En public, presque tous les coopérants caressent les autorités haïtiennes dans le sens du poil. Mais en privé, dans l’intimité des officines, ils reconnaissent leurs « polis mensonges ». A mots feutrés, en « off absolu », quelques-uns avouent un dilemme : il est difficile de prendre l’opinion publique à témoin des multiples faiblesses techniques de ministères régaliens devenus l’ombre d’eux-mêmes depuis des décennies dans le montage et le suivi de projets. Des « canaux discrets » sont utilisés pour discuter des dysfonctionnements et des solutions, ajoutent ces partenaires, avec, parfois, les mots rassurants d’un arracheur de dents.

Côté haïtien, les rires jaunes, marronnage et griefs à l’égard de coopérants arrogants, suffisants, recycleurs de projets bidon, imbus d’eux-mêmes en dépit de leur ignorance de la réalité du terrain, sont sur une longue liste. Comme des époux infidèles, beaucoup de coopérants et d' autorités haïtiennes vivent leur relation sans coup de gueule à la Charles Aznavour, interprète de la célèbre chanson « Tu te laisses aller ». Si certains sont tentés de crier au cliché, à une approche caricaturale de la coopération, d’autres mettent en avant le maigre bilan de cette coopération, ce, bien avant le séisme du 12 janvier et des milliards de dollars flambés en et au nom d'une Haïti presque abandonnée aujourd'hui qui peine à garder la tête hors de l'eau. Dans ce cas de figure, c’est évident que quelque chose cloche.