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Opinions

CPT : entre irresponsabilité politique et ingérence des États-Unis et du Canada

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Alceus Dilson , Communicologue, Juriste  Alceusdominique @gmail.com

January 23, 2026 · Lecture : 3 min

🇫🇷Lire en français
Albert Ramdin, secrétaire général de l’OEA, Laurent Saint-Cyr et Alix Didier Fils-Aimé
Albert Ramdin, secrétaire général de l’OEA, Laurent Saint-Cyr et Alix Didier Fils-Aimé
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Le principal problème des dirigeants haïtiens réside dans leur incapacité à gouverner pour le peuple. Une fois au pouvoir, ils semblent oublier jusqu’au nom même de la population dans leurs cahiers de gouvernance. Aucune mesure structurelle n’est prise pour améliorer les conditions de vie de la grande majorité. Cette situation s’explique, en partie, par ce que Max Weber appelle une crise de légitimité : le pouvoir n’est ni fondé sur une légitimité légale-rationnelle solide, ni sur une véritable adhésion populaire.

Privés d’assise sociale, ces dirigeants deviennent impopulaires, faibles et politiquement vulnérables. Or, selon la théorie weberienne, lorsqu’un État ne tire pas sa légitimité de sa population, il devient dépendant de sources extérieures pour se maintenir. C’est précisément ce qui se produit en Haïti : les dirigeants vont chercher leur légitimité auprès de la communauté internationale, notamment des États-Unis et du Canada.

Cette dynamique correspond à la théorie de la dépendance développée par Andre Gunder Frank et Samir Amin, selon laquelle les pays périphériques sont maintenus dans un état de subordination politique, économique et institutionnelle par les puissances du centre. La faiblesse interne des élites haïtiennes devient ainsi un levier stratégique exploité par les puissances occidentales pour imposer leurs orientations politiques.

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C’est dans ce contexte que s’inscrit l’action du Conseil présidentiel de transition (CPT). Défidier ou non les États-Unis et le Canada, notamment à travers la révocation du Premier ministre, apparaît comme un faux dilemme. Car, selon la théorie réaliste des relations internationales (Hans Morgenthau), les États puissants agissent avant tout en fonction de leurs intérêts stratégiques, non par solidarité ou altruisme. Ainsi, quelle que soit la décision prise, le peuple haïtien demeure exclu du processus décisionnel.

Par ailleurs, l’attitude de nos hommes politiques révèle ce que Vilfredo Pareto qualifiait de domination des élites prédatrices, guidées non par la rationalité politique, mais par leurs intérêts personnels. À l’inverse, la communauté internationale agit de manière rationnelle et stratégique, même si ses actions contribuent directement à l’instabilité politique en Haïti.

En matière de sécurité, l’absence de soutien réel confirme l’analyse de la théorie néocoloniale formulée par Kwame Nkrumah. Les États officiellement indépendants demeurent, en pratique, privés des moyens de leur souveraineté. L’état critique des Forces armées d’Haïti — absence de chars blindés, d’hélicoptères, d’équipements stratégiques — illustre cette dépendance sécuritaire organisée.

Nous assistons ainsi à une guerre de communication, concept proche du soft power théorisé par Joseph Nye, utilisée pour justifier une présence étrangère continue sous couvert d’aide internationale. Il ne s’agit pas d’un partenariat réel, mais d’un mécanisme de contrôle indirect d’un État affaibli.

Ce qui se déroule actuellement en Haïti ne relève donc pas de la volonté populaire. En termes théoriques, nous sommes passés de l’ingérence à une forme d’occupation indirecte, conforme au modèle de la tutelle internationale analysé dans les études postcoloniales. L’État haïtien fonctionne sans souveraineté réelle, ce qui remet en cause le principe même de l’État moderne tel que défini par Jean Bodin : un pouvoir suprême et indépendant.

Face à cette situation, la jeunesse haïtienne représente le dernier rempart. Selon Frantz Fanon, seule une conscience politique collective, portée par les jeunes et les masses, peut rompre avec les logiques de domination héritées du colonialisme. Il devient donc impératif de repenser les relations entre Haïti et l’Occident sur des bases de dignité, de souveraineté et de réciprocité.

Enfin, accepter qu’un simple communiqué du Département d’État américain puisse faire plier un président en Haïti revient à consacrer la négation de notre souveraineté nationale. D’un point de vue théorique comme historique, cela constitue une honte politique et un échec générationnel.

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