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Iran : Analyse du risque géopolitique de Donald Trump

RA
Ralph Adinolphy JEAN NOEL Juriste & Diplomate

March 10, 2026 · Lecture : 6 min

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Donald Trump
Donald Trump
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 Le samedi 28 février 2026, l’Iran a été attaqué par des frappes israélo-américaines. Ces frappes ont tué plus d’une quarantaine de hauts gradés du régime, dont le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khameini, ainsi que des membres de sa famille. À travers cette décision, Donald Trump a choisi de passer de la parole aux actes. En effet, si l’on se rappelle les récents défilés militaires dans le golfe persique et en mer d’Arabie à proximité immédiate de l’Iran, notamment le déploiement de l’armada américaine et l’envoi du porte-avions USS Lincoln dans les semaines précédentes, cela s’est produit avant même que les négociations aient été entamées. Les frappes continuent et la riposte iranienne poursuit son cours, non seulement envers Israël, mais aussi envers pratiquement tous les autres alliés des États-Unis dans la région. Que risque réellement l’administration Trump sur le plan géopolitique à travers ce conflit ?

Pour aborder cette région dans son approche géopolitique, nous nous inscrivons dans l’une des écoles de pensée, à savoir l’école anglo-saxonne, à travers l’un de ses représentants, Halford John Mackinder, géographe et biologiste. Cet auteur estime que le pivot géographique de l’histoire serait l’Eurasie, plus précisément la branche de l’Asie du Sud-Ouest. Selon lui, toutes les grandes batailles et les grandes guerres se dirigent vers cette zone. Celle-ci possède une importance à la fois économique, en raison du pétrole et de ses ressources naturelles, et géopolitique, non seulement par rapport à sa position dans l’espace international, mais aussi parce que c’est la région où sont nées les grandes civilisations et les grandes religions.

Pour ce spécialiste de la géopolitique, le fait que cette région occupe près d’un quart du monde implique que celui qui la domine tient le monde sous son emprise. Voilà pourquoi il ne peut exister un seul chef (une seule grande puissance) pour diriger cette zone.

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Le soutien des États-Unis à Israël, considéré comme un voisin encombrant, depuis sa création en passant par les guerres de trois, six et même douze jours a empiré la situation dans la zone et donne, de manière ipso facto, toute latitude à l’État hébreu d’attaquer d’autres États sous la bannière de la guerre préventive. D’ailleurs, c’est la raison d’être de cette intervention, qui bafoue les principes du droit international si on l’analyse au prisme du courant libéral en relations internationales.

Pour mieux comprendre ma théorie de «l’entonnoir inversé» concernant le soutien américain, il convient de noter que la politique étrangère américaine s’articule autour de deux doctrines : la doctrine de Monroe et la doctrine de la destinée manifeste. Si la première est régionalisée en ce sens qu’en 1823 les Américains ont voulu mettre fin à toute influence européenne en Amérique en déclarant « l’Amérique aux Américains », la seconde est beaucoup plus globale. En effet, selon cette doctrine, les Américains estiment que le droit de diriger le monde est un droit divin et qu’il leur a été destiné par Dieu. Quiconque s’oppose à ce droit s’oppose donc à Dieu. Sur ce point, l’intervention américaine est caractérisée non seulement par les intérêts géostratégiques des États-Unis dans la zone, mais aussi par un certain messianisme américain.

Cependant, d’une manière plus spécifique, l’objectif des États-Unis est d’extirper toute velléité de l’Iran de posséder l’arme nucléaire. En fait, dans la région, seul Israël possède l’arme nucléaire, ce qui lui a permis de gagner plusieurs guerres dans cet hémisphère. Accepter que l’Iran poursuive son enrichissement d’uranium jusqu’à fabriquer une arme nucléaire constituerait non seulement une prolifération verticale, mais pourrait également être perçu comme une menace existentielle pour Israël, son arrêt de mort.

