Ces dernières années, on assiste à une exacerbation des tensions géopolitiques entre le Taiwan et la Chine. Le 3 janvier dernier, la capture de Maduro, Chef d’État du Venezuela, par les États-Unis, fait planer le spectre d’un scenario similaire entre la Chine et le Taiwan. Toutefois, l’hypothèse d’une invasion chinoise de Taïwan reste peu probable à court terme en raison des enjeux économiques et géopolitiques. En cas d’occurrence, ses effets sur l’économie mondiale seront dévastateurs. La mitigation et la dissuasion demeurent vitales, tout en priorisant une approche de résolution pacifique entre les deux (2) protagonistes.
Dans ce texte, on va mettre l’emphase sur l’impact économique de l’hypothèse d’une invasion chinoise de Taiwan. On prendra le cas du Canada en particulier. Ce texte prendra la forme d’une note d’information.
- Contexte : Quid des acteurs ?
République populaire de Chine (la Chine)
La République populaire de Chine (RPC) adopte le principe de la Chine unique. Elle considère Taiwan (République de Chine) comme une partie de son territoire et, par conséquent, voit le dossier taiwanais comme une affaire interne[1]. Le gouvernement de Xi Jinping montre clairement la volonté de réunification avec Taïwan[2]. En témoignent les manœuvres militaires chinoises autour de Taiwan et les incursions récurrentes dans la zone d’identification de défense aérienne[3].
République de Chine (Taiwan)
Taiwan affirme sa souveraineté sur son territoire. Le pays ne cherche ni à s’unir avec la RPC ni à déclarer officiellement son indépendance par crainte de représailles militaires de la Chine. Il maintient une position du statu quo. La victoire de Lai Ching-te, partisan du statu quo, aux élections de Taiwan du 13 janvier 2024, constituait une forte réponse de Taiwan à la Chine dans ses visées hégémoniques[4].
États-Unis d’Amérique
Les États-Unis ne soutiennent pas officiellement l’indépendance de Taiwan[5]. Toutefois, au regard du Taiwan Relations Act de 1979, les États-Unis peuvent fournir le matériel et les services nécessaires à la défense de Taiwan, ou prendre toutes autres actions jugées appropriées par le gouvernement en concertation avec le congrès. D’après le Taiwan Assurance Implementation Act (2025), il est requis au Département d’État «de conduire un examen unique de ses directives régissant les relations avec Taiwan et d’en rendre compte au Congrès [6]». En outre, le « National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2026 » signée en 2025 prévoit de renforcer le partenariat stratégique sur les priorités industrielles de défense entre les États-Unis et le Taiwan et de consolider la résilience industrielle avec les alliés de la région indopacifique pour contrer les velléités hégémoniques de la Chine.
Japon
Japon adopte une posture d’ambiguïté stratégique issue du consensus diplomatique de 1972 marquant l’établissement des relations officielles avec la RPC, sans endosser officiellement la souveraineté de la RPC sur Taiwan. Cependant, dans une posture dissuasive, le Japon considère récemment toute attaque contre Taiwan comme une menace directe à sa sécurité et à ses intérêts nationaux[7]. Le premier ministre japonais Sanae Takaichi a évoqué l’option de déploiement de système de défense[8]. Une position jugée provocatrice selon la RPC, amenant ainsi des autorités japonaises à réaffirmer la position ambigüe délibérée du Japon[9].
Union européenne et Canada
L’Union européenne prohibe toute action chinoise susceptible de déstabiliser le détroit de Taiwan et la sécurité de la région[10].
Comme puissance moyenne, le Canada demeure modéré dans sa politique de Chine unique[11] et reste moins susceptible d’exercer une grande influence en cas d’une invasion chinoise.
- Crédibilité de l’hypothèse de l’invasion chinoise de Taiwan
Des enjeux économiques et géopolitiques rendent peu probable, à court terme, une invasion chinoise de Taiwan[12].
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- Enjeux économiques
Sur le plan économique, le PIB chinois demeure tributaire des exportations de biens et de services, soit 20% en 2024[13], selon des données du Groupe de la Banque Mondiale. Ce chiffre était de 21% en 2021, avec 45% des exportations vers des pays occidentaux susceptibles de supporter d’éventuels régimes de sanctions contre la Chine[14].
Selon Le Monde, entre janvier et novembre 2025, l’excédent commercial chinois dépasse 1,000 milliards de dollars au niveau mondial[15]. Donc, toute intervention chinoise en Taiwan constituera aussi une autoflagellation de son économie.
En outre, la faible croissance économique de la RPC (PIB 2025 : 5%), la faible demande intérieure, les pressions déflationnistes[16], la récente crise immobilière, la hausse du taux de chômage (5.1% en 2025)[17], les chocs du Covid, la baisse de la population chinoise de 2.08 millions à 11.409 milliards en 2023, sont autant de facteurs susceptibles d’augmenter les coûts d’une invasion chinoise [18] [19] [20].
