EmploiAnnonces
Le Nouvelliste
S'identifier
  • À la une
  • À la minute
  • Culture
  • Economie
  • Editorial
  • International
  • Les remous de l'actualité
  • National
  • Opinions
  • Sport
  • Ticket Mag
Le Nouvelliste

© Le Nouvelliste 2026

Les sections du site

CultureEconomieÉditorialNational
OpinionsSociétéSportTicket

Les services

L'applicationContactez nousDeuilsPetites annonces
Annonces immobilièresToutes nos archivesRSS

Groupe Le Nouvelliste

Magik9Printemps de l'artTélé 20
Livres en folieArtisanat en fête
FacebookInstagramTwitterYoutube
Conditions générales d'utilisationPolitique de confidentialitéConditions générales d'abonnementSuppression de compte
FR|EN
Opinions

Alo, Ado ! Quand écouter les adolescents devient un acte de résistance et d’espoir

JB
Junior BRICE

January 8, 2026 · Lecture : 4 min

🇫🇷Lire en français
Credit Photo: Rostov Luterson Joseph
Credit Photo: Rostov Luterson Joseph
Suivre sur Google Actualités

En Haïti, le déplacement forcé n’est plus une abstraction. Depuis mars 2025, la violence de gangs armés qui s'est etendue à plusieurs communes du Bas Plateau Central, notamment Mirebalais et Saut-d’Eau, a contraint des centaines de familles à fuir leurs maisons pour se réfugier dans des abris provisoires à travers la région. Dans ces espaces de survie, les adolescents portent une souffrance souvent silencieuse : traumatismes répétés, peurs constantes, deuils non résolus, ruptures scolaires et perte de repères.

Face à cette réalité, la campagne Alo, Ado ! Sa k pase ? Ansanm n ap kanpe ! n’est pas née d’hier. Il s’agit d’une stratégie de santé mentale communautaire développée et portée depuis trois ans par la Women and Girls Initiative (WGI), en collaboration avec des jeunes leaders du Plateau Central, et mise en œuvre en partenariat avec Zanmi Lasante. Avant la crise actuelle, cette campagne se déroulait chaque année à Mirebalais, Saut-d’Eau, Boucan Carré, Cange, et Lascahobas avec pour objectif d’offrir aux adolescents des espaces d’écoute, d’expression et de soutien psychosocial.

Avec l’escalade de la violence et le déplacement massif des populations, Alo, Ado a suivi les jeunes là où ils se trouvent désormais : dans les abris provisoires. Les 29 et 30 novembre derniers, près de 240 adolescents déplacés ont ainsi participé aux activités organisées dans plusieurs sites d’hébergement provisoires à Hinche et Boucan Carré, témoignant de la capacité d’adaptation et de la continuité de cette stratégie malgré un contexte de crise aiguë.

300 × 250

Écouter pour réparer

« Alo, Ado » est avant tout une stratégie qui reconnaît les adolescents comme des acteurs à part entière, porteurs d’expériences, de besoins et de ressources, même en contexte de crise: «vous comptez, votre voix a de la valeur, vous n’êtes pas seuls” comme l’a rappelée (Rose-Mirlaine, Travailleure social). À travers des séances de verbalisation, de relaxation, de formation et d’expression artistique, les jeunes ont pu mettre des mots sur l’indicible : la perte d’un proche, la destruction de leur maison, la séparation d’avec leurs amis, l’incertitude face à l’avenir.

Animés par des médiateurs de WGI aux côtés de psychologues et de travailleurs sociaux du programme de santé mentale de Zanmi Lasante, les groupes de parole ont offert des espaces sécurisés, sans jugement, où les émotions pouvaient enfin circuler librement. Pour plusieurs adolescents, c’était la première fois qu’ils se sentaient réellement écoutés.

Quand l’art devient un soin

L’atelier artistique « Soufrans mwen pa soti lwen » a constitué l’un des moments les plus marquants de la campagne. Par le dessin, l’écriture et la peinture, les adolescents ont transformé leur souffrance en création. L’art est devenu un langage alternatif, un outil thérapeutique puissant pour libérer les émotions accumulées.

Dans des camps où les possibilités d’activités structurées sont limitées, ces ateliers ont apporté un souffle nouveau, favorisant l’estime de soi, la créativité et le lien social. Fait notable: des parents, des médiateurs communautaires et même des agents de la protection civile ont spontanément pris part aux activités, illustrant la dimension inclusive et communautaire de la démarche.

Prévenir plutôt que réparer

Au-delà du soutien émotionnel immédiat, la campagne a permis d’aborder des thématiques essentielles et souvent taboues : dépression, anxiété, suicide, violences faites aux mineurs, harcèlement et agressions sexuelles. Des outils concrets de référencement et d’orientation ont été partagés, accompagnés de brochures visant à renforcer la protection des adolescents dans les sites d’hébergement.

Ces échanges ont également permis d’identifier des situations préoccupantes et d’initier des suivis individuels en santé mentale, confirmant que Alo, Ado n’est pas seulement un espace de réparation, mais aussi un outil de prévention.

Une responsabilité collective

Les mots des parents résonnent encore : « Bondye beni nou, tounen ankò. » Ils rappellent une vérité fondamentale : prendre soin de la santé mentale des adolescents, c’est investir dans l’avenir du pays.

Grâce à l’engagement de WGI, des jeunes leaders du Plateau Central et du programme de santé mentale de Zanmi Lasante, la campagne Alo, Ado démontre qu’une stratégie communautaire, cohérente et ancrée dans le temps peut continuer à avoir de l’impact, même en situation de déplacement et de crise extrême.

Et maintenant ?

Plus que jamais, il est crucial de pérenniser et renforcer cette stratégie. Les besoins psychosociaux des adolescents déplacés sont profonds, durables et urgents. Il faut continuer à faire vivre ces espaces de parole, d’art et d’accompagnement, élargir les interventions et assurer des suivis continus.

Écouter et accompagner les adolescents aujourd’hui, c’est prévenir leurs détresses de demain. À travers Alo, Ado, cet engagement prend forme en plaçant l’humanité, la prévention et l’espoir au cœur de l’action.

Junior BRICE, MD, MPH, MBA
Directeur de programme Santé Mentale
Zanmi Lasante

Suivez-nous sur WhatsApp
Alo

Lire aussi

Opinions4 novembre 2026

IA et éthique : un redoutable piège pour les pays du Sud

Opinions4 novembre 2026

Le secret de polichinelle

Opinions4 novembre 2026

Le monde universitaire et le barreau de Port-au-Prince en deuil : Me Claudette Belfont nous a quittés

Opinions3 novembre 2026

Nan kè nou tankou nan tèt nou: avni peyi a dwe jwenn plas li merite a…

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Les commentaires sont modérés avant publication. Votre e-mail n'est pas publié.