 -Hancy Pierre, “Habitat et luttes sociales en Haïti (1930-2010): bilan et perspectives”, Revue Les Cahiers du CEPODE, No 3, Editions CEPODE, Port-au-Prince juin 2012.Pp97-162.

 -Jerome Paul Eddy Lacoste,” jeunesse et droit sociaux: pour une évolution nécessaire”, Revue Les Cahiers du CEPODE,No 5,Editions CEPODE, Port-au-Prince Janvier 2015.Pp19-40.

 -Julien Sainvil, “1804:la Révolution de la liberté pleine” Revue ASID, No 4, Kopirapid, Port-au-Prince, Octobre 2008.pp 22-29.

-Jn Anil Louis Juste, “Akawo, Goman ,Desalin:twa lidè disparèt, yon pwojè parèt” , Revue ASID, No 4, Kopirapid, Port-au-Prince, octobre 2008.pp 30-34.

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