EmploiAnnonces
Le Nouvelliste
S'identifier
  • À la une
  • À la minute
  • Culture
  • Economie
  • Editorial
  • International
  • Les remous de l'actualité
  • National
  • Opinions
  • Sport
  • Ticket Mag
Le Nouvelliste

© Le Nouvelliste 2026

Les sections du site

CultureEconomieÉditorialNational
OpinionsSociétéSportTicket

Les services

L'applicationContactez nousDeuilsPetites annonces
Annonces immobilièresToutes nos archivesRSS

Groupe Le Nouvelliste

Magik9Printemps de l'artTélé 20
Livres en folieArtisanat en fête
FacebookInstagramTwitterYoutube
Conditions générales d'utilisationPolitique de confidentialitéConditions générales d'abonnementSuppression de compte
FR|EN
Opinions

Quand Haïti refuse de mourir

LA
Loubet Alvarez

November 27, 2025 · Lecture : 4 min

🇫🇷Lire en français
Yanick Lahens et quelques Grenadiers
Yanick Lahens et quelques Grenadiers
Suivre sur Google Actualités

Depuis près de huit ans, Haïti traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente. La crise politique chronique, aggravée par l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, a plongé le pays dans un état de fragilité extrême. Les institutions s’effritent, l’économie vacille, l’insécurité s’installe, les indicateurs sociaux virent au rouge. À première vue, tous les signaux semblent annoncer l’effondrement définitif d’une nation épuisée.

Pourtant, Haïti respire encore. Mieux : elle refuse de mourir.
Dans les interstices du chaos, surgissent des éclats de vie, de talent et de création qui rappellent que ce pays, trop souvent réduit à ses drames, possède une force de survie exceptionnelle.

La littérature comme acte de résistance

300 × 250

L’exemple récent de l’écrivaine Yanick Lahens, lauréate du Prix de l’Académie française 2025 pour Passagères de nuit, en est la preuve éclatante. À travers une œuvre exigeante, sensible et profondément enracinée dans le réel haïtien, elle porte haut la voix d’un pays que l’on caricature, mais qui continue de produire une littérature d’envergure mondiale.

Ce succès n’est pas un hasard. Il s’inscrit dans la longue tradition d’écrivains haïtiens — de Jacques Roumain à Marie Vieux-Chauvet, de René Depestre à Gary Victor — qui transforment la douleur collective en création lumineuse. Dans un pays où la vie est souvent un combat, écrire est un acte de résistance, presque un devoir moral : dire le monde, témoigner, transmettre.

Le football, un souffle national

Et puis, il y a l’exploit extraordinaire : la qualification de la sélection haïtienne pour la Coupe du Monde 2026. Dans un contexte où le pays peine à organiser un championnat régulier et où plusieurs joueurs évoluent loin de leur terre natale, cet accomplissement relève du miracle sportif. Mais c’est un miracle qui parle :
il dit la détermination, la discipline, l’énergie d’une jeunesse qui refuse de se laisser happer par le désespoir.

Le football devient alors un langage commun, un espace où Haïti s’affirme non pas par ses blessures, mais par son talent. Pendant quelques heures, les rues s’embrasent, non pas de violence, mais de joie. Dans ce pays meurtri, le sport ramène un sentiment rare et précieux : l’unité.

Une tradition de résilience historique

Ce refus de mourir ne date pas d’hier. Il traverse toute l’histoire haïtienne.

  • 1804 : au lendemain de la révolution, alors que tout le monde prédisait l’effondrement de la première république noire, Haïti construit un État contre vents et marées, malgré l’isolement mondial
  • 1937 : après le massacre d’environ 20 000 Haïtiens en République dominicaine, le pays panse ses plaies et absorbe une tragédie qui aurait anéanti d'autres nations fragiles.
  • 2010 : le séisme détruit la capitale, brise des centaines de milliers de vies. Pourtant, quelques mois plus tard, des écoles reprennent, des artistes remontent sur scène, des écrivains publient, des entrepreneurs relancent leurs activités.
  • 2018–2025: malgré les ravages de l’insécurité, des jeunes continuent d’inventer, de coder, de peindre, de danser, de chanter, de créer des start-up, d’ouvrir des petites entreprises dans les camps de fortune ou dans les quartiers encerclés.

Cette énergie ne s’explique pas uniquement par le courage individuel. Elle s’enracine dans une philosophie populaire, souvent résumée dans une expression créole :
« Nou la, nou pap lage. »
Nous sommes là, nous ne lâchons pas.

La culture comme dernier souffle

La musique, elle aussi, joue ce rôle de respiration vitale. Les créations contemporaines — du rap engagé à la poésie chantée, en passant par le konpa, le rara et les fusions modernes — portent des messages de survie, d’insoumission, de dignité. Les peintres  de Jacmel, les sculpteurs de Noailles, les conteurs, les comédiens, tous continuent d’alimenter la vie culturelle malgré l’effondrement de presque tout le reste.

À Port-au-Prince, même en pleine crise, des expositions improvisées attirent encore du monde. Des festivals renouvellent le lien social. Dans les écoles publiques dégradées, des professeurs inventent des pédagogies pour maintenir les enfants à flot. Cette créativité permanente est la preuve que la société haïtienne, malgré tout, cherche à se tenir debout.

Un pays fragile, mais pas vaincu

Il serait naïf d’ignorer la gravité de la situation : l’État est affaibli, la violence armée menace le quotidien, l’économie est sous perfusion, et la jeunesse continue de fuir.

Mais Haïti refuse de mourir parce que son peuple, lui, ne renonce pas.

Chaque livre primé, chaque but marqué, chaque tableau peint, chaque petite entreprise ouverte, chaque salle de classe tenue coûte que coûte, chaque poème récité, chaque acte de solidarité vient contredire la prophétie du déclin total.

Haïti ne vit pas seulement par instinct de survie.
Elle vit par volonté, par acte culturel, par dignité.

Tant qu’il y aura une main pour écrire, une voix pour chanter, une équipe pour jouer, un élève pour apprendre, Haïti continuera à dire au monde — et à elle-même — cette vérité simple :

Elle refuse de mourir.

Loubet Alvarez                                                                                                                                                                Citoyen haïtien

Économiste de formation

Suivez-nous sur WhatsApp
Coupe du Mondelittérature

Lire aussi

Opinions4 novembre 2026

IA et éthique : un redoutable piège pour les pays du Sud

Opinions4 novembre 2026

Le secret de polichinelle

Opinions4 novembre 2026

Le monde universitaire et le barreau de Port-au-Prince en deuil : Me Claudette Belfont nous a quittés

Opinions3 novembre 2026

Nan kè nou tankou nan tèt nou: avni peyi a dwe jwenn plas li merite a…

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Les commentaires sont modérés avant publication. Votre e-mail n'est pas publié.