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Opinions

En route vers la Cour de cassation : avantages et handicaps

JJ
Jude Jacques Renaud Duvivier

January 12, 2026 · Lecture : 4 min

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En route vers la Cour de Cassation
En route vers la Cour de Cassation
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Dans le contexte haïtien actuel, le recours à la Cour de cassation s’impose comme une démarche à la fois nécessaire et profondément paradoxale. Nécessaire, parce qu’un État qui se veut encore debout ne peut durablement se soustraire à ses propres mécanismes institutionnels. Paradoxale, parce que ces mécanismes évoluent dans un environnement profondément fragilisé, marqué par une crise de confiance généralisée envers les institutions publiques.

Saisir la Cour de cassation, c’est avant tout réaffirmer le principe fondamental de l’État de droit. C’est rappeler que, malgré le chaos ambiant, il existe encore des balises constitutionnelles, des procédures, une hiérarchie des normes et surtout des précédents, sans lesquels aucune continuité institutionnelle n’est possible. Les ignorer reviendrait à nier l’histoire juridique du pays, même lorsqu’elle est inconfortable.

Ces précédents constituent une mémoire institutionnelle. Ils rappellent que la Cour de cassation n’est pas un organe improvisé, mais une institution déjà convoquée dans des moments de crise, parfois comme ultime recours, parfois comme instrument de transition. Pour que cette démarche soit réellement légitime et juridiquement correcte, elle doit toutefois être rendue politiquement et socialement acceptable par des mesures claires, assumées et compréhensibles par la population.

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Or, la Constitution amendée n’a jamais été véritablement acceptée, ni par la société haïtienne dans son ensemble, ni par la communauté intellectuelle et juridique du pays. Cette contestation trouve son origine dans la procédure employée pour son adoption, les nombreux non-dits entourant certains amendements, ainsi que dans une défaillance majeure : la non-publication intégrale et simultanée du texte dans les deux langues officielles du pays. Cette fragilité originelle a ouvert la voie à des interprétations opportunistes, souvent dictées par des intérêts politiques de clan, affaiblissant davantage la crédibilité du cadre institutionnel.

Dans ce contexte, mettre en veilleuse la Constitution amendée, de manière exceptionnelle, encadrée et assumée, afin de rétablir honorablement la Constitution de 1987 dans ses deux langues officielles, peut apparaître comme une mesure juridiquement défendable visant à restaurer la lisibilité et la cohérence du processus institutionnel. Un décret exécutif transparent, clairement limité dans le temps, pourrait alors corriger une bavure politique devenue structurelle, sans prétendre résoudre à lui seul l’ensemble de la crise nationale.

Cette démarche ouvrirait la voie à un rétablissement progressif de la légitimité au sein du pouvoir exécutif par l’application de normes claires et de précédents établis. L’histoire récente montre que de meilleures approches ont été obtenues lorsque l’article 149 de la Constitution de 1987 a été appliqué dans son esprit et dans sa lettre. L’exemple de la transition conduite par Ertha Pascal‑Trouillot demeure emblématique : la transparence du processus avait favorisé l’acceptation sociale et permis l’organisation d’élections crédibles.

Avantages et handicaps du processus

Le recours à la Cour de cassation permettrait d’éviter les accords claniques et les compromis opaques au profit d’un cadre légal fondé sur les lois, les principes et les précédents reconnus. Il contribuerait à restaurer une part de la souveraineté nationale, progressivement affaiblie par des arrangements extra‑institutionnels. Il offrirait également l’occasion de mettre en place une feuille de route claire, portée par une équipe exécutive intègre, non partisane et engagée envers l’intérêt général.

Cependant, les handicaps du processus sont réels. Le premier tient au déficit de confiance envers les institutions et à une prudence excessive qui conduit à l’opacité de certains choix fondamentaux. L’histoire montre pourtant que la transparence renforce la légitimité. À l’inverse, l’opacité nourrit l’indifférence et la méfiance, même face à un processus fondamentalement crédible et porteur d’espoir. S’ajoutent le risque d’instrumentalisation politique, l’enlisement faute de calendrier clair et l’écart persistant entre l’architecture institutionnelle et la réalité du terrain. Sans sécurité ni capacité administrative effective, même le meilleur cadre juridique restera fragile.

Conclusion

La crise haïtienne ne souffre pas d’un manque de lois, mais d’un déficit de cohérence, de courage politique et de légitimité assumée. Le recours à la Cour de cassation peut offrir un cadre et baliser un chemin, mais il ne saurait être une fin en soi. Il peut créer une respiration institutionnelle, mais il ne remplacera jamais le courage politique indispensable à toute refondation durable.

Sans ce courage, aucune légalité ne deviendra pleinement légitime. La Cour peut aider à structurer la transition, mais l’avenir du pays dépendra avant tout de la capacité des acteurs à conjuguer droit, transparence et responsabilité politique au service de la nation.

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