Les musiciens haïtiens de la 1ère vague de migration en Amérique du nord sont arrivés dans un contexte caractérisé par des luttes pour l'intégration des minorités.Aux États-Unis, il a été dicté des politiques de promotion de la réunification familiale par le biais de "Immigration and Nationality Act" de 1965 qui a aussi aboli le régime de quotas nationaux discriminatoires. Ce, jusqu'en 1976 avec des amendements concernant un réajustement des quotas par pays. En fait, la fin des années 1970 est marquée par une diversification des immigrants de provenances diverses pour donner lieu en 1980 au début du développement de l'immigration illégale. C'était l'ère de la diversité et on qualifiait les États-Unis de société «Melting pot». Ce qui était un terrain propice à la promotion des identités culturelles spécifiques. La migration des premiers musiciens et groupes de compas direct s'inscrit dans ce contexte et cela a garanti l'affirmation d'une identité culturelle par la marque du compas direct. En effet, la musique renvoie à l’histoire d'Haïti en exprimant des sentiments d'appartenance pour renforcer des liens sociaux ainsi que de faire prévaloir sa reconnaissance.
Le cadre référentiel évoqué tient lieu à justifier le fort sentiment pour la promotion légitime du compas direct au milieu de la diaspora. Nous avons identifié des titres correspondants traités par des groupes musicaux tels que : L'Ensemble de Nemours Jean Baptiste,le Tabou Combo,le Bossa Combo et le Magnum Band.
Les contenus musicaux expriment une affirmation identitaire du genre musical du compas direct. Nous rapportons quelques séquences des titres sélectionnés dans la 3e partie qui clôture la série : Musique et migration-Récit et réalité.
La santé mentale vient recouper la problématique de migration. Procédons d'abord à une définition de la santé mentale pour évoquer les références à la crise de valeurs dans un contexte de modernité. Les liens sociaux sont aussi effrités. L’appel à l'autonomie est de mise. La souffrance affective, les problèmes d'intégration reviennent. En effet, «La santé mentale est le fait pour l'individu de se différencier par rapport au collectif, à la famille et à la communauté. C'est un sentiment de bien-être émotionnel et spirituel en interaction avec la culture, des valeurs et principes de justice sociale,d'équité et de dignité personnelle” (DORVIL, 2002).
Les immigrants souffrent de traumatismes par des manques affectifs liés à la nostalgie, l'exil et la perte de sens et d'appartenance. Il peut survenir des chocs liés au changement de valeurs culturelles, à l'acculturation brusque. Des conflits de valeurs ou de générations dans les rôles et les référents culturels sont cruciaux. La nostalgie en situation de migration renvoie aux titres suivants : “Pression d’Haïti” du Tabou Combo,1972, de l’ album “Canne à sucre”;“Nostalgie” du Coumbite créole de Rodrigue Millien, 1987, de l’album “Nostalgie lakay”;“Haïti” des Frères Dejean , 1976, de l’ album “International “ ; “Tounen lakay” de Toto Nécessité, 2018 ; “An ale”, des Frères Déjean, 1993 de l’album “Sans rancune” ; et “Haïti”, du Skah Shah, 1975, de l’album” Les dix commandements”.
Des contenus auront à illustrer cette approche de migration comme convenu.
Dans un troisième temps, dans la lignée de la santé mentale et sa relation à la migration. La résilience se présente comme un point fort grâce à la mobilisation de valeurs culturelles et nationales. Il n'y a pas de séparation avec son milieu malgré le déplacement physique.Le migrant puise dans ses ressources émotionnelles pour se rapprocher du quotidien de son peuple pour le soutenir dans ses joies, ses souffrances et ses rêves. L'appartenance à un groupe musical en soi revêt d'une importance capitale pour l'estime de soi, sa valorisation, son intégrité pour s'assurer de sa santé mentale."La musique est une valeur-refuge comme un des moyens les plus efficaces de réunir les gens de même origine" .Ce partage de nostalgies contribue à souder le groupe autour de l'image sonore d'une mère patrie idéalisée dont la musique constitue un symbole imdiscuté. Ce passage est de Laurent Aubert, dans "le goût musical, marqueur d’identité et d’altérité” (2007).Nous indiquons parmi les titres qui tiennent lieu de valeur-refuge de la musique du Compas direct.Ce sont :“Peyi mwen” du T Vice,1999, dans l’album “Vicellenium”;“La vie en exil” du Tabou Combo,1988, de l’album “aux Antilles” et “Haïti sou kè mwen” du Tabou Combo,1987.
Le mythe du retour est une saga qui participe et tient lieu de support et d'énergie en guise de résilience. La migration du retour est un thème qui ressort des champs du compas direct. Le retour aux sources fait aussi appel à la résilience. Ce qui ressort dans les titres suivants : “Africa” du Gemini All Stars, 1983 ; et “Africa” de Missile 727, 1985.
Il se produit une prise de conscience sur le sort des immigrants tout en interpellant à la solidarité. Le trafic, la traite, l'exploitation et la maltraitance sont abordés comme des facteurs structurels qui caractérisent la migration. Migration, exploitation et stigmatisation caractérisent les titres tels que : «America» de Skah Shah,1982 ; «Liberté» de Magnum Band,1982, de l’album «Adoration» ; et «Répression» des Frères Déjean, 1990.
Avec la montée de l'économie criminelle, le trafic de drogue et la traite sont des pratiques récurrentes. Ce qui se développe davantage par rapport aux crises économiques qui sévissent dans le monde. L'industrie des services et le profit à outrance qui caractérisent le monde économique justifient un mouvement de personnes assujetties à la traite, au trafic et à la prostitution aussi bien que le trafic des femmes et des enfants.Voici des titres qui ont illustré cette thématique : «Yo» de Tabou Combo, 2000 dans l’album «Compilaton 30 years to the Zenith» ; «Canter» de Gemini all Stars, 1982, de l’album «Sort du Tiers Monde» ; «Rakèt» du Coumbite creole de Rodrigue Millien, 1980 ; «Mizè frè nou» des Frères Déjean, 1988, de l’ album «Macaron» et «Braceros» du Dixie band, 199, de l’album «Bayo bayo».
Il est vrai que le nom du maestro Nemours Jean Baptiste est seulement évoqué comme le fondateur du compas direct mais cette œuvre ne sera complète sans l’influence de Richard Duroseau.Le journaliste musical Louis Carl Saint Jean résume en ces termes :« […] le compas n’aurait jamais connu ses heures de gloire, ni accédé à ses lettres de noblesse en tant que genre urbain de danse, sans la virtuosité-j’ose même dire, sans le génie -de Richard Duroseau», a rapporté Claudel Victor (Le Nouvelliste, 1er juillet 2025).
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.