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Opinions

L’échec du CPT : symptôme d’une classe politique défaillante

KC
Kervens Cherubin Economiste. kervenscherubin@gmail.com

January 16, 2026 · Lecture : 6 min

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Quelques membres du CPT
Quelques membres du CPT
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On sait qu’une société s’effondre lorsque la crise de ses élites dirigeantes dépasse largement celle de la sphère politique. Au cours de toute l’histoire de l’humanité, il n’en existe aucune qui en a survécu longtemps. Pour ne pas s’effondrer, toutes ont été contraintes de passer d’un schéma socio-culturel à un autre. Ce passage se fait obligatoirement par une transformation brusque – la révolution – ou par une mutation sociale lente qui peut être soit progressive – l’évolution -, soit régressive – la déliquescence.

Depuis 1986, la société Haïtienne est entrée dans un processus de mutation sociale régressive. Et à mesure de cette lente mutation, la société s’est conformée aux limites intellectuelles et pratiques rétrogrades de ses élites dirigeantes. Les citoyens, quant à eux se sont surpris dans une démarche d’homéostasie sociale, à maintenir un système qui leur est pourtant défavorable. Cette adaptation subtile s’est ancrée dans un schème socio-culturel marqué par un défaitisme avéré : l’échec politique est anticipé, identifié et accepté.  

Nous savons presque toujours avec précisions quels dirigeants vont échouer. Mais nous les légitimons quand même. Nous avons la réputation de créer des hommes politiques à partir de rien. Mais pire encore nous excellons dans l’art de mettre l’avenir du pays à l’épreuve des faits. Nous ne misons pas sur des plans, nous prenons des risques. La mise en place du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) en constitue l’illustration, la plus récente.

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En effet, l’échec du conseil présidentiel n’a rien de surprenant, il était même parfaitement prévisible. Ce qui est véritablement choquant, en revanche, c’est la nonchalance avec laquelle nous l’avons accepté. Certains aveuglés par les bénéfices qu’ils pensaient pouvoir en tirer on fait semblant de ne rien voir.  D’autres, le nez trop près de la boue, ont préféré retenir leur souffle et y plonger la tête la première au lieu de faire marche arrière.

Pour ma part, j’avais pris l’engagement de mettre mes compatriotes en garde. Dans un article publié dans le journal Le Floridien, le 16 Mai 2024, j’écrivais et je cite : « L’accord du 03 Avril ayant conduit à la création du conseil présidentiel est loin d’être la proposition politique adaptée à la crise multidimensionnelle que connait le pays. » Je poursuivais en disant qu’« il porte dans sa substance même, toutes les caractéristiques de son éventuelle dissolution – sauf élan patriotique des partie prenantes – car l’analogie des contraires sur laquelle il se fonde, et qui se veut être son point fort, n’est en réalité qu’un leurre. »

La grande majorité des acteurs ayant pris part aux différentes discussions partageait cette vision des choses. Les membres du conseil eux-mêmes n’y croyaient guère. D’ailleurs, l’accord n’a jamais été officiellement publié. Allez savoir pourquoi.

Tout se jouait sur l’éventualité d’un espace de leadership à conquérir, où chacun voulait s’y aventurer dans l’espoir de devenir à leur tour président (voir l’article susmentionné.). Et pour cause, ils ont décidé de violer l’article 4.1 de l’accord du 03 avril (Accord politique pour une transition pacifique et ordonnée), lequel prévoyait un conseil de neuf membres dirigés par un coordonnateur ; afin d’instaurer un jeu de la chaise musicale version présidentielle.

Il est vrai que l’espace de pouvoir ouvre parfois la voie à certaines possibilités qui n’ont de sens que dans la trame où elles ont été tissées. Mais quoi d’autres, sinon l’intérêt personnel, peut justifier que les membres de ce conseil aient choisi, à l’unanimité, de signer une résolution instaurant une présidence tournante, partagée entre quatre conseillers, sur une durée deux ans - soit environ 6 mois par conseiller-président - plutôt que de respecter l’esprit et la lettre de l’accord qu’ils avaient eux-mêmes signé ?

Ce choix, nous l’avons déjà expliqué, n’est pas un accident politique. Il est l’expression cohérente d’un schème socio-culturel où l’improvisation supplante la vision, et où la quête individuelle de pouvoir prévaut sur l’intérêt collectif.

Mais est-il réellement pertinent de se limiter à parler de l’échec du CPT ? la réponse est sans équivoque, non. Ce serait irresponsable de se faire prendre dans le même piège qui, depuis des années, permet aux mêmes acteurs de se soustraire à leurs responsabilités, puis de reconstituer un capital politique après chaque situation de crise.

L’heure est venue de prendre le taureau par les cornes.

Les démarches ayant conduit à la formation du CPT ont débuté à Kingston le 11 mars 2024, sous la facilitation des éminentes personnalités de la CARICOM. A cette occasion, les acteurs sont parvenus, après plusieurs mois de discussion, à trouver une alternative commune pour diriger la transition, à l’approche de la fin du mandat du Premier Ministre d’alors, M. Ariel Henry.

Plusieurs organisations politiques et de la société civile ont paraphé la déclaration issue de ces pourparlers. Parmi les plus influentes de la scène nationale, on peut citer : Collectif du 30 Janvier, MOPOD, OPL, Fanmi Lavalas, EDE, Accord Montana, PHTK. Toutes, sans exceptions ont leur représentant au sein du conseil ou dans le gouvernement. Or, malgré les scandales de corruption, aucune de ces organisions n’a été en mesure de rappeler son délégué.

Certains ont certes tenté, dans une démarche strictement politique, de se désolidariser de leurs représentants. Mais ces tentatives se sont rapidement heurtées aux contradictions qui persistent au sein de leur structure respective. En résumé, tous ceux qui ont contribué à la mise en place du CPT sont exactement les mêmes qui dirigent la transition depuis 21 mois.

Cela étant dit, l’échec du CPT n’incombe pas seulement aux neuf individus regroupés dans une chambre de la primature, mais à une multitude d’organisations et de partis politiques, tant sur la scène nationale que dans la diaspora.

Et pourtant, ce sont ces mêmes acteurs qui se réorganisent à la hâte, et produisent des documents de propositions à profusion, et prétendre pouvoir remplacer un gouvernement dont ils ont eux-mêmes été les instigateurs.

Le pays sera toujours en proie aux mêmes situations de crises récurrentes tant que les pyromanes continueront de jouer aux pompiers.

La réalité est simple : ceux qui ont succédé à Ariel Henry, et qui affirmaient pouvoir faire mieux, ont échoué avec le CPT. Leur confier, une fois de plus les rênes du pays, revient à se condamner à revivre la même spirale de crises pendant encore deux années consécutives.

Toutefois, l’idée n’est pas de les exclure définitivement de la scène politique. Ils sont des fils authentiques du pays, et jouissent, comme tout autre citoyen, de leurs droits civils et politiques. Mais, il est inacceptable que ce soient toujours les mêmes qui mènent la danse. Nous avons en assez de danser sur un seul pied.

Enfin, l’objectif de ce texte n’est pas de faire le procès d’un CPT qui était, de toute évidence, mort-né, mais plutôt de souligner - pour ceux à qui cela aurait échappée - que l’échec de ce conseil de transition n’a de signification que parce qu’il met en lumière le symptôme d’une classe politique défaillante, à laquelle doit se substituer une autre plus innovante, plus patriote, et moins corrompue.

Kervens Cherubin

Economiste.

kervenscherubin@gmail.com

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