Depuis notre enfance, on nous répète souvent que l’avenir d’un pays repose sur sa jeunesse. Mais comment parler d’avenir dans un pays où les enfants craignent d’aller à l’école ? Je me souviens d’un matin où j’ai failli ne pas aller en classe à cause d’un affrontement dans mon quartier. Ce jour-là, les balles ont remplacé les cloches, et j’ai compris que l’école n’est pas un droit garanti chez nous. Comment rêver de changement là où la paix est un luxe rare ? En tant que jeune Haïtien, il est inacceptable de rester silencieux face à ce qui menace notre droit à l’apprentissage et notre droit de vivre en paix.
I. Deux droits essentiels menacés chaque jour
En Haïti, étudier a toujours été un défi. Des écoles ferment leurs portes parce qu’elles sont séquestrées dans des zones de conflit. D’autres n’ont même pas de bancs, de livres, ou d’eau potable. Nombreux sont nos camarades qui n’ont pas eu la possibilité de boucler l’année scolaire, non pas parce qu’ils le voulaient, mais parce que leur quartier était bloqué par les gangs. Le droit à l’éducation n’est pas garanti. Il est fragile. Mais ce n’est pas tout. Le droit à la paix, lui aussi, est presque invisible. On s’habitue au bruit des balles, aux nouvelles de kidnapping, aux zones interdites. Même les plus petits comprennent déjà ce que signifie « fuir un tir ». Grandir dans la peur est devenu normal, personne ne pense aux résultats négatifs que cela puisse avoir sur la santé mentale des enfants et des adolescents, et c’est grave.
II. Pourquoi ces deux droits vont-ils toujours ensemble ?
Selon nos constats, il n’y a pas d’éducation sans paix. Comment l’apprentissage peut-il être possible quand on craint de se rendre à l’école ? Comment un maître peut-il enseigner sereinement en sachant qu’à tout moment un projectile peut l’atteindre ou peut toucher un élève ? Pourtant, il est clair que l’éducation est la meilleure arme qui puisse lutter contre la violence. Elle ouvre les yeux, elle enseigne le respect, elle forme des citoyens, des leaders, des hommes sérieux. Elle donne aux jeunes une autre voie que celle des armes. Elle ouvre la porte du progrès, du développement et d’un lendemain meilleur. Si tous les enfants d’Haïti avaient accès à une bonne éducation, il y aurait moins de haine, moins d’ignorance, moins de misère, moins de criminels errant dans la nature et sûrement plus de solidarité, de partage de vision et d’enfants heureux.
III. Il existe encore des raisons de croire
Malgré tous les dégâts que nous pouvons constater, il est important de croire que tout n’est pas perdu. Il y a encore de l’espoir ! Des écoles continuent de fonctionner même dans des zones difficiles, des jeunes comme nous, veulent changer les choses. Ils prennent des initiatives liées au changement. Certains créent des groupes de solidarité, d’autres utilisent la technologie pour apprendre à distance. Dans les zones où il y a encore un peu de calme, on peut remarquer la présence des jeunes dans des clubs de lecture, dans les bibliothèques, dans les centres culturels. Ils cherchent l’espoir, cet espoir caché dans le canal de l’éducation. De notre côté, par exemple, nous utilisons l’internet pour approfondir nos connaissances et rêver devenir un jour un acteur du changement. Ainsi pouvons-nous apporter une lueur d’espoir aux autres qui sombrent sous la terreur pesante du quotidien. Et nous avons la ferme assurance que nous ne sommes pas seuls. Des enseignants courageux, des parents engagés, des organisations locales ou internationales nous soutiennent. Si tous ces efforts s’unissent, nous pouvons redonner vie à notre système éducatif et reconstruire la paix.
L’éducation et la paix sont possibles en Haïti. Ce ne sont pas des cadeaux, ce sont des droits. Et c’est à nous, avec l’aide des adultes, de les défendre et de les construire. Nous rêvons d’un pays où l’on entend les cloches des écoles, pas les armes. Ce rêve commence par une prise de conscience, puis par des actions concrètes. Ensemble, faisons de ce rêve une réalité. Comme le dit le prophète Osée : « Mon peuple est détruit, parce qu’il lui manque la connaissance » (Osée 4, 6).
Maxley Smahell Coutard
Élève NSII, Institution mixte Tekea
Lauréat du concours national de dissertation du Centre Muse Haiti
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