Rendre hommage à Rigaud Fidèle, c’est saluer une vie entière dédiée non seulement a la musique populaire de danse, mais encore a la culture haitienne. En tant que membre fondateur de l’orchestre septentrional, il a été une force tranquille et indispensable pour que l'histoire de la culture haitienne, et notamment celle de la musique capoise ne soit jamais oubliée. Célébrons son dévouement exemplaire et la rigueur avec laquelle il a servi la vérité et la justice !
Rigaud Fidèle est un enfant naturel, né à Limbé le 8 octobre 1929, cinquième d’une fratrie de sept enfants issus de Rosa Fidèle et Marc Menuau. Il est le frère utérin de l’ancien coiffeur et entrepreneur bien connu Luc (Luco) Fidèle et de Léandre Fidèle, ainsi que le frère consanguin de Jean Menuau, l’aîné et maestro du Quatuor Septentrional. Ces deux derniers, figures de proue de la musique capoise, figureront avec lui parmi les sept cofondateurs de l’Orchestre Septentrional, monument musical du Nord.
Des racines au Cap, un souffle sportif
Conçu pendant que sa mère rendait visite à ses parents au Limbé, Rigaud est transporté au Cap-Haïtien un mois après sa naissance, où il séjourne et grandit.
Très tôt, il développe un élan passionné pour le football, inspiré par les grands joueurs de l’époque qui deviennent ses idoles : Antoine «Tony» Piquion, Lucien Villars, Erno Sam, et surtout Raphaël Sanon, figure emblématique du ballon rond.
Fondation Vincent : creuset de talents
En octobre 1939, sa mère le confie à la Fondation Vincent du Cap-Haïtien, où il trouve un espace fertile pour développer ses talents de footballeur.
C’est là qu’il rencontre Josaphat Absténius Dolcé (dit Tingué) et Bérard Desrosiers, qui deviendront respectivement percussionniste et saxophoniste de l’Orchestre Septentrional.
Rigaud se distingue par une intelligence vive et une capacité intellectuelle hors norme. Dès l’âge de 10 ans, il attire l’attention des responsables de la Fondation, notamment :
• Victor Bastien, coordonnateur des écoles rurales;
• Carmilus Bissainthe, directeur du journal Les Annales Capoises;
Il bénéficie d’un encadrement pédagogique de haut niveau, avec des enseignants tels que Josaphat Charles Dassas, Max Chauvel, Lucien Salnave — figures éducatives marquantes du Nord.
L’appel de la musique
Au début de l’année 1940, Rigaud découvre une nouvelle passion : la musique. Encouragé par le directeur Dassas, il commence l’apprentissage du solfège sous la direction du flûtiste et compositeur David Désamours, qui lui enseigne un an plus tard les rudiments de la trompette. Très vite, Rigaud révèle un talent exceptionnel pour cet instrument, alliant rigueur, sensibilité et souffle puissant.
Fanfares et patriotisme
Dès octobre 1940, muni d’un clairon, il est retenu pour annoncer le réveil matinal et procéder à l’envoi des couleurs à la Fondation Vincent — un rituel quotidien qui aiguisera son patriotisme naissant. Six mois plus tard, il devient l’unique trompettiste de la fanfare de l’institution. C’est dans ce cadre qu’il fait la connaissance d’Ulrick Pierre-Louis, souvent invité par le maestro Désamours à se produire comme flûtiste soliste aux côtés des jeunes musiciens
Rigaud Fidèle : l’année charnière, le souffle décisif
L’année 1942 constitue une période charnière et décisive dans la vie du jeune pensionnaire de la Fondation Vincent.
• En décembre, le maestro David Désamours est transféré au Palais national pour diriger la fanfare présidentielle. Il laisse sa place au maestro Léonvil Gédéon, compositeur et dramaturge venu de Port-de-Paix. Rigaud suit avec passion et rigueur les cours d’harmonie de ce maître exigeant, qui lui transmet les fondements de la composition musicale.
• Il poursuit son apprentissage avec le professeur Marquez Valbrun, puis perfectionne sa formation auprès du compositeur jacmélien O’Firmin Savaille. Ce dernier lui inculque le culte des grands compositeurs classiques du terroir : Occide Jeanty, François Manigat, Rosalvo Bobo, Augustin Bruno, Arsène Desgrottes, François Alexis Guignard — figures qu’il n’a jamais cessé d’honorer, de citer, de transmettre.
• Au cours de l’été 1942, Rigaud fait ses premières armes dans la musique populaire. Il joue dans divers espaces avec le Quatuor Septentrional, fondé à la fin des années 1930 par ses frères Jean Menuau et Léandre Fidèle, ainsi que leur cousin Théodore Pierre. Ce Quatuor préfigure déjà l’élan qui donnera naissance à l’Orchestre Septentrional.
Le binôme fidèle : Rigaud et Ulrick
Mais c’est à partir de juillet 1946, fraîchement émoulu de la Fondation Vincent, que la carrière de Rigaud prend véritablement son envol. Il s’affilie au Jazz Idéal — surnommé Jazz Youyou — dirigé par le saxophoniste et sopraniste limbéen Cirius “Youyou” Henri.
C’est là qu’il retrouva Ulrick Pierre-Louis, qui y évolue comme guitariste. Très vite, une osmose musicale et humaine s’établit entre eux. Ulrick, son aîné d’un an, le surnomme “L’ami fidèle”, et Rigaud l’ennoblit du titre de «Ti Duc». Leur complicité est telle que Tony Piquion, admiratif, les baptisa de “le dynamique binôme”.
( A suivre )
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.