En outre, il existe aussi une raison économique. Depuis l’accession de Trump au pouvoir, celui-ci manifeste une obsession vis-à-vis de la Chine, il cherche à couper toutes les sources d’approvisionnement en pétrole de Pékin. C’est pourquoi, en janvier dernier, il a capturé Maduro et mis la main sur le pétrole vénézuélien qui alimentait la Chine. S’il parvient à faire tomber le régime iranien, il pourrait également s’approprier du pétrole iranien, une ressource très importante pour la Chine. Cela expliquerait qu’en l’espace d’un an, la Chine puisse voir disparaître deux (2) de ses sources majeures d’approvisionnement en pétrole.

Entre-temps, l’Iran a officiellement bloqué le détroit d’Ormuz, un passage maritime étroit par lequel transite près de 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, soit environ 17 millions de barils par jour. Il s’agit d’un coup dur pour le Golfe persique, mais aussi pour l’Inde, le Japon, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Chine, qui est le plus grand importateur de pétrole au monde. À l’échelle mondiale, les experts pétroliers s’inquiètent et estiment que le prix du baril pourrait dépasser 150 dollars, provoquant une inflation généralisée et possiblement une récession mondiale majeure.

Mis à part l’escalade régionale que ce conflit a provoquée, il existe également un risque sur le plan interne pour Trump. Certainement, il n’y a pas de comparaison possible : entre le budget de défense américain et celui de l’Iran, l’écart est d’environ cinquante fois. Cependant, les conséquences peuvent être néfastes pour lui. À environ six mois des élections de mi-mandat (midterms), alors qu’il est actuellement majoritaire dans les deux chambres, l’administration Trump ne peut pas se permettre de perdre des soldats. Au moment de la rédaction de ce texte, des informations font croire qu’une centaine de soldats américains auraient été tués, un point que les démocrates pourraient exploiter politiquement contre lui.

En analysant plus profondément la situation, le budget de défense n’est pas le seul facteur de différence : il y a également la notion de momentum, qui semble favoriser les Iraniens. Le régime islamique dispose du temps, les Gardiens de la révolution islamique sont au pouvoir depuis plus de quarante ans. Il s’agit d’une civilisation millénaire. L’ancien empire perse possède une longue tradition de combat, alors que les États-Unis, en référence ici à l’administration Trump, disposent d’un temps politique limité. De plus, l’économie américaine est fragile face à une guerre prolongée, contrairement à l’économie iranienne qui s’apparente davantage à une économie de guerre. La preuve en est que, malgré de multiples sanctions, l’Iran reste la quatrième économie du Moyen-Orient.

Enfin, il convient de mentionner que le professeur Glodel Mézilas vient de publier un ouvrage intitulé « L’apolarité de l’ordre mondial ». Dans cet ouvrage, il explique qu’aujourd’hui il n’existe plus de pôles de puissance comme c’était le cas pendant la guerre froide et dans les années qui ont suivi. Selon lui, chaque pays défend désormais sa propre position et ses intérêts nationaux plutôt que ceux du groupe auquel il appartient. Il appuie sa thèse notamment sur le conflit russo-ukrainien.

Ce nouveau conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran illustre cette transformation créole de la communauté internationale. On observe presque un silence de cimetière du côté de la Russie et de la Chine. Cela peut s’expliquer : d’une part, Trump aurait offert un avantage stratégique à Vladimir Poutine sur la question ukrainienne ; d’autre part, la Chine semble davantage concentrée sur son économie. Ce mutisme leur a néanmoins coûté cher, surtout à la Russie, qui a vu, en l’espace d’un an, disparaître deux de ses alliés sûrs : Bachar al-Assad et Nicolas Maduro, d’où l’inconvénient de la théorie des choix difficiles.

La percée de Donald Trump intervient à un moment où il est en chute libre dans l’opinion publique américaine. L’inflation et l’affaire Epstein figurent parmi les raisons principales. Le pari risqué de Trump consiste à affaiblir le régime iranien jusqu’à provoquer sa chute afin de prendre le contrôle de ses ressources pétrolières. Dans le cas où le régime ne tomberait pas, cela constituerait une défaite politique pour lui.

À présent, la région est pratiquement embrasée et le monde attend le plan du président après le déclenchement de ces attaques.

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