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Opinions

Observatoire Social d’Haïti (OBSHA)

Un atelier à distance sur l’enseignement supérieur et la recherche scientifique

MI
Martine Isaac

January 20, 2026 · Lecture : 6 min

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Comme un refus du mode de fonctionnement « pompier » à la mode de chez nous pour marquer l’intérêt d’anticiper les événements futurs (risques et opportunités en amont). L’Observatoire social d’Haïti (OBSHA) s’est empressé de mobiliser des membres de la communauté universitaire haïtienne, ce vendredi 16 janvier 2026, pour organiser un atelier à distance sur la situation de l’enseignement et la recherche scientifique, suite à l’annonce de l’installation officielle des membres du Conseil de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (CESRS) deux jours plus tôt de l’Agence nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANESRS).

« Il s’agit là d’un pas important vers la modernisation du sous-secteur de l’enseignement et de la recherche scientifique », reconnaît en substance Jacques Yvon Pierre, membre du corps professoral de l’INAGHEI et président du Conseil exécutif de l’OBSHA. « Néanmoins, la réussite de cette structure dépend d’un ensemble de variables et de paramètres qui ne cadre pas avec la surpolitisation du système éducatif dans laquelle les acteurs/actrices font entrer le système éducatif, dans sa globalité. Et, parfois avec la complicité des agences bi et multilatérales », a-t-il laissé entendre à l’entame de cet atelier, inscrit dans une perspective proactive.

Produire un document simple présentant les recommandations précises de l’OBSHA à la première équipe placée à la tête de cette importante structure afin de lui permettre de connaÎtre les attentes du monde universitaire ; indiquer à l’opinion publique les éléments à partir desquels l’OBSHA jugera l’efficacité de l’action du CESRS en faveur du sous-secteur pour les douze prochains mois, tels étaient les deux objectifs principaux de cette rencontre.

300 × 250

Les participant (e)s, convoqué(e)s en urgence par l’OBSHA, avec l’appui de la Solidarité des femmes haïtiennes journalistes (SOHFEJ), ont répondu massivement à l’invitation. Sur un total de 47 personnes ayant confirmé leur invitation, ils/elles étaient 45 à y participer, soit un taux d’assiduité de 95,47% indiquant ainsi un fort intérêt pour le sujet et évaluant, par ailleurs, l'efficacité de la communication. Relevant exclusivement du monde universitaire haïtien, ces participant (e)s - dont des chercheurs, des professeur (e)s et chargés (e)s de cours des universités publiques et privées haïtiennes, d’anciens hauts cadres de l’État ayant travaillé sur des dossiers en rapport à l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, des responsables d’enseignement supérieur, des étudiants de second cycle – n’ont pas caché leur satisfaction. Il s’agit, selon ce beau monde, d’un pas géant franchi.  Ils/elles ont tous/toutes convenu de la nécessité pour le Conseil de planer au-dessus des intérêts de clan, de commander ou réaliser urgemment un état des lieux de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (2026) qui pourra servir de base de données factuelle à l'ANESRS pour fixer des objectifs chiffrés et des indicateurs de performance (KPI) sur une période de 5 ans.

Les membres du Conseil sont invités à produire une feuille de route réglementaire d'ici avril 2025 afin d’aider l'Agence nationale de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (ANESRS) à déployer une stratégie structurante. Toute l'attention se porte à présent sur la gouvernance de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le pilotage du sous-secteur et son financement.

Au regard de la gouvernance, les débats ont tourné sur la révision des statuts des Institutions d’Enseignement supérieur (IES), la mise en place de mécanismes de redevabilité et d'évaluation de la performance institutionnelle, la création d'un cadre de concertation permanent entre l'ANESRS, les universités et les centres de recherche.

En rapport au pilotage du sous-secteur, l’accent a été mis sur la nécessité pour le Conseil de favoriser une gestion axée sur les données et les résultats. Les participant (e)s attendent des efforts allant dans le sens du développement et de la généralisation d’un sous-système d'information aligné sur le SIGE du MENFP permettant de monitorer les effectifs, les infrastructures et les productions scientifiques en temps réel tant pour le public que pour le privé. Des indicateurs clés de performance (KPI) alignés sur les besoins du marché de l'emploi et les priorités nationales de développement doivent être définis par le Conseil pour faciliter le travail de l’Agence. Face à la tendance accrue à « dévaluer »la formation universitaire (faux diplômes, faux titres), les participant (e)s   encouragent la mise en place d’une structure de veille stratégique.

La question du financement de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a été, en quelque sorte, l’un des points forts de la réunion. L’unanimité a été dégagée autour des points suivants :

  • La nécessité d’amener le FNE à créer un fonds spécial de soutien à la recherche alimenté par des taxes sectorielles ou des contributions d'entreprises,
  • La nécessité d’inciter au partenariat public-privé (PPP) pour le financement de laboratoires et l'incubation de startups et la mise en place de mécanismes favorisant le passage à une politique de financement pérenne à travers la diversification des sources de revenus 
  • La nécessité d’élaborer un modèle de financement basé sur la performance (contrats d'objectifs et de moyens).

Des questions relatives à l’accès et l'équité à l'enseignement supérieur en Haïti ont aussi été débattu.  Les invité (e)s de l’OBSHA s’attendent à ce que le Conseil, en concertation avec d’autres organes oeuvrant dans l’ESRS prenne rapidement des mesures qui puissent aider l’ANESRS à élargir l’offre et sécuriser le parcours. Au nombre de ces mesures, la numérisation et l’enseignement à distance ; la mise en place de dispositifs adéquats devant faciliter  le transfert de crédits entre institutions pour permettre aux étudiants déplacés internes de poursuivre leur cursus sans interruption ; la déconcentration/décentralisation universitaire pour limiter les déplacements vers Port-au-Prince, épicentre de l'instabilité (en misant sur les UPR surtout qui, elles-mêmes pourraient démultiplier les centres d’enseignement supérieur par des mesures réalistes qui ne nuisent pas à la qualité de la formation universitaire).

Sans vouloir décanter l’enseignement supérieur de la recherche scientifique, les participant (e)s ont estimé qu’une rencontre spécifique doit être dédiée à cette dernière. Comment développer des programmes visant à valoriser les résultats de la recherche fondamentale et appliquée au service de la société dans un pays marqué par une grande instabilité socio-économique et politique et une culture de mépris vis-à-vis du savoir ?

L’OBSHA se définit comme un institut de recherche indépendant et un laboratoire d'idées (Think Tank) ayant pour objectifs de : produire des données empiriques sur les dynamiques sociales, économiques et politiques d’Haïti, suivre l'évolution des conditions de vie, des droits humains et des inégalités, formuler des recommandations stratégiques aux décideurs publics et privés, vulgariser les résultats de recherche pour stimuler le débat démocratique.

Faut-il faire remarquer que le bilan de cette rencontre s'accompagne d'un indicateur clé : un taux d’attrition de 0 %. Ce chiffre traduit une absence totale de départs au sein de l'effectif. C'est le signe d'une gestion efficace du temps et de la parole, empêchant le sentiment de lassitude qui pousse habituellement les participants à s'éclipser.

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