En 2011, un mémorial au Montana, simple et sobre, au fond d'un parking, a permis à plus d'un de se recueillir le 12 janvier. Une cloche, quelques plantes, un espace dédié au recueillement, un mémorial rappellent qu'en ce lieu, la mort a frappé. Ceux qui auraient pu être à l'hôtel Montana le jour du séisme, qui connaissent quelqu'un qui y était, autant que les survivants, apprécient le geste des propriétaires du site. Aujourd'hui encore, sans penser aux morts, sans non plus les oublier, il est redevenu un plaisir d'arpenter les espaces du Montana renaissant. Le restaurant panoramique, le service hôtelier, les capacités d'organisation de conférences et de séminaires ont été rétablis. Les mêmes têtes et de nouveaux employés offrent le service estampillé Montana. L'hôtel a su dépasser la catastrophe pour repartir de zéro. Existe-t-il plus grande preuve de courage ? En 2012, c'est au parc de Martissant, entre la maison d'Albert Mangonès et l'ancienne Habitation Leclerc, que les 35 secondes commémoratives du 12 janvier ont surpris d'autres habitants d'un Port-au-Prince encore abasourdi. Entre une prière et des discours, découvrir cet espace de verdure où reposent ceux broyés par le tremblement de terre en ces lieux a eu un effet apaisant. En plein coeur de Martissant, quartier souvent chaud et endeuillé par la violence, cet espace laisse respirer le souffle frais d'une possible régénération heureuse. Un parc arboré en plein coeur de Martissant peut paraître un projet surréaliste. Un rêve plein de poésie. Un pari fou. Il signale comme un signe que toute ville doit s'offrir le meilleur. Pas comme un diamant enrichit une bague, mais comme l'amour scelle l'alliance de deux êtres. Aimons-nous encore assez Port-au-Prince pour lui offrir le meilleur ? En 2013, c'est assis devant le mausolée de l'Université Quisqueya que 4 h 53 de l'après-midi m'a retrouvé. Dans l'assistance, des amis de l'UNIQ, des professeurs, des parents de victimes et des témoins du cataclysme de ce jour de janvier, il y a trois ans, célébraient la vie. Entre une exposition de photo de l'époque, et des chants religieux, les étudiants, le recteur et leurs invités se sont souvenus. Hommage fut aussi rendu à un valeureux anonyme qui, sans se soucier de sa famille, est resté sur place pour sauver la vie d'étudiants pris sous les gravats le 12 janvier 2010. De nos jours, l'Université Quisqueya renferme plus de salles de classe qu'avant le séisme. Le savoir se partage à toute heure entre des murs que l'on croyait abattus pour toujours par le tremblement de terre. Une petite cohorte de diplômés en sort, prête à affronter le marché du travail. Des bleus prennent place sur les pas des anciens avec l'étonnement de retrouver trace des disparus. A Quisqueya, on se souvient et on avance. Regarder en arrière empêche-t-il de trouver le chemin de l'avenir ? Les chantiers de la reconstruction du nouveau Port-au-Prince se comptent aisément. Trois ans après le séisme, ce n'est pas un bon signe. Comme les étoiles d'un ciel en nuit claire, on devrait se perdre dans le décompte. Trop peu, trop lentement. Que n'avons-nous pas fait qui nous empêche d'avancer ?