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Opinions

Si la psychologie m’était contée

RM
Robert Moise, Psychopathologiste

December 23, 2025 · Lecture : 6 min

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Centre psychiatrique Mars and Kline
Centre psychiatrique Mars and Kline
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Il est plus que vrai que l’année 2025 tire progressivement à sa fin, en laissant derrière un tableau dont les composantes essentielles sont assez sombres, selon un constat global.

La tradition, à quelque niveau que l’on puisse la considérer, celle-ci exige de plus d’un, l’occasion de dresser le bilan des actifs et passifs pour l’année, au cours de laquelle, des projets ont été réalisés et des objectifs atteints, tout comme ceux qui n’ont pas pu être conduits à terme, en notifiant les raisons de cela.

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Une analyse minutieuse de la situation générale du pays permet à tout observateur constant de poser le diagnostic d’un échec cuisant et total sans précédent et, face à un tel déficit, personne n’ose porter la question, encore moins, l’adresser à qui de droit, afin que la population puisse tirer les conclusions y relatives.

D’un point de vue limitatif, par rapport au manque accusé au niveau institutionnel, ce qui n’échappe à personne, qu’il me plaise de chercher à approfondir le domaine relatif à la santé mentale, eu égard aux deux hôpitaux psychiatriques publics existant dans le pays et offrant des services de consultation, d’internement et de traitements appropriés aux différentes catégories de malades inscrits à leurs registres respectifs.

Il importe pour la clarté de ce qui va suivre de conduire notre démarche méthodologique d’abord à l’Hôpital  Défilée de Beudet, la plus ancienne structure, puis, au Centre Psychiatrique et Neurologique Mars et Kline.

Datant de la première occupation américaine de 1915, l’Hôpital Défilée de Beudet est situé dans la commune de la Croix-des-Bouquets, dans le Département de l’Ouest, dans la localité de Meyer, représente l’une des deux institutions psychiatriques publiques avec une population avoisinant 200 malades incluant anciens et nouveaux, est pratiquement non opérationnel depuis environ plus de 2 ans, sans aucune présence de médecins psychiatres pour le service de prise en charge régulière des usagers jusqu’au plan de traitements lié aux diagnostics.

La loi imposée par les gangs armés n’est pas sans conséquence aucune sur le fonctionnement général des établissements psychiatriques.

En conversation avec le personnel médical et infirmier ( dont un premier psychiatre), il nous a fait savoir que les malades sont livrés à eux-mêmes, sans aucune assistance professionnelle sous une forme ou sous une autre.

Il convient donc de se demander, que peut-on réellement faire pour soigner nos déséquilibrés mentaux qui, par la force des choses chez nous, sont de plus en plus nombreux à travers les principales artères routières de la capitale et dans le pays tout entier ?

Poursuivant notre enquête, la conversation tourne quant à présent autour de la grande question des diagnostics les plus fréquents à l’examen. Il y a lieu de noter : parmi les états d’anxiété majeure, la psychose maniaco-dépressive, les différents types de schizophrénie, sans en écarter les cas de réactions psychotiques exacerbées liées aux substances qui, de l’avis du premier médecin psychiatre interviewé, constituent une catégorie importante au sein des malades de l’Hôpital Défilée de Beudet.

Il lui arrive d’examiner entre 50 à 60 patients en un seul jour.

La question qui revient le plus souvent à l’esprit de tous citoyens est celle-ci : «  A quand la fin d’une telle tragédie »?

Une fois de plus, la notion de l’effritement de la notion de santé mentale doit être approchée dans tous ses aspects au pays, pour la simple et bonne raison que ses variantes systématiques exigent une étude verticale, tant elles concernent des familles entières et de ce fait, doivent occuper l’axe central de tout débat qui se veut sérieux.

