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Opinions

La route de Guinaudée à Jérémie : un passage oublié au détriment de l’économie agricole locale

JO
Jameson OCCEAN , journaliste, juriste et travailleur humanitaire

April 23, 2026 · Lecture : 4 min

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Route Guinaudée-Jérémie
Route Guinaudée-Jérémie
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Depuis plusieurs années, les habitants des zones traversées par la route Guinaudée–Jérémie alertent les autorités sur l’état critique de cet axe, sans réponse concrète. Malgré l’annonce répétée de fonds destinés à sa réhabilitation, dont la gestion suscite des interrogations selon plusieurs témoignages, la situation demeure inchangée, au détriment de l’économie locale.

Une route stratégique laissée à l’abandon

Ce tronçon routier, long d’environ une centaine de kilomètres, relie la ville de Jérémie à la troisième section communale de Haute-Guinaudée. Située entre les communes de Marfranc et de Jérémie, la route traverse également la deuxième section de Bas-Guinaudée jusqu’à Ravine-à-Charles. Bien plus qu’une simple voie de circulation, il s’agit d’un passage incontournable pour des milliers de personnes qui l’empruntent quotidiennement dans le cadre de leurs activités économiques, sociales et éducatives.

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Un pilier fragilisé de l’économie agricole locale

Cet axe joue un rôle essentiel dans l’écoulement des produits agricoles. Les agriculteurs et commerçants y transportent régulièrement des denrées telles que l’igname, la banane, l'arbre véritable, les fruits à pain, le clairin, ainsi que des pois de diverses variétés, du maïs et de la patate.

Cependant, faute d’infrastructures routières adéquates, une grande partie de cette production est perdue ou vendue à très bas prix dans des marchés reculés comme Bois-d’Homme, Milfort ou Dayère. Les producteurs, contraints par l’état de la route, n’ont souvent d’autre choix que de brader leurs récoltes.

Le cas de l'arbre véritable illustre parfaitement cette réalité. Chaque année, les récoltes sont abondantes, mais une grande quantité est gaspillée, faute de moyens de transport adaptés. Les véhicules ne peuvent pas accéder aux zones de production, et le transport par moto entraîne souvent la détérioration des produits. Ainsi, au moment où un lot de quatre l'arbre véritables se vendent environ 25 gourdes à Dayère, elles peuvent atteindre jusqu’à 200 gourdes à Jérémie et près de 600 gourdes à Port-au-Prince.

Entre pertes agricoles et manque d’accompagnement

Au-delà des difficultés liées à la commercialisation, les agriculteurs font face à de nombreuses pertes causées par les aléas naturels tels que les vents violents, les cyclones, les fortes pluies ou encore les périodes de sécheresse.

Le passage de l’ouragan Ouragan Matthew en 2016 reste gravé dans les mémoires. Il a provoqué d’importantes pertes agricoles, détruisant des cultures comme le café, les citrus, les cocotiers, tout en décimant une grande partie du cheptel. Malgré ces épreuves, les agriculteurs se sont efforcés de produire afin de maintenir le secteur en activité. Une réalité qui met en évidence un manque criant d’accompagnement de la part des autorités, tant en matière d’infrastructures que de soutien technique et financier.

Des fonds dilapidés, une population abandonnée

Pourtant, plusieurs tentatives de réhabilitation ont été annoncées dans le passé. Selon des notables de la région, des fonds auraient même été alloués à cet effet. Cependant, ces ressources auraient été détournées, sans qu’aucune enquête sérieuse ni poursuite judiciaire n’ait été engagée contre les responsables.

« Nous avons entendu à plusieurs reprises que l’argent était déjà disponible pour construire la route, mais jusqu’à présent, rien n’a été fait », confie un notable de Ravine-à-Charles sous couvert d’anonymat. Cette situation empêche des centaines de familles de tirer pleinement profit de leurs productions agricoles, faute d’un accès fiable aux marchés.

Un obstacle majeur à l’accès aux services essentiels

Au-delà de l’économie, l’état de la route impacte gravement l’accès aux services de base. Plusieurs centres de santé, écoles classiques et établissements professionnels dépendent de cet axe. En période de pluie, les rivières deviennent impraticables, faute de ponts, isolant totalement certaines localités. « Lè ap lapli tonbe anpil, nou konn pase 2 a 3 jou san nou pa ka travèse », témoigne un habitant de la zone de Dlo Bouyi.

Médecins, enseignants, élèves, commerçants et agriculteurs se retrouvent dans l’impossibilité de vaquer à leurs occupations, aggravant la précarité dans la région.

Une promesse politique récurrente

À chaque période électorale, la réhabilitation de cette route revient au cœur des discours politiques. De nombreux candidats promettent sa construction une fois élus. Pourtant, ces engagements restent sans suite, laissant penser que ce projet est davantage utilisé comme un levier électoral que comme une véritable priorité de développement.

Un appel urgent à l’action

Les habitants lancent un appel pressant à l’État haïtien pour la construction de cette route. Selon eux, son aménagement ne profiterait pas uniquement aux communautés locales, mais également à d’autres régions du pays, notamment Port-au-Prince, qui pourrait bénéficier directement des produits agricoles en provenance de Guinaudée.

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