EmploiAnnonces
Le Nouvelliste
S'identifier
  • À la une
  • À la minute
  • Culture
  • Economie
  • Editorial
  • International
  • Les remous de l'actualité
  • National
  • Opinions
  • Sport
  • Ticket Mag
Le Nouvelliste

© Le Nouvelliste 2026

Les sections du site

CultureEconomieÉditorialNational
OpinionsSociétéSportTicket

Les services

L'applicationContactez nousDeuilsPetites annonces
Annonces immobilièresToutes nos archivesRSS

Groupe Le Nouvelliste

Magik9Printemps de l'artTélé 20
Livres en folieArtisanat en fête
FacebookInstagramTwitterYoutube
Conditions générales d'utilisationPolitique de confidentialitéConditions générales d'abonnementSuppression de compte
FR|EN
Opinions

Reprendre la main: un financement haïtien de la justice et de la sécurité est possible

La souveraineté commence par le portefeuille

GT
Glicinski Tsado Levasseur

April 7, 2026 · Lecture : 6 min

🇫🇷Lire en français
Cour de Cassation
Cour de Cassation
Suivre sur Google Actualités

C’est en lisant les rapports des organisations internationales que l’idée m’est venue. À qui s’adressent ces recommandations? Certainement pas aux Haïtiens eux-mêmes. Et pourtant, ce sont eux qui vivent les conséquences. Ces documents regorgent de constats, de chiffres, de pistes techniques…. mais ils semblent écrits pour des entités extérieures, comme si la solution au problème haïtien ne pouvait venir que de l’international.

Mais cette dynamique ne vient pas uniquement de l’extérieur: le gouvernement haïtien lui-même y participe activement.

Le contrat signé avec Vectus Global, une société militaire privée dirigée par Erik Prince, en est l’illustration. Ce contrat de dix ans, passé sans débat public, confie des fonctions régaliennes à des acteurs étrangers opaques et non redevables. Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique, qui traduit une posture d’attente : laisser pourrir la situation jusqu’à ce qu’une intervention étrangère devienne inévitable. En d’autres termes, une externalisation de la souveraineté elle-même.

300 × 250

Face à cette logique, j’ai ressenti le devoir de produire un document qui parle aux Haïtiens. Un texte qui montre, chiffres à l’appui, que reprendre notre destin en main est non seulement possible, mais urgent.

Le plan endogène: une alternative haïtienne structurée

Un plan national de sécurité sur cinq ans

Ce plan repose sur trois piliers, articulés autour des institutions haïtiennes existantes :

Sécuriser les frontières (Armée)
L’armée haïtienne doit se concentrer sur sa mission la plus stratégique : fermer le robinet des armes. Plus de 80 % des armes utilisées par les gangs viennent de l’étranger, notamment via la frontière dominicaine et les ports secondaires.

Objectifs :

  • Renforcer les effectifs militaires : passer de 2 500 à 10 000 soldats en 5 ans

  • Priorité au renseignement et au contrôle maritime/terrestre : drones, scanners, radars côtiers

  • Réduction de 70 % des flux d’armes illégales d’ici 5 ans

Neutraliser les gangs (Police nationale)
La Police nationale d’Haïti (PNH) reste l’institution clé pour reprendre le territoire. Mais elle est sous-financée et mal équipée.

Objectifs :

  • Doubler les effectifs opérationnels : de 14 000 à 30 000 policiers actifs

  • Créer des unités spécialisées de contre-insurrection urbaine

  • Fournir un équipement moderne : véhicules blindés légers, communication sécurisée, gilets pare-balles

Judiciariser et réinsérer
On ne gagnera pas la guerre en tuant tous les bandits. Il faut réduire les incitations à la violence.

Objectifs :

  • Mettre en place des tribunaux spéciaux pour les crimes liés aux gangs

  • Lancer un programme de désarmement et réinsertion :

    • Amnistie limitée pour les membres non-criminels de sang

    • Formation professionnelle et bourses de réinsertion

    • Réinsertion de 15 000 jeunes en 5 ans

Le nerf de la guerre : un financement endogène

Le budget national de la sécurité tourne autour de 28 milliards de gourdes (~220 M$ USD) pour la police, mais le budget rectificatif 2024-2025 pour la justice atteint désormais 36 Mds HTG (~276 M USD) (Haitilibre.com). Ces montants permettent d’envisager sérieusement la mise en œuvre de ce plan endogène.

Scénario de financement complémentaire
La diaspora haïtienne est estimée à environ 3 millions de personnes dans le monde, mais ce chiffre inclut les enfants, les personnes âgées et les individus sans capacité contributive. En considérant qu’environ 1,5 à 2 millions d’adultes sont potentiellement actifs, une contribution volontaire mensuelle de 10 USD par seulement 500 000 d’entre eux permettrait de mobiliser jusqu’à 60 millions USD par an — soit un montant comparable à plus du quart du budget actuel de la Police nationale d’Haïti.

Tableau de scénarios de financement d’une force de sécurité nationale

Répartition des fonds

Comparaison des financements: Haïti national vs bailleurs internationaux

Analyse

  • Autonomie financière: Le plan haïtien propose un financement endogène équivalant ou supérieur aux contributions des principaux bailleurs internationaux, ce qui souligne la capacité de Haïti à financer sa propre sécurité et justice.