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- Enjeux géopolitiques
Sur le plan géopolitique, Taiwan constitue un enjeu majeur dans la lutte entre la Chine et les États-Unis pour la suprématie en Asie, notamment au Pacifique occidental[21]. Aussi, les alliés insulaires des États-Unis comme le Japon, le Taiwan et les Philippines constituent une ligne de défense naturelle face à la Chine[22] et confortent les positions américaines à Guam et Okinawa[23]. En cas de guerre, les belligérants subiront des pertes préjudiciables à leur position dans le futur[24].
Toutefois, le contexte actuel pourrait constituer une fenêtre d’opportunité pour la Chine en raison notamment : du déploiement de ressources américaines importantes dans l’Amérique, de l’implication américaine sur plusieurs fronts (guerre entre Russie et Ukraine[25] ; conflit entre Israël et Hamas[26], situation de crise au Venezuela et potentiellement Iran).
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- Les effets d’une invasion chinoise de Taiwan sur l’économie mondiale
En cas d’invasion chinoise de Taiwan, les effets sur l’économie mondiale seront dévastateurs[27] [28]. Selon des estimations de Bloomberg, le coût d’une telle agression sera de 10,000 milliards $ au cours de l’an premier, soit 10.2% du PIB mondial.
Cette guerre risque de compromettre un 1/3 du commerce mondial, soit 5,000 milliards $, transitant par la mer de Chine méridionale et 1/4 du pétrole transporté par mer, avec 70% et 80% importé respectivement par la Chine et le Japon[29]. Le Japon dépend grandement des routes maritimes pour assurer sa survie dans un contexte difficile marqué actuellement par une crise démographique et une dette nationale élevée[30].
Taiwan possède le quasi-monopole technologique des semi-conducteurs, soit 60% de parts de marché mondiales, et 90% des puces les plus avancés[31]. Les effets d’une invasion seront en conséquence : baisse de la production industrielle, hausse des prix des appareils électroniques et des voitures, baisse des stocks, mise en péril des industries technologiques pour un montant de 1% du PIB mondial (embargo), distorsions de la chaine d’approvisionnement mondiales au risque de paralyser la course à l’intelligence artificielle[32].
Une guerre entre la Chine et le Taiwan pourrait même constituer la fin de l’ordre mondial actuel. Elle pourrait être une affirmée de l’hégémonie chinoise dans le monde et surtout en Indopacifique.
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- Les impacts d’une invasion chinoise de Taiwan sur le Canada
La Chine constitue le second partenaire bilatéral du Canada[33] et le premier partenaire commercial de Taiwan[34]. L’invasion chinoise de Taiwan est susceptible de perturber le commerce bilatéral de marchandises et de services entre le Canada et la Chine estimé à 130 milliards $CA en 2024)[35], le commerce bilatéral de marchandises et de services avec Taiwan (2024 : 8 milliards $ CA), l’importation des semi-conducteurs, la mobilité de plus de 60,000 canadiens vivant au Taiwan[36], l’octroi de permis d’études aux chinois, estimés actuellement à 100,000 (décembre 2023). Elle risque aussi de mettre la pression sur le Canada pour la réunification familiale en faveur de 1.8 millions de citoyens canadiens d’origine chinoise et de 200,000 citoyens canadiens d’origine taiwanaise [37].
Conclusion et recommandations
Somme toute, une invasion chinoise de Taiwan sera très préjudiciable pour l’économie mondiale. À court terme, les effets seront difficiles à mitiger en raison de la forte dépendance de l’économie mondiale de la Chine et surtout de Taiwan pour les semi-conducteurs.
À long terme, on recommande ce qui suit au Canada :
- Une réindustrialisation locale des semi-conducteurs comme les USA à travers Chips and Science Act (280 milliards)[38] et l’UE (43 milliards Euros)[39] ;
- Renforcer l’initiative canadienne défi approvisionnement en semi-conducteurs ;
- Soutenir l’implantation de compagnies productrices de puces avancées comme les Etats-Unis avec le TSMC dans le cadre d’un récent accord commercial avec Taiwan.
- Réduire la dépendance commerciale de la Chine ;
- Encourager et supporter toutes mesures dissuasives à l’endroit de la Chine ;
- Actualiser la politique envers Taiwan pour intégrer la Stratégie indopacifique du Canada ;
- Permettre à Taiwan d’adhérer à l’accord de Partenariat transpacifique global et progressiste pour aider Taiwan à accroitre ses activités internationales[40].
Emmanuel Richemond
Maitrise en administration publique (MAP)
M2 en marketing et communication
[6] H.R.1512 - Taiwan Assurance Implementation Act
[13] Groupe de la Banque modiale. (s.d). Exportations de biens et de services (% du PIB)-Chine. https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NE.EXP.GNFS.ZS?locations=CN
[34] Leplâtre, S. (2022, 25 octobre). Les producteurs de puces électroniques de Taiwan au cœur d’une guerre technologique entre les États-Unis et la Chine. Le Monde. Repéré à https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/10/25/a-taiwan-les-producteurs-de-puces-electroniques-se-mettent-a-la-geopolitique_6147190_3234.html
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