Les conséquences néfastes des idées reçues en Haïti
Le peuple des esclaves, dont le martyr est textuellement rapporté dans les récits, est traité avec des mots blessants et a été victime de tous les maux qu’incarnait l’esclavagisme colonial à Saint-Domingue. Y furent institutionalisées le fouet, la violence, la cruauté par les colons planteurs, les colons intellectuels et les colons ecclésiastiques. L’esclave haïtien, d’après le Code Noir (Art. 44), était un « bien meuble » entre les terribles mains de ces colons qui paraissaient distincts par leur spécialité et leur profession, mais d’égal importance. Voici, à l’époque des faits, le florilège des mots avec lesquels les colons flétrissent et stigmatisent nos mères et nos pères (Aïeux et ancêtres compris) : « injustes, cruels, barbares à demi humains, traîtres, hypocrites, voleurs, ivrognes, vaniteux, paresseux, sales, sans vergogne, jaloux jusqu’à la furie, et lâches. » Au chapitre des maux infligés aux esclaves, dont voici : tortures et châtiments corporels, marquage au fer chaud, amputation d’une jambe, ablation des oreilles, des seins, des testicules, de la langue ou organe musculaire de la bouche, yeux crevés, extraction des dents, supplice des quatre piquets appliqué aux hommes rétifs et aux femmes enceintes, chiens de chasse auxquels sont exposés des fugitifs. Nous faisons remarquer particulièrement que le fouet des colons était notre mode de vie ; il participait à la stratégie globale de la soumission absolue imposée par la monarchie dominante à laquelle se rattache l’Église catholique romaine qui reçut l’exclusivité de la religion d’après le Code Noir dans ses Articles 1 à 6, au nom de l’évangélisation. Jésus de Nazareth mourrait pour une seconde fois, s’il devait apprendre que son évangile théologique et social a servi de théâtre de propagande pour le Saint-Siège du Vatican, le gouvernement de l’Église.
Cependant, en dépit de ce grand crime du siècle contre le peuple des esclaves ayant eu lieu dans la colonie française de Saint-Domingue, il est opportun de rappeler pour l’élite dominante haïtienne que le peuple libre que nous formons après l’indépendance de 1804, a suffisamment démontré qu’il était capable de transcender et de planer au-dessus de l’idéologie politique de l’époque à dominante chrétienne. Le peuple des esclaves a pu se doter d'un territoire, une nation dotée de sa propre culture dont la langue maternelle (le créole) et former un gouvernement suffisamment représentatif : ces trois éléments fondamentaux et constitutifs forment l’État libre d’Haïti d’habitants libres. Nous n’avons pas seulement produit une histoire jamais produite dans l’histoire de la civilisation humaine – la révolution des esclaves aboutie –, mais encore nous avons innové dans le domaine de la philosophie politique qui se traduit en ce temps-là par la révolution sociale sous la conduite protectrice et éclairée du leader national Jean-Jacques Dessalines. Mais, dans les décennies qui suivirent le déluge dessalinen, nous ne savons pas à quel mobile complexe nos deux historiens nationaux ont dû obéir : Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin qualifient incroyablement Dessalines de barbare, de despote, de dictateur et de tyran sanguinaire ; pour finalement conclure qu’il était un chef dépourvu de toute notion d’administration. Quand nous regardons les premières feuilles de notre histoire de peuple libre, nous situons le gouvernement de Dessalines quand il devenait véritablement le chef de l’État d’Haïti le 8 octobre 1804, date de son couronnement comme Empereur de la nation haïtienne. De là il a su mener son combat de militant sur les plans juridique, politique et social, dont la transformation sociale de la nouvelle société post-coloniale était un enjeu de la plus haute importance dans son agenda politique à portée d’émancipation sociale qui est la sienne.





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