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Opinions

Il fallait un CPT pour démasquer le fossé entre le discours et la pratique politique en Haïti

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Alceus Dilson

February 20, 2026 · Lecture : 3 min

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Les membres du CPT
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Depuis 1986, Haïti vit enfermée dans un régime de paroles. Discours sur la démocratie, promesses de rupture, proclamations d’État de droit : tout a été dit, souvent avec emphase, rarement avec efficacité. Plus de trente ans plus tard, la réalité s’impose brutalement. Le langage politique haïtien s’est autonomisé de l’action, créant une illusion permanente de gouvernance. Comme l’avait déjà compris Aristote, la politique n’est pas un art de la parole (logos) seulement, mais un art de l’action (praxis). Là où la parole n’aboutit pas à l’acte, il n’y a pas de politique, seulement de la rhétorique.

Depuis la chute de la dictature, nos élites ont souvent confondu démocratie et incantation. Or, comme le rappelait Hannah Arendt, le pouvoir véritable ne réside pas dans le discours, mais dans la capacité collective à agir et à produire du réel. En Haïti, le pouvoir a trop souvent été réduit à une mise en scène verbale, pendant que l’État se vidait de sa substance.

On a cru qu’il suffisait de convoquer Machiavel, Rousseau, Voltaire ou Descartes pour se donner une stature d’homme d’État. Pourtant, Machiavel lui-même insistait sur la verità effettuale della cosa : la vérité effective de l’action politique, et non la morale proclamée. Rousseau, quant à lui, rappelait que la volonté générale ne se décrète pas par des discours, mais se construit par des institutions justes et des pratiques cohérentes. En ignorant cette exigence, la classe politique haïtienne s’est réfugiée dans un intellectualisme de façade.

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Le fossé entre discours et pratique est aussi un problème éthique. Max Weber distinguait l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité. En Haïti, les politiciens parlent au nom de principes abstraits, mais fuient la responsabilité des conséquences concrètes de leurs actes — ou de leur inaction. Or, gouverner, c’est répondre des effets réels de ses décisions sur la vie des citoyens.

Dès lors, la question de la confiance devient centrale. Comment croire un dirigeant incapable de transformer son propre environnement immédiat ? Aristote encore soulignait que la vertu se manifeste dans l’habitude et la conduite quotidienne. Le mode de vie, la gestion du voisinage, la famille, les relations sociales sont des indicateurs politiques avant d’être privés. On ne gouverne pas la cité mieux que l’on ne se gouverne soi-même.

Haïti n’a pas besoin d’idéologies maquillées, brandies comme des slogans émotionnels pour séduire un peuple épuisé. Karl Marx lui-même avertissait contre l’idéologie comme fausse conscience, lorsque les idées servent à masquer les rapports réels de domination. Le pays n’a pas non plus besoin de figures messianiques promettant une Nouvelle Jérusalem, tout en incarnant le désordre moral dans leur sphère la plus proche.

Un responsable politique digne de ce nom doit proposer une vision claire, structurée et réalisable. Comme le dirait John Dewey, la démocratie n’est pas un dogme, mais une méthode expérimentale fondée sur les résultats. Haïti est fatiguée des récitations théoriques ; elle attend des politiques publiques vérifiables, évaluables et utiles.

Le pays est aujourd’hui prisonnier de faux théoriciens qui confondent popularité et compétence. Or, comme le soulignait Pierre Bourdieu, le capital symbolique peut produire une illusion de légitimité sans compétence réelle. Le CPT, qu’on l’apprécie ou non, a au moins eu le mérite de mettre en lumière ce divorce ancien entre la parole politique et la pratique effective du pouvoir.

Alceus, Dilson, Communicologue, Juriste 

Alceusdominique@gmail.com

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