Une fête riche en activités, une ville confrontée à ses vieux maux

Dans les principaux espaces fréquentés de la ville frontalière, notamment aux abords de la place publique, les visiteurs ont pu assister à une diversité d’activités. La place, toujours marquée par la dégradation de ses infrastructures et l’inachèvement des travaux de reconstruction engagés depuis plusieurs années, a accueilli des expositions de produits artisanaux, des pratiques traditionnelles et des scènes de grande affluence durant les festivités.

Organisée sur plus d’une semaine, la célébration a été ponctuée d’activités culturelles, de bals, de conférences-débats, d’expositions et d’initiatives sportives. Des championnats de volley-ball et de ludo ont notamment contribué à l’animation de la ville, attirant jeunes et passionnés autour de la fête patronale.

Parallèlement aux activités profanes, les célébrations religieuses ont constitué l’un des temps forts de la programmation. L’Église catholique a organisé huit jours de neuvaines avant la messe solennelle du samedi 15 août 2026, présidée par le révérend Diesel Phat. La célébration s’est déroulée autour du thème : « Manman Nòtredam, twòp divizyon nan peyi a, lapriyè Jezi pou n viv nan tèt ansanm ». Un appel a été lancé aux fidèles, pèlerins et visiteurs à privilégier l’amour, l’entraide, l’unité et la paix.

Des immondices au cœur de la fête

Si la forte participation populaire a témoigné de l’attachement des Ouanaminthais et des visiteurs à cette tradition, elle a également mis en exergue les difficultés quotidiennes auxquelles la population demeure confrontée. L’insalubrité figure parmi les préoccupations les plus visibles.

Du centre-ville aux quartiers résidentiels, en passant par plusieurs zones périphériques, les détritus se sont accumulés dans différents espaces. Des rues en mauvais état, des infrastructures publiques nécessitant des réparations et des dépôts d’immondices ont terni l’image d’une ville qui, pendant plusieurs jours, a accueilli un important afflux de visiteurs.

Pour certains fêtards interrogés sur place, cette situation traduit un manque de planification et de vision dans la gestion de la ville. Ils estiment que les grandes manifestations populaires devraient être accompagnées d’un dispositif particulier de nettoyage, de collecte des déchets et d’assainissement, surtout dans une ville frontalière qui constitue l’un des principaux pôles commerciaux du Nord-Est.

« Konbit Haïti Zéro Déchet » : des annonces qui peinent à se traduire sur le terrain

Cette situation intervient pourtant quelques mois après le lancement du programme national « Konbit Haïti Zéro Déchet ». Le 18 mars 2026, le gouvernement avait annoncé cette initiative, mise en œuvre avec l’implication du ministère de l’Environnement (MdE), dans l’objectif de renforcer la gestion des déchets et d’améliorer l’assainissement à travers le pays.

Les ministres des Travaux publics, Transports et Communications, l’ingénieur Joseph Almathe Pierre-Louis, et de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, ainsi que le directeur général du Service national de gestion des résidus solides (SNGRS), Daril Balthazar, avaient également effectué des visites et annoncé une prise en charge de certaines situations jugées préoccupantes, notamment à Ouanaminthe.

Quelques mois après ces annonces, le constat dressé à l’occasion de la fête patronale soulève des interrogations. La présence persistante des déchets dans plusieurs secteurs de la ville donne l’impression que les promesses d’intervention n’ont pas encore produit les résultats attendus par la population.

Cette situation interpelle particulièrement les autorités municipales et centrales. Au-delà de l’image négative projetée par l’insalubrité, l’accumulation des déchets constitue un problème de santé publique, d’environnement et de gouvernance locale. Elle affecte également la qualité de vie des habitants et le sentiment de fierté qu’une population peut éprouver à l’égard de sa ville.

Une question d’image, mais aussi d’économie

À Ouanaminthe, l’insalubrité ne représente pas uniquement un problème esthétique. Elle possède également une dimension économique. Durant la fête patronale, l’affluence des visiteurs génère habituellement des revenus pour les petits commerçants, restaurateurs, artisans, transporteurs, marchands ambulants, organisateurs d’activités et autres acteurs de l’économie locale.

Une ville propre, accessible et correctement entretenue pourrait davantage tirer profit de cette concentration de visiteurs. À l’inverse, les déchets accumulés dans les rues, les infrastructures dégradées et l’absence d’un environnement urbain attractif peuvent nuire à l’image de la commune et décourager certains visiteurs ou investisseurs potentiels.

Pour cette ville frontalière qui joue un rôle important dans les échanges commerciaux entre Haïti et la République dominicaine, l’amélioration de l’environnement urbain devrait donc être considérée comme un investissement et non comme une simple dépense, déclare un entrepreneur de la zone. « La gestion des déchets peut aussi créer des emplois, soutenir des initiatives de recyclage et favoriser l’émergence d’une économie circulaire à l’échelle locale », a t-il souligné.

La population ouanaminthaise attend ainsi des réponses concrètes. Au-delà des discours et des programmes annoncés, elle réclame un système régulier de collecte des déchets, des espaces publics entretenus, des rues praticables et une meilleure coordination entre les autorités locales et les institutions nationales. La fête de Notre-Dame de l’Assomption a une nouvelle fois démontré la vitalité culturelle et religieuse de la ville. Elle aura aussi rappelé que le développement économique et l’attractivité de Ouanaminthe passent nécessairement par un environnement urbain digne de ses habitants et de ceux qui la visitent.