A la réflexion, le constat est le même pour le second médecin psychiatre de l’Hôpital Défilée de Beudet, avec lequel, on s’est entretenu sur la fameuse question de consultation, du nombre de malades en général, du diagnostic et du processus de traitement dans leurs divers aspects.

Il nous a confié qu’il ne s’est plus présenté à l’hôpital depuis avril 2022, eu égard aux conditions difficiles rendant le trajet impraticable et périlleux, ce qui n’est un secret pour personne à l’heure actuelle. Il arrive que les gens armés visitent également l’enceinte au moment des séances de consultation, ce qui n’a pas manqué de créer automatiquement de grands moments d’effroi singulier, poursuit-il, parmi les malades ainsi que le personnel médical et infirmier. Pour cet autre médecin psychiatre, le constat varie très peu sur le fond de nos pensées, dans le cadre de cette réflexion.

Il renchérit pour dénoncer l’absence notoire de l’état au niveau des entités hospitalières publiques du pays.

Concernant les diagnostics les plus dominants, on retient : les cas de schizophrénie, notamment, la paranoïa et la catatonie, les troubles psychotiques dûs aux substances, la personnalité multiple, les cas de neurasthénie polymorphe et les états de stress post traumatiques chroniques et à éclosion tardive.

Comme on l’avait dit plus haut, la méthodologie concerne maintenant, selon la chronologie, le Centre Psychiatrique et Neurologique Mars et Kline.

Construit en 1958, sur un terrain moins grand que l’Hôpital Défilée de Beudet, le Centre Psychiatrique et Neurologique Mars et Kline est situé dans le Département de l’Ouest, à l’angle des Rues O. Durand et Monseigneur Guilloux, a été inauguré le 6 février 1959 et fut consacré aux traitements des malades aigus. Il y eut au Centre l’expérimentation du Trilafon, un tranquillisant qui est utilisé dans le traitement des psychotiques.

Pour le Centre, le médecin psychiatre contacté, nous a avoué qu’il ne s’est plus présenté à l’institution depuis la mi-février 2024.

En moyenne, la consultation mensuelle varie jusqu’à 500 malades anciens et nouveaux. Le diagnostic le plus significatif est la psychose due aux substances, puis, vient la schizophrénie. Pour le personnel médical et infirmier, on en dénombre 5 médecins psychiatres y compris le directeur-médical, 4 résidents, aucun psychologue comme à Beudet. Le Centre a dû fermer ses portes par rapport à la conjoncture que tout le monde connait.

La question de la santé mentale ne semble vraiment inquiéter personne, car, il parait qu’elle n’a jamais été inscrite à l’ordre du jour dans les différents conseils des ministres.

En règle générale, il est tout à fait contre-indiqué que des malades mentaux aient connu une si longue période sans consulter un spécialiste. Le pire dans tout cela, c’est que «  Tout va très bien, Madame La Marquise » comme dans la chanson.

Il faut admettre qu’avec cette situation qui perdure, la prévalence de la maladie mentale doit être prise au sérieux, car, elle devient un véritable problème de santé publique. Cependant, les ressources disponibles sont plutôt faibles par rapport à la dimension des dégâts causés par cet état de peur généralisée qui constitue le décor au quotidien de chez nous.

En conclusion, les données actuelles renseignent sur un état de fait qui choque, démotive et détruit tout effort à consentir dans un schéma, où, l’application de tout élément procurateur de bien-être est d’avance perçu peu ou prou comme contraire à l’idée dominante.

Longtemps déjà, l’on avait mentionné au terme d’un congrès scientifique sur la psychiatrie et la psychologie que « Vivre en Haiti, depuis quelques temps, est générateur de troubles mentaux ». Les données actuelles, même à l’occasion d’une observation fortuite, viennent tout confirmer avec force détails, ce qui porte le citoyen régulier dans son semblant d’indifférence à se demander « Est-il possible de rêver encore à de jours meilleurs au pays »?

Le risque d’une détérioration mentale significative au pays s’annonce à grande échelle.

 

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