  • Complémentarité: Les financements internationaux peuvent compléter les efforts nationaux, notamment pour des missions spécifiques ou des interventions d'urgence, mais ne doivent pas remplacer les investissements internes.

  • Souveraineté renforcée: En mobilisant ses propres ressources, Haïti renforce sa souveraineté et sa responsabilité dans la gestion de sa sécurité et de sa justice.

Un contexte de fatigue des bailleurs

Les bailleurs internationaux, déjà sollicités sur plusieurs fronts, montrent des signes clairs de fatigue.
L’ONU rapporte que son appel humanitaire pour Haïti a reçu le plus faible taux de financement de tous les plans en 2025 (Reuters, 12 août 2025).

Cela signifie deux choses:

  1. Les partenaires n’ont plus confiance dans les dirigeants actuels.

  2. Un mouvement endogène, transparent et crédible changerait totalement la donne.

Effet d’entraînement sur les bailleurs internationaux

Un plan endogène crédible, chiffré et bien structuré montre aux bailleurs que l’État haïtien prend enfin sa sécurité et sa justice en main. Les conséquences attendues :

  1. Renforcement de la confiance

    • Les institutions haïtiennes démontrent leur capacité à gérer efficacement les fonds et les programmes de sécurité.

    • Les audits publics et la transparence rendent les investissements étrangers moins risqués.

  2. Levier de cofinancement

    • Un financement endogène solide sert de signal: « si nous pouvons mobiliser nos ressources internes, votre contribution aura un effet multiplicateur encore plus fort. »

    • Les bailleurs sont alors incités à augmenter leur soutien, souvent bien au-delà de leur contribution actuelle, car le risque de détournement ou d’inefficacité est réduit.

  3. Effet psychologique et politique

    • Montrer que Haïti n’attend pas passivement l’aide étrangère renforce la crédibilité diplomatique.

    • Cela peut conduire à des engagements pluriannuels plus importants, par exemple en matière d’équipement, formation et soutien technique, car les bailleurs voient un État « acteur » et non un simple bénéficiaire.

    Pourquoi ce plan est réaliste

    • Base empirique: pays ayant réduit la violence urbaine (Colombie, Salvador, Sierra Leone) ont combiné sécurisation des flux, opérations de police et réinsertion

    • Capacité d’absorption: la PNH et l’armée existent déjà; il s’agit de les renforcer, pas de les créer

    • Transparence: fonds de sécurité indépendant, audits publics semestriels

    • Effet multiplicateur: chaque dollar investi dans la sécurité libère des opportunités économiques (commerce, transport, agriculture)

    Comparaison avec le PIB et la moyenne régionale

Le PIB nominal d’Haïti pour 2024 est estimé à 25,22 Mds USD (Banque mondiale).

En prenant en compte les scénarios de financement endogène proposés précédemment (de 318 à 493 millions USD par an, incluant budget base + financement additionnel), cela représente :

Même dans le scénario le plus ambitieux, on reste sous la moyenne régionale de 3 % du PIB.

Souveraineté ou dépendance ?

Être libéré des gangs ne signifie pas seulement retrouver les territoires perdus. Cela veut dire bâtir un système de justice et de sécurité plus solide que celui des années précédant la généralisation des territoires perdus. Et cela commence par reconnaître que nous avons les moyens de financer une partie de cette bataille nous-mêmes. Une contribution de 10 dollars par mois; le prix d’un repas à Montréal ou à Miami; peut transformer radicalement le rapport de force en Haïti.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes:

  • Nous dépensons aujourd’hui trop peu.

  • Nous avons des marges de manœuvre internes.

  • Les solutions endogènes coûtent moins cher qu’une dépendance permanente à l’international.

Le choix est devant nous: reprendre la main ou externaliser encore davantage notre souveraineté.

Bibliographie sélective

  • Haïti – Flash : Qu’a fait le FNE de l’argent des taxes de la diaspora en 2020 ?

  • Haïti : Quel impact du prélèvement de 1,50 USD sur les transferts internationaux ?

  • ONU – Désarmement, démobilisation et réintégration en Sierra Leone (exemple comparatif)

  • Haïti – Économie : Budget de guerre plus impressionnant à l’oral qu’en pratique

  • Reuters – UN’s Haiti appeal has received lowest funding of any response plan

  • PIB ($ US courants) - Haiti | Data

  • Haïti : 3,63 milliards de dollars, le montant formel des transferts privés en 2024

Suivez-nous sur WhatsApp
Souverainetésécurité

Lire aussi

Opinions4 novembre 2026

IA et éthique : un redoutable piège pour les pays du Sud

Opinions4 novembre 2026

Le secret de polichinelle

Opinions4 novembre 2026

Le monde universitaire et le barreau de Port-au-Prince en deuil : Me Claudette Belfont nous a quittés

Opinions3 novembre 2026

Nan kè nou tankou nan tèt nou: avni peyi a dwe jwenn plas li merite a…

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Les commentaires sont modérés avant publication. Votre e-mail n'est pas publié.